Tribune des journalistes honoraires

Réunification : s’amène-t-il un autre miracle coréen?

26.04.2018
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Les visiteurs de l'Observatoire de l'Unification à Goseong, dans la province de Gangwon-do, espèrent qu'un jour, les Sud-Coréens et les Nord-Coréens pourront profiter de la belle vue ensemble.



Par le Journaliste Honoraire de Korea.net Marc Raphael

Sans l’ombre d’un doute, l’année 2018 marquera l’histoire de la Corée du Sud. 30 ans après avoir accueilli les Jeux Olympiques, ils l’ont fait à nouveau. Cette fois, au beau milieu de l’hiver, les Sud-Coréens ont reçu les athlètes, les supporteurs, les visiteurs et les journalistes de plus de 92 pays venant de partout dans le monde pour célébrer le sport et l’humanité. Mais au-delà de l’impact économique, culturel, et environnemental escompté, les Jeux ont apporté quelque chose que le monde entier désirait ardemment mais duquel on n’osait même pas rêver.

Un rapprochement des deux Corées a eu lieu avant et pendant les Olympiques. Des représentants de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) : athlètes, cheerleaders, et membres du gouvernement ont pris part sain et sauf à PyeongChang 2018. Depuis lors, les 2 gouvernements ont maintenu un dialogue prometteur qui a abouti à l’annonce d’une rencontre officielle entre Kim Jong-Un et Moon Jae-in qui se déroulerait dans la Zone de Sécurité Conjointe du côté de la Corée du Sud. Soudainement, le terme “pourparler de paix” a commencé à faire la une des journaux internationaux et a remplacé l’idée de guerre imminente qui était sur toutes les lèvres les mois écoulés. Une lueur de paix commençait à étinceler à l’horizon. Plus d’un ont commencé à rêver d’une réunification du peuple coréen séparé des deux côtés du 38e parallèle. Est-ce une chimère ou s’amène-t-il un miracle?

On en saura plus à la conclusion des prochaines rencontres. Entre temps, nous nous sommes embarqués dans une aventure pour visiter la zone septentrionale de la Corée du Sud afin de rencontrer la population locale et découvrir leurs opinions concernant les prochains événements qui pourraient changer leur vie drastiquement. Après plus de 3 heures de voyage sur la magnifique Route Nationale 7, nous nous sommes arrêtés à Sockho, une ville côtière située dans le Nord-Est, connue pour le Parc National Seoraksan et très visitée par des touristes nationaux et internationaux.

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La réfugiée nord-coréenne Park Kyung Su parle de sa vie, dans le quartier Abai de Sokcho, le 10 avril.



A Sokcho, notre principale destination fût Abai Maeul (le Village du Père), un petit village de pêcheurs qui a été aménagé pour recevoir des réfugiés venant de la Corée du Nord pendant la guerre. Dans cette petite ville pittoresque où contrastent des petites maisons traditionnelles coréennes avec un pont élévateur moderne, des citoyens nord et sud-coréens vivent en paix. Les réfugiés nord-coréens s’y sont établis à la fin de la guerre dans l’espoir de retourner chez eux quand le conflit est résolu. La plupart d’entre eux sont décédés ou sont au soir de leur vie. Ceux qui y sont venus durant leur enfance ont continué de rêver de visiter la terre de leurs parents malgré qu’ils n’aient connu que Abai comme résidence pendant les dernières décennies. C’est la situation de Madame Park Kyung Su. Durant la Guerre de Corée dans les années 50, tout en risquant leur vie dans la Mer de l’Est, ses parents se sont installés à Abai pour s’enfuir de la terreur qu’ils vivaient dans leur ville natale en Corée du Nord. A son arrivée, elle n’avait que 3 ans; ce qui explique le fait qu’elle n’aie pas pu se rappeler de ces événements de son enfance. Tout ce qu’elle sait du Nord lui ont été raconté par ses parents avant leur décès et sont loin d’être des souvenirs heureux. “Ils ont vécu dans la misère crasseuse et ont souffert de la famine continuellement”, elle racontait. Pendant les 66 dernières années qu’elle a vécu à Abai, elle a surmonté de nombreux obstacles pour se faire une vie décente. Elle s’est montrée reconnaissante pour sa vie dans la partie sud de la péninsule Corée tout en professant son espoir de retourner un jour à sa ville natale, peut-être après la réunification.

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Une photo du village d'Abai dans le passé donne aux visiteurs un aperçu de la vie d'un réfugié à cette époque.



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Dans le village d'Abai, les visiteurs peuvent goûter la saucisse soondae aux nouilles de sang fabriquée dans le délicieux style nord-coréen.



Avec le même message d’espoir de réunification, nous avons été accueilli par Chang Sok-gwan, le Chef de Myeongpa-ri, le village le plus au nord de la Corée du Sud. Cette ville de 152 ménages, habitée principalement par des personnes âgées qui vivent de l’agriculture, a de grandes espérances dans les pourparlers à venir. Selon Chang, une reprise des échanges commerciaux entre les 2 Corées bénéficierait grandement à son village.”Nous pourrions développer les industries du logement, des restaurants et même de la culture”, disait-il. Mais il n’a pas uniquement parlé de ses attentes. Il a aussi mentionné la peur d’être relocalisée dans laquelle vit la population de sa localité. Il s’est plaint également des effets secondaires que leur a occasionnés le fait de vivre dans une zone militarisée. Ils ne peuvent accéder à leur ferme que durant certaines heures de la journée (entre 6 heures et 20 heures) et cela affecte négativement leurs activités. Tout au cours de notre visite, nous avons nous-même souffert du bruit assourdissant venant d’un champ de tir militaire avoisinant.

La poursuite de notre aventure nous a amenés au musée donnant sur la Zone Démilitarisée (DMZ), appelé Observatoire de l’Unification. Le paysage charmant constitué essentiellement de montagnes flanquées d’un magnifique littoral diffère grandement de ce à quoi on s’attendait dans une zone de guerre. Mais la présence très remarquée de soldats, de certains hars de combat et d’un vieux chasseur bombardier rappelait sans cesse que cette zone a connu les horreurs indescriptibles de la guerre et qu’elle demeurait l’une des zones les plus dangereuses de la Planète Terre.

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Un avion militaire est exposé à l'observatoire de l'unification de Goseong, dans la province de Gangwon-do.



Au terme de notre parcours, nous avons visité le bureau de transit intercoréen. Ce géant bâtiment moderne qui servait originalement de point de contrôle migratoire pour les touristes sud-coréens n’est plus au service depuis 2008. Un group de soldats patrouillant la zone et quelques employés effectuant des travaux de manutention étaient les rares activités qu’on pouvait y relever. Et pendant que l'écho du bâtiment et l’aspect abandonné de la station de train connectant les deux pays présentait la zone comme une ville morte, son directeur Woo Gyenkeun affirmait avec beaucoup de vigueur que les choses pourraient changer d’un jour à l’autre. Il disait: “Nous pourrions remettre les trains en marche dans un mois si le sommet Moon-Kim terminait sur une note positive.”

Tout au long de notre visite, nous avons constaté l’esprit ouvert avec lequel les sud-coréens ont reçu la reprise des négociations avec la Corée du Nord. En dépit du fait qu’ils ne savent pas à quoi s’attendre, ils ont confiance que leur leader, le Président Moon Jae-in, “fera tout ce qu’il peut”. Un optimisme mesuré soutient leur espoir de paix. Ils n’ont pas encore imaginé comment se ferait la réunification. Le train qui y mène n’est peut-être même pas encore en marche. Mais ils en rêvent en silence. Et qui oserait les empêcher de rêver? Après tout, ils sont habitués aux miracles et peut-être, ne serions-nous pas en train de vivre un autre Miracle du fleuve Han?

etoilejr@korea.kr

* Cet article est rédigé par un journaliste honoraire de Korea.net. Notre groupe des journalistes honoraires est partout dans le monde, pour partager sa passion de la Corée du Sud à travers Korea.net.