Économie

04.12.2025

Le futur brise-glaces de la société Hanhwa Ocean, dont le contrat de construction a été signé avec le ministère de la Pêche et des Affaires maritimes a été signé en juillet dernier. © Hanhwa Ocean

Le futur brise-glaces de la société Hanhwa Ocean, prévu pour 2029, et dont le contrat de construction a été signé avec le ministère de la Pêche et des Affaires maritimes en juillet dernier. © Hanhwa Ocean



Par Charles Audouin

Dans l'Arctique, région particulièrement exposée au réchauffement climatique, la réduction de la surface de la banquise a permis aux navires de pouvoir y naviguer davantage de jours dans l'année. Ainsi, depuis 2010, le nombre de cargos empruntant ces routes maritimes arctiques ne cesse d’augmenter.

L’enjeu économique est majeur. Un cargo reliant l’Asie de l’Est à l’Europe peut réduire sa distance de navigation de 32 % et son temps de trajet de plus de 40 % par rapport à un passage par le canal de Suez. Des gains de temps et d'argent qui ouvrent des perspectives de baisse des coûts logistiques et de réorganisation du transport maritime mondial.

La Corée voit dans cette évolution une opportunité stratégique, en particulier autour de la Route maritime du Nord, qui passe le long des côtes russes. Le port de Busan, quatrième port mondial grâce à ses 280 connexions, pourrait devenir un hub reliant l’Europe, l’Extrême-Orient et l’Asie du Sud-Est.

Le gouvernement de Lee Jae Myung a récemment fait de la Route maritime du Nord un axe majeur de son quinquennat et a mis en place diverses mesures de soutien, dont des subventions pour la construction de brise-glaces de nouvelle génération, la formation d’officiers spécialisés et l’extension des infrastructures portuaires. Le siège du ministère de la Pêche et des Affaires maritimes doit quant à lui déménager à Busan d’ici la fin du mois, dans le cadre d’un projet visant à structurer une grande région maritime au sud-est de la Corée, regroupant Busan, Yeosu, Gwangyang et Ulsan. Une société régionale d’investissement et un nouveau tribunal maritime seront aussi créés.

« Le secteur privé et le gouvernement préparent activement budgets et politiques en vue d’ouvrir l’ère de la Route maritime du Nord », a déclaré Chun Jae-soo, ministre de la Pêche et des Affaires maritimes, lors d’une conférence de presse tenue à Séoul le 21 novembre.

Carte des routes maritimes arctiques. La Route maritime du Nord, en rouge, permet au voyage Busan-Rotterdam d’être effectué en 30 jours (13 000 km), contre 40 jours (20 000 km). © Arctic Portal

Carte des routes maritimes arctiques. La Route maritime du Nord, en rouge, permet au voyage Busan-Rotterdam d’être effectué en 30 jours (13 000 km), contre 40 jours (20 000 km) via le canal de Suez. © Arctic Portal


Certains experts estiment que la Corée pourrait grandement bénéficier du développement de la Route maritime du Nord. L’Institut de recherche économique Samjong KPMG souligne, dans un rapport publié le 19 novembre, que les capacités coréennes en matière de génie maritime en font un partenaire potentiel de premier plan pour les pays souhaitant exploiter le secteur. Le rapport cite également Mads Qvist Frederiksen, directeur exécutif du Conseil économique de l'Arctique, qui considère que la hausse du trafic sur la Route maritime du Nord entraînera une forte demande en méthaniers brise-glaces et en navires écologiques, un secteur où la Corée est « la mieux placée au monde ».

La course à l'Arctique a déjà démarré : les États-Unis prévoient l’acquisition de 15 brise-glaces, la Chine a effectué 35 voyages sur cette route l’an dernier, et la Russie prévoit d’y investir 39 000 milliards de wons (environ 26 milliards de dollars).

Alors, du côté coréen, on mise sur la coopération. « Nous discuterons activement avec les pays côtiers de l'Arctique, la Russie, les États-Unis, le Japon et la Chine en vue d’un voyage pilote prévu au second semestre de l'année prochaine », a affirmé Jeon Jae-soo. Le ministère a déjà signé un protocole d’accord avec le Danemark portant sur la stabilisation des chaînes logistiques et la coopération dans le domaine du transport maritime écologique et numérique, le 26 novembre dernier. Les deux pays se sont engagés à étudier ensemble la viabilité commerciale de cette route et à travailler conjointement sur les enjeux diplomatiques, sécuritaires, environnementaux et économiques qu’elle implique.

caudouin@korea.kr