Bang Hai Ja dans son atelier d’Ajoux (Ardèche), en 2020. © Chung Jaejoon
Par Charles Audouin
« C’est en France que je me suis connue en tant que coréenne. Le fait d’être une étrangère m’a révélée à moi-même. J’ai connu ici la joie profonde de vivre dans une évolution quotidienne, en hauteur, en largeur, en profondeur. »
Le critique d’art Pierre Courthion citait ainsi Bang Hai-ja lors de sa première exposition personnelle, organisée en 1967 à la galerie parisienne Florence Houston-Brown. Près de 60 ans plus tard, l’antenne de Cheongju du Musée national d'art moderne et contemporain consacre une rétrospective au parcours artistique de cette peintre, poétesse et calligraphe, qui a vécu entre la Corée et la France, à l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.
Environ 70 peintures, sculptures et objets d’art sont exposés, dont une grande partie provient des collections du Centre Pompidou et du Musée Cernuschi, rarement présentées en Corée. Plus de 200 archives, dont des lettres, des livres d’art et des photographies, sont également exposées.
L'exposition dédiée à l'artiste coréenne Bang Hai Ja se tient au 5e étage de l’antenne de Cheongju du Musée national d’art moderne et contemporain jusqu’au 27 septembre. © Musée national d’art moderne et contemporain
Bang Ha Ja est née en 1937 dans l’actuel arrondissement de Gwangjin, à Séoul. Elle s’installe à Paris en 1961, avant de revenir en Corée quelques années plus tard, puis de s’établir définitivement en France. Pendant plus de 60 ans, elle a utilisé divers matériaux dans ses œuvres, notamment le papier traditionnel coréen (hanji), l’ocre rouge du Roussillon et des géotextiles, où la lumière occupe une place centrale. Elle a exploré plusieurs techniques, dont la fresque, le vitrail et la gravure, et a exposé ses œuvres à Paris, New York et Séoul.
« C’est en adoptant le regard de l’étrangère qu’elle était devenue lors de son installation en France que Bang Hai-ja a commencé à s’intéresser à la beauté de la Corée », explique Bang Choah, commissaire de l’exposition. « Sa compréhension des traditions coréennes s’est également enrichie après sa rencontre avec son mari (Alexandre Guillemoz, spécialiste du chamanisme coréen) », ajoute-t-elle.
L’exposition de Cheongju met en lumière la réflexion intérieure et l’évolution de l’œuvre de Bang Hai Ja, caractérisée par une grande diversité de supports et de modes d’expression.
« Terre de Ciel », 2008, pigments naturels sur géotextile, 178 x 300cm, Musée d’art contemporain Youngeun. L’œuvre est exposée à Cheongju jusqu’au 27 septembre. © Charles Audouin / Korea.net
Ancienne élève de l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d'art (ENSAAMA), où elle a suivi en 1970 un stage à l’atelier du vitrail, Bang Hai Ja est sélectionnée en 2018 par la direction régionale des Affaires culturelles de la Région Centre-Val de Loire pour réaliser quatre vitraux de la chapelle Saint-Piat de la cathédrale de Chartres, inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Inspirés de ses travaux antérieurs, les quatre grands panneaux en verre de quatre mètres de hauteur, fabriqués en collaboration avec un atelier allemand, seront installés en 2022, puis dévoilés au public en 2024.
À gauche, « Naissance de lumière », reproduction d’un des quatre vitraux installés dans la cathédrale de Chartres et réalisés par Bang Hai Ja, exposée à Cheongju. À droite, Bang Hai Ja lors de la fabrication des vitraux, en 2018. © Charles Audouin / Korea.net, Glasmalerei Peters Studios
« L’œuvre de Bang Hai Ja, imprégnée de la nature et de l’esprit coréens, et nourrie par le contexte artistique français, a révélé de nouvelles possibilités picturales au croisement des cultures et des esthétiques orientales et occidentales », a déclaré Kim Sunghee, directrice du Musée national d'art moderne et contemporain. « J’espère que cette exposition permettra aux visiteurs de découvrir l’univers lumineux de Bang Hai Ja et d’en ressentir la résonance », a-t-elle ajouté.
caudouin@korea.kr