« N’est-il pas encore temps pour nous de rester éveillés ? », s'est demandé Lee Myung-se à propos de la bande-annonce du 18e Festival international du film documentaire de la DMZ (DMZ Docs), lors d'une conférence de presse à Séoul, le 18 août dernier. Le cinéaste, connu pour Sur la trace du serpent (1999) ou Duelist (2005), a réalisé le trailer de ce festival qui prend place jusqu’au 16 septembre dans les cinémas de Paju et Goyang, deux villes situées entre la frontière avec la Corée du Nord et Séoul, dans la province du Gyeonggi.
Depuis sa création en 2009, le festival DMZ Docs s’inspire de la ligne de démarcation entre les deux Corées, à la fois lieu de division et de conflit, pour créer un espace de dialogue et œuvrer à la diffusion des valeurs de paix, de réconciliation et de coexistence à travers le cinéma. Placé cette année sous le thème « Peace is not Silent », il présente près de 150 documentaires provenant de 52 pays dans des sections compétitives internationales (International Competition et Frontier) et hors compétition (Korean Competition, Vérité, Docu-fiction, Essay et Extended).
Haje, de Hwang Yun, a été choisi pour ouvrir le festival. La réalisatrice a suivi pendant huit ans le processus d’expulsion des habitants de Haje, un petit village de pêcheurs de Gunsan, dans l’ouest de la Corée, à la suite des projets de poldérisation de Saemangeum et d’expansion de la base militaire américaine voisine. « Ce village est si marginalisé, si isolé, que je me suis demandé combien de Coréens le connaissaient, et qu’il allait finir par disparaître de la carte de notre pays et de notre histoire, faute d'intérêt de la part des médias. Pour moi qui réside à Gunsan, il était impossible de fermer les yeux sur le destin de ce village », a confié Hwang Yun.
Le film de clôture sera Che Guevara: The Last Companions, du réalisateur français Christophe Dimitri Réveille, qui suit le parcours des derniers compagnons de lutte du révolutionnaire cubain. « Nous avons choisi ce film car nous pensions que cette figure politique méritait d'être mise en lumière à notre époque », a précisé le président du comité exécutif du festival, Oh Dong-jin. « L'édition de cette année intègre de nombreuses voix progressistes », a-t-il ajouté.
DMZ Docs proposera également une projection spéciale mettant en lumière 13 longs métrages du réalisateur palestinien Kamal Aljafari, ainsi qu'une quinzaine d'éco-documentaires. Une rétrospective des œuvres de Raymond Depardon sera également organisée à l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France.
Des débats et discussions sur les perspectives d’avenir du documentaire coréen, le documentaire politique et la problématique des boycotts culturels auront également lieu dans le cadre du DMZ Docs Forum.