Cet article est une traduction, effectuée par son autrice, de sa version originale en anglais.
Par Andra-Michaela Pena
Du 24 octobre au 2 novembre 2025, Bucarest est redevenue la capitale mondiale du cinéma avec la 16e édition du festival Les Films de Cannes à Bucarest. Considéré comme l’événement cinématographique le plus attendu de l’automne en Roumanie, il a offert dix jours de projections, d’avant-premières exclusives et de masterclasses animées par des cinéastes de renom. Le public roumain a ainsi retrouvé, chez lui, l’atmosphère d’un véritable festival international.
Les projections se sont tenues dans plusieurs lieux emblématiques, le cinéma Elvire Popesco, le Musée du Paysan Roumain et le Musée National d’Art de la Roumanie (MNAR), tandis que le festival s’est également étendu à Timișoara, Cluj-Napoca, Iași et Arad, confirmant que le grand cinéma continue de passionner le public à travers le pays.
Parmi les moments forts de cette édition figurait le long-métrage coréen
Aucun autre choix de Park Chan-wook, qui a suscité un engouement exceptionnel. Ses deux projections à Bucarest (le 31 octobre au Musée du Paysan Roumain et le 1er novembre au MNAR) se sont jouées à guichets fermés, prouvant une fois de plus la connexion profonde entre le cinéma coréen et les spectateurs roumains. J’ai eu la chance d’assister à la seconde séance, l’une des plus marquantes du festival.
L’affiche officielle du film de Park Chan-wook exposée dans le hall du MNAR lors de la projection à Bucarest. © Liana Radulescu
Un film au parcours international
Aucun autre choix est un thriller social teinté d’humour noir, réalisé et co-écrit par Park Chan-wook, avec Lee Byung-hun et Son Ye-jin. Inspiré du roman
The Ax de Donald E. Westlake, le film transpose cette lutte existentielle dans le monde impitoyable des entreprises coréennes. Il raconte l’histoire de Man-su, un employé licencié après vingt-cinq ans de carrière, dont la quête désespérée d’un nouvel emploi le conduit à franchir des limites inattendues.
Présenté en avant-première mondiale à la Mostra de Venise, où il a reçu une ovation, puis en ouverture du Festival international du film de Busan, le film a été salué comme « un portrait tragi-comique de la survie moderne, à la fois absurde et terriblement réel ».
Au-delà des récompenses, c’est l’universalité émotionnelle du film qui frappe. Bien que profondément ancré dans la société coréenne, son récit sur la dignité, la pression et l’identité face à un marché du travail impitoyable résonne partout dans le monde. Une preuve que les émotions humaines abolissent les frontières linguistiques.
Un mur coloré d’affiches de films présentées à Les Films de Cannes à Bucarest 2025. © Les Films de Cannes à Bucarest
La puissance de Squid Game
L’intérêt du public s’explique en partie par la présence de Lee Byung-hun, devenu mondialement célèbre grâce à la série
Squid Game. Ce phénomène planétaire a propulsé les acteurs coréens sur la scène internationale et incité des millions de spectateurs à découvrir d’autres facettes de la culture coréenne.
Pour beaucoup de Roumains,
Aucun autre choix a été l’occasion de redécouvrir une star de
Squid Game dans un rôle plus intime et complexe. Il est fascinant de voir comment l’influence de la série s’étend bien au-delà des plateformes de streaming, attirant un nouveau public vers le cinéma coréen dans les festivals et les salles d’art et d’essai. La vague Hallyu ne cesse de s’amplifier, gagnant en profondeur culturelle.
Les cinéphiles patientent à l’intérieur du Musée National d’Art de la Roumanie avant la projection à guichets fermés. © Liana Radulescu
Une projection électrique à Bucarest
Dans l’auditorium du MNAR, l’atmosphère était électrique. Dès la première scène, le public a réagi avec intensité : rires face à l’humour acide, silence suspendu lors des moments de tension, murmures étonnés devant les dilemmes moraux. À la fin, les applaudissements ont éclaté spontanément.
À la sortie, les conversations fusaient : « C’était brillant. » « Je ne m’attendais pas à cette fin. » « Tellement coréen, et pourtant si proche de nous. » Ces mots reflétaient parfaitement l’enthousiasme sincère du public. Beaucoup ont affirmé qu’il s’agissait de l’un des meilleurs films du festival.
J’ai été fascinée par la manière dont la mise en scène de Park Chan-wook reste immédiatement reconnaissable : une esthétique raffinée, un récit millimétré et une ironie sombre en filigrane. Mais ce film ajoute une dimension nouvelle : une empathie silencieuse pour les gens ordinaires face à des choix moraux extraordinaires. Ce n’est plus seulement une question de style, mais de profondeur humaine.
Les lumières s’éteignent, l’excitation monte : le public de Bucarest se prépare à découvrir « Aucun autre choix » de Park Chan-wook. © Les Films de Cannes à Bucarest
Quand le cinéma coréen parle au monde
Le triomphe de
Aucun autre choix à Bucarest s’inscrit dans un mouvement plus vaste : l’essor mondial du cinéma coréen. En une décennie, la Corée a conquis la critique par sa créativité, sa maîtrise technique et sa charge émotionnelle. De
Parasite à
Decision to Leave, les réalisateurs coréens redéfinissent les attentes du public international.
Ce qui impressionne, c’est la facilité avec laquelle ces histoires franchissent les frontières culturelles. Les spectateurs roumains, comme tant d’autres, ne voient plus les films coréens comme des curiosités exotiques, mais comme des reflets d’une condition universelle. Inégalités sociales, solitude, quête de soi : autant de thèmes universels qui résonnent ici comme ailleurs.
Park Chan-wook incarne à lui seul cette évolution. Auteur d’œuvres cultes telles que
Oldboy ou
Mademoiselle, il ne cesse de se réinventer, mêlant les genres et transformant les zones d’ombre de l’âme humaine en poésie visuelle. Ses films bousculent, émeuvent et questionnent.
Les histoires coréennes comme celles de Park Chan-wook continuent d’inspirer les spectateurs du monde entier. © Liana Radulescu
Au-delà d’une simple projection
Depuis ses débuts, Les Films de Cannes à Bucarest rapproche le public roumain du grand cinéma mondial. L’inclusion d’un film comme
Aucun autre choix pousse cette mission encore plus loin. Elle montre que l’échange culturel dépasse la langue ou la géographie : il se joue dans l’émotion partagée.
Ce soir-là, en quittant la salle, j’ai ressenti un profond optimisme, pour l’avenir du cinéma coréen, mais aussi pour l’ouverture du public roumain, curieux et enthousiaste.
Aucun autre choix a prouvé qu’une grande histoire peut franchir toutes les frontières, et que l’art, lorsqu’il est sincère, trouve toujours le chemin du cœur.
Moi à Les Films de Cannes à Bucarest 2025, couvrant la projection du film « Aucun autre choix » de de Park Chan-wook. © Liana Radulescu
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