Par Henriette Robert
Vendredi 12 décembre, à Antananarivo, la villa de l’ambassade de la République de Corée n’était pas seulement un espace diplomatique. Le temps d’une matinée, elle s’est transformée en un lieu vivant, rythmé par le bruit croquant des choux que nous préparions à plusieurs mains.
Dans le cadre de la série Ateliers de culture coréenne 2025, nous avons été près d’une cinquantaine de participants, bien au-delà des 32 places initialement prévues, à répondre à l’invitation pour découvrir le kimjang, cette pratique collective inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Pour ma part, je suis arrivée avec une légère appréhension. Je ne connaissais personne. Pourtant, quelque chose m’a poussée à venir. Peut-être l’appel de la cuisine. Peut-être le kimchi lui-même.
Avant même d’enfiler nos tabliers et nos gants, une question s’est imposée à moi, presque naturellement : que signifie réellement préparer du kimchi ?
Expérience personnelle renforcée
La cuisine coréenne m’accompagne depuis de nombreuses années, à travers des repas partagés et des rencontres qui m’ont appris à en apprécier l’équilibre et la richesse. Le kimchi, en particulier, incarne pour moi l’essence même de la Corée : un plat sain, coloré et profondément vivant. Pourtant, c’était la première fois que je le préparais moi-même, collectivement, dans le respect des gestes traditionnels.
L’expérience a d’ailleurs commencé bien avant d’entrer dans l’enceinte de l’ambassade. Durant le temps d’attente, à l’extérieur, les échanges se sont naturellement noués entre les participants : discussions autour de la cuisine coréenne, des dramas mettant la gastronomie à l’honneur, des habitudes alimentaires et des souvenirs de voyage. Ce moment informel a posé les bases d’une immersion plus que chaleureuse.
À gauche, les participants en route vers la salle de visionnage. À droite, la cheffe Jeong nous invitant à enfiler tabliers et gants pour débuter l’atelier. © Henriette Robert
Avant de passer à la pratique, nous avons d’abord été accueillis dans une salle par la cheffe Jeong Saeyan. Ce temps introductif a permis de poser les bases. À travers ses explications et deux courtes vidéos, nous avons découvert ce qu’est réellement le kimjang : son origine, son importance culturelle en Corée, les ingrédients essentiels qui composent le kimchi et la place centrale qu’il occupe dans le quotidien coréen. Cette présentation théorique, à la fois accessible et structurée, a donné du sens aux gestes que nous allions bientôt accomplir.
Les participants installés dans la salle de visionnage pour regarder les deux films projetés et échanger avec la cheffe. © Henriette Robert
Guidés par la cheffe Jeong Saeyan, nous avons rejoint le jardin de la résidence, sous un vaste chapiteau. Devant nous, de grandes tables, des bacs remplis de choux déjà salés et reposés depuis 48 heures. Autour de chaque table, six à neuf personnes. Des inconnus, au départ. Puis très vite, des échanges, des regards complices, des rires. Lamelle après lamelle, le chou se transforme. On masse, on assaisonne, on ajuste.
À mesure que nous avancions, je sentais l’atmosphère changer. Le temps semblait ralentir. Les conversations s’installaient. L’inconnu devenait familier.
À gauche, les participants marinant les choux autour de la table. À droite, la cheffe Jeong en démonstration. © Henriette Robert
Moment fort
Un moment restera particulièrement gravé : la venue de Mme l’Ambassadrice de la République de Corée à Madagascar, qui est venue à notre table. Sans protocole excessif, sans distance. Les manches retroussées, elle a pris part à la préparation, échangeant simplement avec nous. Cette image, à la fois simple et forte, illustrait parfaitement l’esprit du kimjang : le partage, l’horizontalité, le faire ensemble.
À gauche, Mme l’Ambassadrice de Corée à Madagascar échangeant avec les participants lors de l’atelier. À droite, dégustation de kimchi accompagné de suyuk, du porc bouilli. © Henriette Robert
Résonance personnelle
La matinée s’est achevée par une dégustation : un kimchi encore jeune, accompagné de suyuk, du porc bouilli servi avec une pâte de soja. Puis est venu le dernier geste : chacun est reparti avec une boîte contenant le kimchi préparé de ses propres mains, prêt à poursuivre sa fermentation.
Un simple contenant ? Pour moi, non. Plutôt un souvenir en devenir. Car désormais, chaque bouchée aura une saveur particulière : celle d’un moment partagé, de gestes appris ensemble, de liens tissés sans même s’en rendre compte.
Parmi toutes les activités culturelles auxquelles j’ai pu participer à Madagascar, celle-ci restera sans doute l’une des plus marquantes. Parce qu’elle ne s’est pas contentée de montrer une culture. Elle m’a permis de la vivre.
Et peut-être est-ce là la véritable leçon du kimjang : partager un plat, c’est déjà créer du lien. Et parfois, ce lien dure bien plus longtemps que la fermentation elle-même.
À gauche, photo de groupe avec David, Henriette, Valérie, Valérie et Rosa, cinq sourires réunis autour du kimchi. À droite, mon kimchi, mariné et prêt à entamer sa fermentation ! © Henriette Robert
Photo de groupe avec les participants de l’atelier de cuisine coréenne à l’Ambassade de Corée à Madagascar. © Henriette Robert
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