Journalistes honoraires

05.03.2026

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Par Danielle Tartaruga

L’année 2026 sera celle du 140e anniversaire de l’instauration officielle des relations diplomatiques entre la Corée et la France. À cette occasion, Korea.net est allé à la rencontre de Jean-Marc Thérouanne, délégué général, directeur artistique et cofondateur du Festival international des cinémas d’Asie de Vesoul (FICA), dont la 32e édition a eu lieu du 27 janvier au 3 février 2026.

Park Sunyoung, Shin Su-won, Jean-Marc Thérouanne, Li Sepyoon, Lee Kwang-kuk au FICA Vesoul 2026. © Jean-François Maillot / FICA

Park Sunyoung, Shin Su-won, Jean-Marc Thérouanne, Li Sepyoon, Lee Kwang-kuk au FICA Vesoul 2026. © Jean-François Maillot / FICA


Danielle Tartaruga : Combien de films coréens sont programmés cette année, toutes sections confondues ?

Jean-Marc Thérouanne : Cette année nous présentons huit films coréens.

Trois en compétition fiction et documentaire :
- Beautiful Dreamer de Lee Kwang-kuk (présenté en première internationale)
- My Old Me de Cherin Lee (présenté en première mondiale)
- Welcome Home Freckles de Park Huiju (présenté en première française)

Trois en sélection dans la section thématique « Mystères et boules d’opium » :
- Burning de Lee Chang-dong
- Decision to Leave de Park Chan-wook
- The Spy Gone North de Yoon Jong-bin

Deux en sélection dans la section Jeune Public :
- Au feu le sapin de Jeon Seung-bae (animation)
- Mon enfant de Kim Hyun-joo (animation)

Quel est le nombre de cinéastes coréens invités (réalisateurs, producteurs, acteurs) cette année ?

Pour célébrer dignement le 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée, nous avons invité quatre personnalités du cinéma coréen.

- Mme Shin Su-won, réalisatrice confirmée (Pluto-Suneung, Madonna, The Mutation…) est invitée en tant que membre du jury international.
- Mme Park Sunyoung, programmatrice du cinéma asiatique au prestigieux Festival International du Film de Busan, le Cannes de l’Asie, est invitée en tant que Présidente du jury Marc Haaz
- M. Lee Kwang-kuk, réalisateur, dont nous soutenons la carrière depuis de nombreuses années, est invité à venir présenter en première internationale en compétition long métrage de fiction son film Beautiful Dreamer,
- Mme Cherin Lee, réalisatrice, est invitée à venir présenter en première mondiale en compétition documentaire son film My Old Me – Haemong-Yeohaeng.

Réalisatrices coréennes au 32e FICA Vesoul : Shin Su-won, Cherin Lee, Park Sunyoung, Jean-Marc Thérouanne. © Jean-François Maillot / FICA

Réalisatrices coréennes au 32e FICA Vesoul : Shin Su-won, Cherin Lee, Park Sunyoung, Jean-Marc Thérouanne. © Jean-François Maillot / FICA


Comment la présence du cinéma coréen a-t-elle évolué dans la programmation depuis vos débuts ?

Nous avons présenté 140 films coréens depuis l’origine du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul. Celui-ci a commencé fort modestement avant d’atteindre une vitesse de croisière de 90 films environ par édition avec une cinquantaine d’invités et la constitution de sept jurys : International, NETPAC (Network for the Promotion of Asian Cinema), Critique, Amis du Musée National des arts asiatiques Guimet de Paris, Marc Haaz (en la mémoire de notre directeur technique mort tragiquement dans un accident aéronautique), Lycéen, Jeune.

Dès l’origine en 1995, nous avons présenté un film coréen mis à la place d’honneur du film de clôture, L’île étoilée, de Park Kwang-su, pour souligner l’importance de ce cinéma qui venait d’apparaître sur la scène internationale et être distribué (modestement) en France. Le Centre Culturel Coréen a joué un rôle important pour aider le premier ou l’un des premiers distributeurs courageux à distribuer des films coréens que fut Jacques Maréchal directeur des Grands Films Classiques. Dix films coréens ont été ainsi distribués en France : cinq films de Lee Doo-Yong (premier réalisateur coréen en sélection officielle au festival de Cannes avec Le Rouet, histoire cruelle des femmes), quatre films d’Im Kwon-taek, un film de Bae Chang-ho.

En voyant ces films nous avons tout de suite compris l’importance de cette cinématographie. Nous avions l’impression de découvrir tout un monde de beauté et de maîtrise formelle.

Chaque année nous avons présenté des films coréens. Lors du troisième Festival des cinémas d’Asie en 1997, nous avons invité notre premier invité coréen, l’immense acteur Sin Songil, l’Alain Delon coréen comme le présentait alors la critique. Il est l’acteur principal du Village de Kilsottum d’Im Kwon-taek, film d’ouverture du 3e FICA Vesoul. J’avais attiré l’attention du maire de l’époque, Alain Joyandet, sur la dimension charismatique de cet acteur coréen. Il en a saisi de suite l’importance en lui remettant la médaille d’honneur de la ville de Vesoul.

Notre première rétrospective de films coréens fut un hommage à Im Kwon-taek, lors du 5é Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul en 1999, notre seconde fut un hommage, en sa présence, à Lee Doo-Yong, en 2005 lors du 11e Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul.

En 2006, nous avons participé à la célébration des 120 ans de l’amitié France-Corée, en mettant à l’honneur le réalisateur Hur Jin-ho (April snowNoël en aoûtOne fine Spring Day, etc.).

En 2011, pour le 17e FICA, mon épouse Martine et moi avons mis en place une vaste rétrospective de trente films clés de l’histoire du cinéma coréen embrassant la période d’avant la guerre de Corée jusqu’à 2011. Nous avons invité plusieurs professionnels du cinéma coréen, parmi eux le réalisateur Lee Myung-se (Mon amour, mon épouseGagman...), en tant que président du jury international, le réalisateur de La petite fille de la terre noire Jeon Soo-il (Lion d’or à Venise 2007), le réalisateur Park Chur-woong, Kim Dong-ho, le père fondateur du Festival international de Busan, le Cannes de l’Asie, Kim Hye-shin, universitaire, critique membre de la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI), et autres.

En 2016, pour commémorer les 130 ans de l’amitié entre la France et la Corée nous avons organisé une rétrospective d’une vingtaine de films coréens autour du thème « Corée : Littérature et cinéma de 1949 à 2016 », parmi lesquels le poignant La Guerre blanche (White Badge, Hayan Chonjaeng) de Jeong Ji-young (1992) où le regretté Ahn Sung-ki, décédé ce 5 janvier 2026, donnait toute la puissance de son jeu d’acteur en tant que premier rôle masculin. Nous avons eu la chance d’être présenté à lui par le fondateur du Festival du film de Busan, Kim Dong-ho. Nous l’avons revu de nombreuses fois à Busan, Gangneung ou Cannes.

Parmi les personnalités du cinéma coréen, nous avions invité Im Sang-soo, en tant que président du jury International (The président Last’s BangLe vieux Jardin, le remake de La Servante, etc.), le vétéran du cinéma coréen Bae Chang-ho (Le rêve), Cho Chang-ho (A Little Indian BoyThe Peter Pan FormulaAnother Way…), Kim Hye-shin, universitaire et critique, etc.

Chaque année nous présentons des films coréens en compétition longs métrages de fiction et en compétition film-documentaire. Dans les sections thématiques il y a toujours des films coréens. Tous les genres sont abordés.

Depuis quand observez-vous une augmentation significative de films coréens à Vesoul ? Et quelles en sont, selon vous, les raisons ?

Depuis 32 ans nous apportons une grande attention au cinéma coréen d’auteur, même si parfois nous présentons du cinéma plus commercial, c’est-à-dire formaté. Ce qui nous intéresse avant tout c’est le cinéma dans lequel on sent un plus, la « patte » de l’auteur.

Quel écho auprès du public local et international constatez-vous pour les films coréens, comparé à d’autres cinématographies asiatiques ?

Les jeunes générations connaissent le cinéma coréen, notamment les films de Park Chan-wook, futur président du jury du 79e Festival de Cannes 2026, de Bong Joon-ho, Kim Seong-hun, Kim Jee-won, etc. La jeunesse française actuelle est attirée par la culture coréenne, cinématographiquement, musicalement, culinairement. Vesoul n’est pas une exception culturelle.

Avez-vous remarqué des films coréens qui ont particulièrement bien marché auprès du public de Vesoul, en termes d’affluence, discussions, récompenses ?

Les films de Lee Chang-dong, de Park Chan-wook, de Bong Joon-ho, d’Im Kwan-taek, de Hong Sang-soo, de Kim Ki-duk, de Lee Doo-yong, assurent des salles complètes. À Vesoul, les réalisateurs coréens ont remporté 25 prix prestigieux :

- Trois fois le Cyclo d’or (Jiseul de O Muel en 2013, 10 Minutes de Lee Yong-seung en 2014 et The Land of Morning Calm de Park Ri-woong en 2025)

- Une fois le Grand prix du Jury (Dance Town de Jeon Kyu-hwan en 2012)

- Six fois le prix du Jury (Animal Town de Jeon Kyu-Hwan en 2010), Where Are You Going de Park Chur-wong, Sub-zero Wind de Kim Yu-ri en 2019, A Bedsore de Shin Hye-jung en 2020, Aloners d’Hong Sung-eun en 2022 et A Letter from Kyoto de Kim Min-ju en 2023)

- Une fois le prix Emile Guimet : Baby Beside me de Son Tae-gyum en 2017

- Trois fois le prix NETPAC (Animal Town de Jeon Kyu-hwan en 2010, Mothers de Lee Dong-eun en 2019, Aloners d’Hong Sung-eun en 2022)

- Deux fois le prix INALCO (Daytime Drinking de Noh Young-seok en 2009 et A Bedsore de Shin Hye-jung en 2020)

- Quatre fois le prix spécial INALCO (Dance Town de Jeon Kyu-hwan en 2012, 10 minutes de Lee Young-seung en 2014, A Matter of Interpretation de Lee Kwang-kuk en 2015 et A Letter from Kyoto de Kim Min-ju en 2023)

Le Cyclo d’or d’honneur a été décerné cinq fois à d’éminentes personnalités du monde du cinéma coréen. En 2005, au réalisateur Lee Doo-yong, en 2011, au fondateur du Festival international du film de Busan, Kim Dong-ho, que mon épouse et moi-même appelons affectueusement « notre père coréen ». C’est un homme exquis, d’une grande classe, nous l’admirons profondément. Puis en 2016, au réalisateur Im Sang-soo, en 2020, au directeur du Festival de Busan, Jay Jeon, nous admirons son sens du regard, sa grande sensibilité artistique, et enfin en 2023 au président du festival de Busan, Lee Yong-kwan, nous apprécions ses qualités et son courage intellectuel.

Nous avons tissé de profonds liens d’amitiés avec les organisateurs du Festival International du film de Busan, depuis sa création en 1996. Mon épouse a été membre du jury du Network for the Promotion of Asian and Pacific Cinema (NETPAC) au 15e Festival de Busan en 2010, et présidente du prestigieux Jury Kim Jiseok au 28e Festival de Busan en 2023.

Les tables rondes, les soirées Korean Cinema Night, les débats questions-réponses autour des films coréens ont toujours été suivis par un large public à Vesoul.

À votre avis, quelle est la place du cinéma coréen aujourd’hui dans le paysage des films asiatiques projetés à Vesoul ? Est-il devenu un élément structurant dans votre programmation ?

Le cinéma coréen est toujours très présent à Vesoul, c’est un cinéma qui a une grande force, de multiples facettes, une grande créativité et inventivité.

Cérémonie de clôture du 32e Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul 2026. © Jean-François Maillot / FICA

Cérémonie de clôture du 32e Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul 2026. © Jean-François Maillot / FICA


Quels sont vos objectifs pour la programmation coréenne des prochaines années ?

Le Festival international des cinémas d’Asie de Vesoul sera toujours une tribune de libre expression artistique pour le cinéma coréen, loin des effets de mode des festivals internationaux de catégories A.

Envisagez-vous des sections spéciales, des rétrospectives ou des focus sur des mouvements ou générations de cinéastes coréens ?

Bien sûr ! Mais chut, il ne faut pas gâcher l’effet de surprise de nos futures recherches cinématographiques.

Selon vous, quelles évolutions restent à faire pour renforcer encore la visibilité du cinéma coréen à Vesoul et en France ?

À Vesoul, le cinéma coréen aura toujours sa place, nous aurons toujours à cœur de le défendre, de le faire connaitre. En France, je ne peux répondre à la place des producteurs, des distributeurs ou dirigeants de festivals, mais le fait que Park Chan-wook sera le président du jury du 79e Festival de Cannes, l’année des 140 ans de l’amitié Corée-France, est un signe fort donné au monde.

À propos de Jean-Marc Thérouanne

Titulaire d’une licence en droit, d’une maîtrise d’histoire et du CAPES de professeur-documentaliste, Jean-Marc Thérouanne est délégué général, directeur artistique et cofondateur du Festival international des cinémas d’Asie de Vesoul. Créé en 1995 à l’occasion du centenaire du cinéma, ce festival s’est imposé au fil des années comme l’un des principaux rendez-vous européens consacrés aux cinématographies asiatiques.

Son engagement en faveur de la diffusion du cinéma asiatique lui a valu de nombreuses distinctions. En France, il a notamment été nommé chevalier des Arts et des Lettres en 2003 et officier des Palmes académiques en 2018 (après avoir été fait chevalier en 2007). Il a également reçu la médaille des Langues Orientales, la médaille de la Francophonie ainsi que la médaille d’honneur de la ville de Vesoul. À l’étranger, plusieurs institutions ont également salué son action, parmi lesquelles la Corée avec le Korean Cinema Award et le trophée France-Corée, mais aussi la Mongolie, le Kazakhstan ou encore Taïwan.

Il a été invité à participer à de nombreux jurys ou événements professionnels à travers le monde. Il a ainsi présidé des jurys lors de festivals à Dijon, Xian, Kosice ou Da Nang, et a été membre de jurys dans plusieurs manifestations consacrées au cinéma asiatique, notamment à Séoul, New Delhi, Manille ou Douchanbé. Il est également régulièrement invité comme hôte d’honneur dans de grands festivals internationaux, de Rome et Udine à Tokyo, Téhéran ou Vladivostok, et participe depuis de nombreuses années au Festival international du film de Busan.

Jean-Marc Thérouanne s’est également impliqué dans la production cinématographique . Il a notamment produit If God Sent His Angel de K.M. Lo (Cambodge, 2005) et participé au projet Open Doors du Festival de Locarno en 2004. Il a également coproduit, avec le Bophana Center, le film Where I Go de Neang Kavich (Cambodge, 2013). Il collabore en outre comme correspondant avec plusieurs publications spécialisées, dont Cinealliance, Asian Movie Pulse et Netpacasia, et est membre depuis 2003 du NETPAC (Network for the Promotion of Asian and Pacific Cinema).


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr