Journalistes honoraires

30.03.2026

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Par Lucile Andriambololona

Dans le Grand Sud de Madagascar, les pluies se font attendre des mois ou tombent trop brutalement, dévastant les maigres récoltes. Le changement climatique a transformé ce territoire en une zone de crises successives : sécheresses prolongées, cyclones de plus en plus violents, inondations soudaines, et au bout du compte, une famine qui s'installe durablement. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), plus d'un million de personnes luttaient encore pour se nourrir au tournant de 2025-2026 dans les régions du sud et du sud-est de Madagascar. Pour ces familles, l'aide internationale n'est pas un supplément, c'est souvent la seule bouée de sauvetage.

C'est dans ce contexte que la coopération entre Madagascar et la République de Corée prend tout son sens. Elle s’inscrit dans plus de trente années de relations diplomatiques renforcées depuis leur rétablissement en 1993, et dans une présence diplomatique consolidée, dont 2026 marque le dixième anniversaire de l’ouverture de l’ambassade de la République de Corée à Antananarivo. Loin des discours diplomatiques, elle se joue sur le terrain, dans des cantines scolaires de Toliara, des projets nutritionnels d'Itampolo à Ampanihy, et des villages reculés où des enfants mangent à leur faim parce qu'un partenariat international a tenu.

Les 2 et 3 mars 2026, l'ambassadrice de Corée à Madagascar, Mme Park Ji-hyun, a pris l'avion pour Fort-Dauphin, puis la route poussiéreuse vers Ambovombe, dans le cœur même du Grand Sud, accompagnée de Tania Goossens, représentante et directrice nationale du Programme alimentaire mondial.

Cette délégation a visité quatre établissements scolaires qui bénéficient du programme d'alimentation scolaire financé par la République de Corée : l'EPP Ankilimafaitsy et l'EPP Soatsifa, entre autres. Sur place, elles ont échangé avec les élèves, les enseignants et les responsables communautaires, mais aussi avec les équipes en charge de la préparation et de la distribution des repas. L'objectif n'était pas symbolique : il s'agissait de vérifier, concrètement, comment le riz fourni dans le cadre de la coopération se traduit en repas quotidiens, en meilleure fréquentation scolaire et en conditions d’apprentissage plus stables dans des zones particulièrement exposées à l’insécurité alimentaire.

L’ambassadrice de Corée à Madagascar, Park Ji-hyun, Tania Goossens et les responsables locaux aux côtés des enfants lors d’un repas à la cantine scolaire. © Ambassade de Corée à Madagascar

L’ambassadrice de Corée à Madagascar, Park Ji-hyun, Tania Goossens et les responsables locaux aux côtés des enfants lors d’un repas à la cantine scolaire. © Ambassade de Corée à Madagascar


La visite a également permis d’observer les contraintes opérationnelles liées à la mise en œuvre du programme dans le sud du pays, notamment les difficultés d’accès, les conditions logistiques et l’approvisionnement régulier des cantines scolaires. Dans un contexte marqué par l’isolement de certaines localités et la vulnérabilité des infrastructures face aux aléas climatiques, ce suivi de terrain constitue un élément essentiel pour ajuster les interventions et assurer leur efficacité. Elle s’inscrit également dans une phase plus large d’évaluation des actions menées conjointement avec le Programme alimentaire mondial, dans un contexte de crises climatiques persistantes qui continuent de perturber durablement les moyens de subsistance.

Au-delà des écoles, les échanges avec les communautés locales ont mis en lumière l’importance du programme d’alimentation scolaire dans l’équilibre des ménages. Dans de nombreuses familles, ces repas représentent une part significative de l’apport nutritionnel des enfants, réduisant la pression alimentaire au niveau du foyer.

Cette mission s’inscrit également dans une dynamique plus large de préparation des prochaines phases de coopération. Les discussions engagées avec le Programme alimentaire mondial ont notamment porté sur les perspectives du programme à venir pour la période 2026-2029, visant à transformer les systèmes alimentaires locaux et les mécanismes de protection sociale.

Le 11 mars 2025, quelques semaines après sa prise de fonctions à Antananarivo, Tania Goossens avait rencontré pour la première fois l'ambassadrice Park Ji-hyun. Ce premier entretien entre la nouvelle représentante du PAM et la diplomate coréenne avait posé les bases d'un nouveau cycle de coopération.

Avant Madagascar, Goossens avait dirigé les opérations du PAM au Guatemala et au Pérou, où elle avait développé une expertise en sécurité alimentaire et résilience communautaire. Son arrivée à Madagascar en mars 2025 coïncidait avec une période de forte pression : deux cyclones venaient de frapper le pays, les ressources humanitaires étaient limitées et les besoins explosaient.

Lors de cet entretien avec l'ambassadrice Park Ji-Hyun, Goossens avait réaffirmé que la coopération avec la République de Corée arrive à un moment critique où les ressources humanitaires sont limitées, alors même que la prévalence de l'insécurité alimentaire et l'incidence de la malnutrition continuent d'augmenter. Les deux femmes ont évoqué ensemble les contours d'un nouveau projet en préparation, prévu pour être mis en œuvre entre 2026 et 2029.

Park Ji-hyun, ambassadrice de Corée à Madagascar, a participé à la cerémonie de remise de don du riz du gouvernement coréen destiné au peuple Malagasy à travers le PAM tenue au port de Tuléar, le 5 juin 2025. Les responsables du PAM et Gouverneur de la Région Atsimo-Andrefana étaient également présents. © Ambassade de Corée à Madagascar

Park Ji-hyun, ambassadrice de Corée à Madagascar, avait participé à la cérémonie de remise de don du riz du gouvernement coréen destiné au peuple Malagasy à travers le PAM tenue au port de Tuléar, le 5 juin 2025. Les responsables du PAM et Gouverneur de la Région Atsimo-Andrefana étaient également présents. © Ambassade de Corée à Madagascar


En 2025, la République de Corée a renouvelé son engagement avec un don de riz spécifiquement alloué au programme d'alimentation scolaire du PAM dans le sud de Madagascar. Près de 9 984 tonnes de riz, représentant 12,5 millions de dollars, ont été remises officiellement au port de Tuléar afin de répondre aux besoins urgents des populations vulnérables dans dix districts de quatre régions du Sud, tout en soutenant environ 190 000 élèves dans 586 écoles.

Cette mobilisation s’inscrit dans la continuité de l’année 2024, marquée par un premier don de 10 000 tonnes de riz, d'une valeur de 9,4 millions de dollars, acheminé via le PAM vers les populations les plus vulnérables de Toliara et du Grand Sud, dans un contexte aggravé par les catastrophes climatiques.

En début d’année 2024, avant ce déploiement, une aide d’urgence de 200 000 dollars avait également été mobilisée par la République de Corée à travers le PAM pour soutenir les populations touchées par le cyclone Alvaro, dans un contexte de forte pression alimentaire.

La République de Corée a fait un don de 10 000 tonnes de riz coréen (9,4 millions de dollars USD) pour la population du sud de Madagascar à travers le PAM dans le cadre de l'aide humanitaire aux sinistrés des catastrophes naturelles telles que la sécheresse et les cyclones. © Ambassade de Corée à Madagascar

La République de Corée a fait un don de 10 000 tonnes de riz coréen (9,4 millions de dollars USD) pour la population du sud de Madagascar à travers le PAM dans le cadre de l'aide humanitaire aux sinistrés des catastrophes naturelles telles que la sécheresse et les cyclones. © Ambassade de Corée à Madagascar


Entre 2020 et 2024, la République de Corée a investi un total de 6,5 millions de dollars dans des projets de développement à Madagascar. L'Agence coréenne de coopération internationale (KOICA) a notamment financé des initiatives sanitaires dans les régions d'Itampolo et Fotadrevo, visant à prévenir le retard de croissance chez les jeunes enfants, un problème structurel dans un Sud où la malnutrition chronique frappe dès les premières années de vie.

Parallèlement, un projet de lutte contre la malnutrition a été mis en œuvre dans la région d'Ampanihy, également pour un montant de 6,5 millions de dollars, en partenariat avec le PAM. Ce programme quinquennal ciblait l'amélioration de la nutrition, la sécurité alimentaire et les conditions de vie des communautés locales.

À mesure que le changement climatique s'intensifie, le Grand Sud de Madagascar risque de devenir une zone de crises endémiques. Les pluies deviennent imprévisibles, les sécheresses plus longues, les cyclones plus fréquents et plus violents. Dans ce contexte, l'aide ponctuelle, aussi nécessaire soit-elle, ne suffit plus. C'est le sens du projet 2026-2029, encore en préparation, que la République de Corée entend soutenir aux côtés du PAM : non plus seulement distribuer de la nourriture, mais transformer les systèmes alimentaires et renforcer les filets de protection sociale pour que les communautés résistent mieux aux prochains chocs.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr