Journalistes honoraires

20.04.2026

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Par Lantou Onirina

En concert à Paris le 15 avril, Gaho vient de dévoiler son nouveau titre To Mars. À l’occasion de sa venue dans la capitale, je l’ai rencontré le 13 mars lors de sa visite de l’exposition K-Beauty au musée Guimet.

Pendant longtemps, la voix de Gaho a semblé tenir dans un espace à part. Elle ne cherchait ni à s’imposer ni à déborder, mais à trouver une ligne juste. Elle installait l’émotion sans la forcer, la laissant se déployer dans un cadre maîtrisé, presque tenu.

Lui-même associe d’ailleurs son identité solo à cette qualité intérieure, à « la température de (son) monde intérieur », à un regard personnel et à une interprétation délicate des émotions. Une approche de la musique qui privilégie la précision à l’effet, la justesse à l’impact immédiat.

Même lorsqu’il explore des registres plus ouverts, cette attention à la forme ne disparaît pas. Son dernier titre, To Mars, en donne un aperçu. La chanson part d’une matière profondément intime – une déclaration d’amour qui traverse le temps et l’espace – pour se transformer en un morceau pop lumineux, rythmé mais traversé d’une légère mélancolie.

Ce qui frappe, ce n’est pas la démonstration mais la façon dont l’émotion est contenue puis élargie sans se dissoudre. To Mars n’amplifie pas artificiellement ce qu’il raconte ; il en déploie les contours, en laissant apparaître, sous sa légèreté apparente, une forme de retenue.

Cette attention portée à l’émotion se retrouve aussi dans la lecture qu’il fait de son propre parcours. Dans une vidéo Playlist réalisée pour Chingu Lab, il choisit Running pour représenter sa période solo, évoquant une énergie encore « très fraîche », avant de désigner Right Now comme un moment charnière, écrit dans un besoin de repos mais pensé pour provoquer un changement chez ceux qui l’écoutent. Plus loin, avec Follow Me ou Stone, c’est l’identité de Kave qui s’affirme, dans une énergie désormais partagée, portée par l’ensemble du groupe.



C’est peut-être là que se dessine, en creux, une certaine idée de l’élégance. Non pas comme une qualité visible ou décorative, mais comme un art d’habiter l’émotion, de la contenir suffisamment pour qu’elle garde sa forme, tout en lui permettant de circuler.

Cette question de la forme trouve un écho particulier dans la visite de Gaho au Musée Guimet, où l’exposition consacrée à la K-beauty à l’époque Joseon rappelle que la beauté ne relevait pas seulement de l’apparence mais d’un ensemble de valeurs liées à l’harmonie, au soin et à l’équilibre.

Les objets exposés montrent surtout l’importance accordée aux détails, à l’équilibre et à l’harmonie. Une attention portée à la mesure, à la tenue, à la cohérence du geste. Vue depuis le parcours de Gaho, cette approche n’a rien d’anecdotique. Elle agit presque comme un révélateur. Elle permet de relire autrement ce qui, dans sa musique, relevait déjà d’une forme de retenue.

Quand la retenue se met sous pression

Cette tension entre intériorité et projection, Gaho la formule lui-même lorsqu’il revient à la naissance de Kave. Chez lui, rien ne semble s’être joué en un instant ; il décrit plutôt quelque chose qui s’est imposé progressivement.

« Ce n’est pas qu’il y ait eu un moment précis mais plutôt une soif grandissante de libérer pleinement, sur scène, une énergie tournée vers l’extérieur, au-delà de mes émotions intérieures. »

L’émotion passe désormais par la scène, par le groupe, par une énergie plus frontale. Et cette ouverture s’ancre aussi dans quelque chose de plus rude : la pression, la ville, la nécessité de tenir ensemble.

« Je voulais prouver, à travers la musique, ce que signifie survivre et tenir dans la ville. Et pour cela, j’avais besoin de la force de percée d’une équipe comme Kave. Plutôt que de porter cette pression seul, il me semblait plus juste de l’affronter ensemble et de la traverser en groupe. »

Pour autant, Gaho ne présente pas Kave comme le prolongement naturel de son projet solo, ni comme un simple changement esthétique. Il parle du besoin plus concret, presque physique de ne plus porter seul la charge, de ne plus contenir entièrement ce qui, jusque-là, relevait de sa seule voix.

« En solo, j’avais un fort perfectionnisme, comme si je devais remplir chaque espace, du début à la fin, uniquement avec ma voix et ma ligne émotionnelle. Mais dans Kave, ce poids est physiquement partagé entre les membres et cela crée au contraire une synergie plus explosive. Dans le processus de création, au lieu de tout contrôler, je réagis davantage aux riffs bruts et aux rythmes que les membres apportent et je fais entrer ma voix en collision avec eux. Sur scène, la tension que je portais seul s’est transformée en une libération partagée. »

Une énergie qui se construit à plusieurs

Ce partage du poids transforme profondément la manière dont Gaho envisage la création. Là où le solo impliquait une forme de maîtrise continue, le groupe introduit une dynamique plus ouverte, plus incertaine mais aussi plus vivante.

« Je dirais que je réagis bien plus que je ne contrôle. Les performances live comportent toujours des variables : l’espace, l’énergie du public, l’état des membres. Il y a toujours un certain risque. Mais j’aime justement cette pression. Quand je réagis instantanément à l’énergie produite par les membres, c’est là que quelque chose de vraiment vivant apparaît sur scène. »

La scène cesse d’être un espace entièrement contrôlé. Elle devient un lieu de réaction, d’écoute, de circulation entre les membres. Une matière en train de se faire.

Le corps, désormais au centre

Cette transformation se lit encore plus nettement dans sa manière de parler du live. Là où le solo s’inscrivait dans une relation intime avec le public, Kave introduit une dimension plus frontale, presque physique.

« Si la scène solo est un lieu où je partage intimement la température émotionnelle avec le public, la scène de Kave est plus proche d’un endroit où l’on casse la scène ensemble et où l’on entre en collision physique avec le public. L’atmosphère est complètement différente. Il y a des moments, notamment quand Hyun pousse la scène avec un jeu de clavier très intense, où l’énergie du groupe monte d’un coup, et je me mets à bouger de manière totalement instinctive, en dehors de toute structure prédéfinie. »

Le geste change, le rapport au temps aussi. Il n’est plus question de dérouler une ligne mais de répondre à une impulsion. Le corps prend le relais là où la voix, seule, ne suffisait plus.

Cette dimension instinctive n’efface pas l’exigence qui caractérisait Gaho. Elle la déplace vers un autre terrain où la justesse ne se mesure plus uniquement à la finesse d’interprétation mais à la capacité à rester présent dans l’intensité.

Le chanteur Gaho. © PLAN-G Entertainment

Le chanteur Gaho. © PLAN-G Entertainment


Le musée comme révélateur

C’est au Musée Guimet que cette réflexion a pris une dimension plus concrète. Le jour de la visite, Gaho n’était pas seul, l’ensemble des membres de Kave parcourait l’exposition, découvrant ensemble les objets et les formes héritées de l’histoire de la beauté coréenne.

Très vite, ce sont les détails qui retiennent son attention. En observant les cosmétiques anciens, il dit avoir été frappé par le soin apporté aux emballages, par la précision de leur dessin et par l’importance accordée au design bien avant notre époque. Loin d’y voir un simple raffinement du passé, il y lit au contraire une continuité avec le présent, au point d’y voir l’une des racines possibles du succès contemporain de la K-beauty.

« J’ai pu voir les cosmétiques à travers l’histoire. J’ai été très surpris par le design, très méticuleux et détaillé, des emballages, même il y a longtemps. Je ne savais pas que c’était un critère aussi important à l’époque. Je ressens même moins l’écart entre aujourd’hui et avant, surtout sur cet aspect. Je pense que cela a contribué à la popularité actuelle de la K-beauty. Je me suis dit que, à ce point, c’était presque un héritage, le fait d’être attentif à ces détails. »

Un objet en particulier a retenu son regard : un rouge à lèvres doré dont il a admiré le dessin au point de dire qu’il aurait aimé le posséder. Mais la visite ne nourrit pas seulement une fascination pour les objets. Elle ouvre aussi, très concrètement, une réflexion sur la scène, le stylisme et les prolongements possibles de cette esthétique dans l’univers de Kave.

« J’ai vu dans l’exposition que certains artistes fusionnent des vêtements modernes avec le hanbok. Je me suis dit que ce serait une bonne idée d’habiller Kave dans un style fusionné, de travailler la scénographie dans ce sens, peut-être même en utilisant des instruments traditionnels pour créer de nouveaux morceaux. J’ai vraiment beaucoup apprécié. »

Une force qui doit atteindre

C’est précisément cette question de transmission qui réapparaît lorsqu’il évoque ce que Kave lui permet aujourd’hui.

« Il s’agit de l’impact physique, de l’ampleur de la force qui peut atteindre le public. Dans des morceaux comme To Mars ou d’autres titres de Kave, la combinaison de la distorsion des guitares et de la batterie réelle crée une texture que ma seule voix ne pourrait jamais produire. Ce que j’espère, c’est que les gens repartent de nos performances en ayant retrouvé la force de bouger. Ce type d’énergie n’est possible qu’en équipe. »

Le mot est important. Atteindre.

La musique ne se contente plus de traduire une émotion. Elle produit un effet, à laisser une trace. Elle rend quelque chose au public. Une impulsion, une capacité à repartir.

Dans ce contexte, même les accidents deviennent des ressources.

« Pendant notre tournée européenne, il y a eu des problèmes inattendus avec le système de monitoring ou les instruments. Mais au lieu de paniquer, nous avons transformé ces moments en opportunités. En les reliant à des improvisations, nous avons même réussi à faire monter encore davantage l’énergie du concert. Le public européen, en particulier, réagit de manière très directe et rapide et ce retour immédiat rend l’énergie encore plus intense que dans une performance parfaitement contrôlée. »

Ce qui échappe ne fragilise pas la performance. Il la nourrit.

Une autre manière de tenir

C’est finalement dans l’image qu’il choisit pour décrire son parcours que tout se rassemble.

« Je décrirais cela comme "un muscle qui tient". Avant, je me concentrais sur le fait d’interpréter et de raconter ma propre histoire. Aujourd’hui, je considère la musique comme un métier, quelque chose dont je dois assumer la responsabilité jusqu’au bout. Je ne veux pas être un artiste qui se contente d’offrir des mots réconfortants mais quelqu’un qui affronte la réalité, qui y survit, et qui, au final, donne aux gens la force de bouger. C’est dans cette direction que je veux continuer. »

Ce « muscle qui tient » ne renvoie pas seulement à l’endurance. C’est aussi garder une ligne, même sous pression, sans se disperser.

C’est peut-être là que se rejoignent, sans jamais se contredire, les deux dimensions de son travail. D’un côté, une attention à la justesse, à la retenue, à la précision. De l’autre, une énergie capable de se projeter, de se confronter, de produire un impact.

Entre les deux, il n’y a pas rupture.

Seulement une autre manière de tenir.

Le chanteur Gaho. © PLAN-G Entertainment

Le chanteur Gaho. © PLAN-G Entertainment



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