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29.04.2026

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Ingrid Marie et Min Joonhong. © Ingrid Marie et Min Joonhong

Ingrid Marie et Min Joonhong. © Ingrid Marie et Min Joonhong



Par Nathalie Fisz

Une autrice française et un artiste coréen. Deux pays, deux parcours de vie, et deux chemins. L’autrice française voue une admiration au dramaturge, poète et romancier Victor Hugo, qui a inspiré son écriture, tandis que l’artiste coréen explore les facettes des paysages urbains et ne cesse de les redéfinir.

Entre Ingrid Marie et Min Joonhong, il peut sembler difficile de trouver un lien. Pourtant, la magie et le mystère des rencontres et des relations humaines ont opéré un jour de 2023, à Paris. Ces deux chemins réunis ont ouvert la voie à des créations et des réflexions communes empreintes de références artistiques et culturelles, chargées en émotions.

Ce cheminement les amène aujourd’hui à présenter une exposition commune intitulée « Allégorie de l’émoi, l’écho de nos sentiments ». Ils ont choisi la galerie parisienne Hohang Beli, à Paris, pour présenter leurs créations jusqu’au 9 mai prochain. Malgré un emploi du temps très chargé et la préparation de leur vernissage auquel je suis conviée, ils ont pris le temps de répondre à mes questions.

Ingrid Marie

Originaire de Versailles, Ingrid se passionne très tôt pour la littérature et les voyages. Elle est captivée, dès son plus jeune âge, par Les misérables de Victor Hugo, qui éveille en elle le désir d’écrire et de raconter ses propres histoires. Après l’obtention d’un diplôme en lettres et langues, suivie d’études de presse et de communication à Paris, elle commence sa carrière professionnelle dans une grande entreprise française. Son cœur se tourne vers la narration. À présent, elle embrasse un nouveau chemin, se dédiant entièrement à l’art de l’écriture. Elle affûte un style sensible et suggestif attentif aux nuances des émotions humaines et à la délicatesse des liens familiaux et amicaux. Elle a écrit Tout peut changer aujourd’hui en 2022 et Quels mots me dirais-tu ? en 2024. Les couvertures de ces deux ouvrages sont signées Min Joonhong.

Min Joonhong pose à côté de l'une de ses œuvres, « Ephemeral Tableaux ». © Min Joonhong

Min Joonhong pose à côté de l'une de ses œuvres, « Ephemeral Tableaux ». © Min Joonhong


Min Joonhong

Né à Séoul en 1984 et basé à Londres, Min Joonhong a participé à de nombreuses expositions solos ou des expositions collectives en Allemagne, en Corée, aux États-Unis, en France ou en Italie. Il était en 2022 au Focus Art Fair, organisé au Carrousel du Louvre, à Paris.

Il explore l’impact profond de la vie urbaine et de l’anxiété chronique qu’elle génère. Son travail répond à un bouleversement social, notamment la migration vers les espaces virtuels lors de la pandémie de Covid-19, et critique le défilement constant d’images dénuées de sens sur les réseaux sociaux et dans la publicité. L’artiste défend l’idée que ce contenu fournit un échappatoire vide et addictif qui obstrue l’esprit critique et nous rend aveugles face à des réalités difficiles. Min Joonhong incorpore des figures, des produits commerciaux et des paysages virtuels. Son travail multimédia présente des juxtapositions discordantes de corps fragmentés, de corps anonymes et d’objets dans des espaces ambigus pouvant être interprétés à la fois comme réels et virtuels.

J’ai retrouvé dans son art beaucoup de références à la culture coréenne telles que le dancheong, les nœuds coréens norigae et dans de somptueuses couleurs.

Affiche de l'exposition « Allégorie de l'émoi, l’écho de nos sentiments ». © Ingrid Marie et Min Joonhong

Affiche de l'exposition « Allégorie de l'émoi, l’écho de nos sentiments ». © Ingrid Marie et Min Joonhong


Co-curatée par Hong Lee, l’exposition commune d'Ingrid Marie et de Min Joonhong aura un retentissement particulier à l’occasion du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France. C’est une exploration collective qui présente la manière dont le langage et l’image façonnent, traduisent et parfois échouent à contenir le sentiment. Travaillant à travers la peinture, le dessin, le collage et de courts fragments écrits, Ingrid Marie et Min Joonhong créent des allégories stratifiées où micro-récits verbaux et motifs visuels se répondent, se contredisent et se renforcent mutuellement.

Les peintures « Allegory of Emotion : Fear », adorée par Ingrid, et « Allegory of Emotion : Contemplation », préférée de Joonhong. © Min Joonhong

Les peintures « Allegory of Emotion : Fear », adorée par Ingrid, et « Allegory of Emotion : Contemplation », préférée de Joonhong. © Min Joonhong


Nathalie Fisz : Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?

Ingrid Marie : En juillet 2023, j’ai assisté à une exposition au Centre culturel coréen à Paris, où plusieurs artistes coréens présentaient leurs projets à travers le vidéo-mapping. L’une de ces œuvres, intitulée In the Heart of the Wave, m’a laissé une profonde impression. J’ai été captivée, presque hypnotisée, par ces figures sans visage issues de l’œuvre de Joonhong, Realtime Purgatory, qui, par la seule puissance de leurs corps et de leurs mouvements, transmettaient des émotions d’une intensité remarquable. Ce moment a été une véritable révélation. Jusqu’alors, j’étais plutôt attirée par l’impressionnisme, mais je découvrais ici un univers totalement nouveau : celui de l’art contemporain et urbain. C’est à travers cette expérience que j’ai rencontré l’œuvre de Joonhong. Profondément émue, j’ai ressenti le besoin de le contacter pour lui exprimer ma gratitude et le féliciter pour une création aussi extraordinaire. Puis, assez naturellement, une idée m’est venue : lui demander de concevoir la couverture de Quels mots me dirais-tu ? que j’étais en train d’écrire.

Ingrid, quelles sont vos impressions de votre séjour en Corée ?

En 2023, je suis effectivement partie en Corée. J’ai été immédiatement séduite et fascinée par le pays du Matin clair. Dès que j’ai posé le pied sur le tarmac, je me suis sentie apaisée et en sécurité. J’avais choisi de découvrir Séoul et Busan, mêlant ainsi le plaisir d’explorer une capitale vibrante à celui d’une ville ouverte sur la mer. À Séoul, je me laisse porter entre culture et plaisirs simples : visiter le Musée national de Corée, me recueillir au Mémorial de la guerre, flâner dans le village de Bukchon Hanok, m’asseoir au bord du fleuve Han ou encore faire du vélo le long de ses rives, sans oublier les incontournables séances de shopping à Myeongdong. À Busan, je me laisse guider par les précieux conseils de Joonhong qui, bien qu’il ne puisse m’accompagner en raison de nos emplois du temps, m’oriente avec attention dans mes découvertes. J’y découvre des lieux magnifiques comme le temple de Yonggungsa, où je savoure des tteokbokki, je prends le temps de lire sur la plage de Haeundae, bercée par le bruit des vagues, ou encore je vais faire un clin d’œil à mon ami, le Petit Prince, au village culturel de Gamcheon. Je me sens épanouie dans ce pays où la tradition et la modernité coexistent harmonieusement. Originaire de Versailles, vous comprendrez que l’alliance entre l’histoire, les traditions et la modernité revêt pour moi une importance particulière.

Joonhong, vous réjouissez-vous d’exposer à Paris ?

Je n’ai pas encore eu l’occasion de recevoir une formation artistique formelle à Paris. J’ai obtenu mon BFA et mon MFA au département de peinture occidentale de la Seoul National University en Corée, puis j’ai poursuivi mes études à la Slade School of Fine Art de University College London. Je travaille actuellement comme artiste basée à Londres et à Séoul ; comme Paris n’est qu’à deux heures de Londres, je m’y rends chaque fois qu’il y a des expositions ou des événements remarquables. Pour moi, Paris, tout comme Londres, est une ville où le riche patrimoine culturel et l’inspiration artistique sont toujours vibrants et bien vivants. À travers la prochaine exposition « Allegory of Emotions » à la Galerie Hoang Beli avec Ingrid, j’ai hâte d’échanger avec le public parisien et de découvrir de près la scène artistique contemporaine de la ville.

Ingrid, comment Joonhong a-t-il révélé sa part coréenne ?

Joonhong est un homme qui, à travers sa culture et son éducation, a su allier harmonieusement tradition et modernité. Il est d’ailleurs bien plus à l’aise que moi avec les nouvelles technologies. Son approche artistique reflète profondément son attachement à son pays : à travers les symboles, les références et les couleurs propres à la Corée, il exprime avec sensibilité son identité et son amour pour sa culture. Quant à sa personnalité, il se distingue par un sens du respect particulièrement développé, empreint de délicatesse et d’attention envers les autres.

Joonhong, en quoi Ingrid incarne-t-elle spécifiquement la France ?

Lorsque nous parlons en tant qu’amis et collègues, elle plaisante souvent : « Je suis Française, la révolution est dans notre ADN. » Pourtant, en tant qu’observateur extérieur, je trouve une vérité profonde cachée dans son humour. Bien qu’elle soit une femme toujours gracieuse, humble et méticuleuse, elle possède une curiosité insatiable et une volonté inflexible de remettre en question le statu quo. Pour moi, ses « révolutions » englobent tout ce que nous devons chérir et protéger en tant qu’êtres humains : la vie, l’art, la culture, une profonde préoccupation pour le monde, les liens humains et l’amour. À travers elle, je redécouvre l’essence de l’intellect français, qui a façonné de manière si fondamentale les sciences humaines modernes, l’art et la philosophie. Grâce à Ingrid, cette âme typiquement française, j’apprends le devoir de l’artiste de maintenir un esprit de défi envers son travail tout en restant radicalement ouvert à différentes perspectives.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à vos parcours respectifs ?

Ingrid : Dès que nous nous sommes rencontrés à la Galerie Saatchi à Londres où j’avais été invité par Joonhong nous sommes intéressés à nos parcours respectifs. Nous échangeons beaucoup sur la musique et nous faisons découvrir à l’autre des morceaux qui nous plaisent ; pour ma part Joonhong m’a fait découvrir le Clazziquai avec la chanson She Is. Nous aimons tous les deux la chanson de G-Dragon avec Rosé, Without you.

Joonhong : Comme Ingrid le dit, nous avons partagé d’innombrables artistes et continuerons à le faire, au point qu’il est impossible de tous les citer ici. De plus, chaque fois que nous nous retrouvons, nous visitons des lieux comme la Tate Modern et la White Cube à Londres, ou encore la galerie Perrotin et la Marian Goodman Gallery à Paris, en échangeant constamment nos idées et nos points de vue sur l’art et le monde. Ce parcours est toujours un véritable plaisir.

Ingrid, qu'avez-vous fait découvrir à Joonhong de typiquement français ?

C’est une excellente question. Je pense qu’il serait le plus à même de vous apporter une réponse à ce sujet. Lorsque nous nous voyons, nous aimons partager différents plats français, car vous savez bien qu’en France nous avons la richesse de proposer une multitude de plats très variés, qui perdurent dans le temps. Nous aimons également échanger sur l’Histoire de la France, sur la French Touch, qui est un concept très vaste, ainsi que sur l’attachement profond et durable des Français à profiter de la vie.

Joonhong, que voulez-vous faire découvrir de la culture coréenne à Ingrid ?

Je crois personnellement que lorsqu’une personne découvre un monde différent du sien, elle a souvent tendance, parfois sans s’en rendre compte, à « l’altériser» et à le romantiser. En tant que Coréen vivant à Londres et essayant d’y construire ma vie, je reste très attentif à ce type de “romantisation” un peu aveugle. J’essaie donc d’aborder et de comprendre les cultures étrangères à partir d’une perspective plus ancrée dans le réel. J’admire profondément Ingrid, car elle semble déjà consciente de cette approche et la partage. Si l’occasion se présente, j’aimerais lui faire découvrir bien plus que les lieux touristiques ou l’écosystème culturel de la Corée. J’aimerais l’inviter dans les espaces de vie concrets, là où les Coréens vivent leur quotidien, avec leurs préoccupations et leurs efforts. Son écriture, qui décrit avec une grande finesse les émotions humaines et les relations entre les personnes, me fait penser que le fait de découvrir ces aspects authentiques de la vie coréenne pourrait constituer une source d’inspiration précieuse pour son travail de romancière.

Le message de l’exposition semble dépasser largement le cadre des deux pays.

Tout à fait. Une autrice française et un artiste coréen décident d’aborder l’un des sujets les plus délicats et universels : les émotions humaines. Elles concernent chacun d’entre nous sur Terre. Elles jouent un rôle unique et central, nous permettant de prendre des décisions et d’interagir avec les autres. Comment les gérer lorsqu’elles nous submergent et dépassent notre raison ? Nous naissons, vivons et mourons avec elles. Quelles sont-elles ? Combien sont-elles ? Comment les exprimer ? C’est ce que nous avons décidé d’explorer, en cherchant à traduire ce thème de manière visuelle à travers des tableaux (scènes de vie, gestuelles, couleurs…) et des textes, afin d’exprimer ce que nous ressentons, et parfois même ce que nous peinons à dire. Nous avons clairement défini nos domaines respectifs et les avons catégorisés avec soin, en reconnaissant où nous divergeons et où nous nous rencontrons. Ce faisant, nous en sommes venus à respecter ces différences et ces similitudes, en apprenant les uns des autres en tant qu’alliés artistiques. N’est-ce pas là, après tout, ce que signifie être humain ?

Quelques mots encore

« L'art, c'est le reflet que renvoie l'âme humaine éblouie de la splendeur du beau. Il y a la nature qui est la chose que Dieu fait immédiatement et il y a l'art qui est la chose que Dieu fait à travers le cerveau de l'homme. » Est-ce Victor Hugo qui a mis Joonhong sur le chemin d’Ingrid, ou est-ce la révélation de l’art urbain qui a mis Ingrid sur le chemin de Joonhong ?

Au-delà de la France et de la Corée, Ingrid et Joonhong estiment tous les deux qu'une question éternelle demeure en suspens et peut nourrir le débat pendant des siècles : d’où viennent les émotions et comment les exprimer ?

Poussez vite la porte de la galerie Hohang Beli pour aller les rencontrer !

Suivez les actualités d’Ingrid Marie et Min Joonhong sur leurs comptes Instagram.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr