Journalistes honoraires

06.05.2026

Voir cet article dans une autre langue
  • 한국어
  • English
  • 日本語
  • 中文
  • العربية
  • Español
  • Français
  • Deutsch
  • Pусский
  • Tiếng Việt
  • Indonesian
Par Justine Houllé

Peinture en direct, musique et danse : au centre culturel coréen, la performance de Ju Seok dépasse la simple présentation de son recueil Vous êtes le centre de ce jour. À travers un dispositif immersif, la poétesse et religieuse bouddhiste fait de la création un prolongement direct de la méditation et des émotions. Décryptage d’une rencontre-performance où les mots ne sont plus au centre... mais deviennent un point de départ vers autre chose.

26 mars 2026, au centre culturel coréen, lors de la rencontre-performance avec la poétesse et religieuse bouddhiste Ju Seok. © Justine Houllé

26 mars 2026, au centre culturel coréen, lors de la rencontre-performance avec la poétesse et religieuse bouddhiste Ju Seok. © Justine Houllé


Une toile qui respire au rythme du son

Dès les premières minutes, la performance proposée par la poétesse Ju Seok impose un autre rapport au temps. Une ligne apparaît sur la toile, puis une autre, suivie d’une succession de gestes plus affirmés. Les couleurs s’ajoutent, comme déposées selon une logique invisible mais précise. En arrière-plan sur la scène, un violoncelle et une sorte de grand xylophone installent une atmosphère musicale presque cinématographique. Et peu à peu, tout se met à circuler : la musique, les gestes et la peinture.

Le plus frappant, c’est la manière dont les émotions traversent à tour de rôle la scène. Un sentiment de pesanteur, puis de légèreté. De la nostalgie, puis des éclats plus lumineux. Par instants, une forme d’euphorie surgit lorsque des couleurs vives viennent rompre la continuité de la toile. Ju Seok, de son côté, reste totalement concentrée, presque coupée du monde extérieur. « Si je veux exprimer la colère, j’essaie de la faire remonter pour qu’elle s’imprègne dans le geste », explique-t-elle en marge de l’événement. Ainsi, le geste ne décrit pas : il laisse passer.

« Tout commence, tout provient du cœur et tout disparaît par le cœur »

Derrière la performance de la poétesse, une idée revient sans cesse : celle de ne pas expliquer, mais de faire ressentir. Et en effet, pour Ju Seok, la création est directement liée à une circulation intérieure des émotions, qu’elle résume ainsi. « Tout commence, tout provient du cœur et tout disparaît par le cœur ». Une formule qui traverse autant sa poésie que sa peinture.

Parce que dans son travail, la religieuse bouddhiste cherche avant tout à explorer les « sept sentiments humains » : colère, débordement de joie, tristesse, paix, vide, plénitude, amour, chacun associé à une couleur et à une dynamique propre. « Les sentiments sont comme un courant d’eau, avec des hauts et des bas », ajoute-t-elle. Dans sa manière de travailler, rien n’est figé : Ju Seok « médite (quand elle peut). Pour écrire, la poétesse attend simplement de ressentir le moment où les émotions se condensent ».

26 mars 2026, au centre culturel coréen, interview en tête-à-tête avec la poétesse et religieuse bouddhiste Ju Seok. © Justine Houllé

26 mars 2026, au centre culturel coréen, interview en tête-à-tête avec la poétesse et religieuse bouddhiste Ju Seok. © Justine Houllé


Entre méditation et création, une même pratique

Reconnue pour son engagement au sein de la fondation culturelle de Myeongkyeong et d’un centre de méditation à Busan, Ju Seok défend une approche où l’art devient le prolongement direct de la méditation. « La peinture permet de transmettre les sentiments plus facilement, notamment grâce à la vue, au toucher, parfois même à l’odorat », livre-t-elle en marge de sa performance. Pour elle, l’enjeu n’est pas d’expliquer, mais de faire ressentir autrement.

Et sur scène, cette logique devient visible immédiatement : les gestes suivent la musique, les traits s’accélèrent, ralentissent, se superposent. Chaque mouvement semble répondre à une intensité intérieure. Ainsi, Ju Seok associe ses émotions à des couleurs précises, comme l’amour, qu’elle lie aux « couleurs de l’arc-en-ciel ».

Une performance sans point fixe

Peu à peu, la performance artistique de Ju Seok semble échapper à toute tentative de stabilisation. Rien ne s’arrête vraiment, ni les formes, ni les émotions, ni même le regard que les spectateurs portent dessus. Tout circule, se transforme, disparaît... puis revient autrement. C’est peut-être là que se joue l’essentiel : dans cette impossibilité de fixer une lecture unique.

26 mars 2026, au centre culturel coréen, lors de la rencontre-performance avec la poétesse et religieuse bouddhiste Ju Seok. © Justine Houllé

26 mars 2026, au centre culturel coréen, lors de la rencontre-performance avec la poétesse et religieuse bouddhiste Ju Seok. © Justine Houllé


Après le mouvement

En sortant de l’événement organisé dans le cadre du Printemps des Poètes, il reste une impression difficile à résumer clairement : pour moi, il s’agit à la fois de quelque chose de très construit dans sa logique, tout en étant totalement libre dans sa réception. À ce titre, la performance artistique de Ju Seok ne cherche pas à transmettre un message frontal. Au contraire : elle ouvre plutôt un espace, un endroit où l’on ne comprend pas forcément plus, mais où l’on ressent autrement. Peut-être est-ce là, le point d’équilibre de l’enseignement de la poétesse et religieuse bouddhiste : ne pas expliquer le monde, mais laisser chacun l’éprouver, le ressentir et l’interpréter à sa manière.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr