Ces dernières années, une nouvelle génération de chefs d’orchestre contribue à redéfinir la scène classique internationale, en apportant une approche plus collaborative et ouverte sur le monde. Parmi eux, le chef d’orchestre coréen Samuel Lee (Lee Seungwon) s’impose progressivement, porté par une carrière en pleine expansion depuis sa victoire au Malko Competition for Young Conductors 2024 et des apparitions de plus en plus fréquentes avec de grands orchestres en Europe, aux États-Unis et en Asie.
Ces dernières saisons, son parcours s’est considérablement développé, notamment à travers son poste de chef assistant à l'orchestre symphonique de Cincinnati, ainsi que des collaborations avec des ensembles tels que le Konzerthausorchester Berlin, le Bamberger Symphoniker ou encore le Philharmonique de Tokyo. Sa saison 2025/2026 s’inscrit dans cette dynamique, avec une série de débuts en Europe et ailleurs, confirmant sa place sur la scène internationale.
Issu du monde de l’alto et de la musique de chambre, Samuel Lee suit un parcours artistique à la fois riche et cohérent, qui l’a mené naturellement du jeu en ensemble à la direction d’orchestre. Dans cet entretien par e-mail, il revient sur son parcours, sa vision de la direction et les valeurs qui guident son travail aujourd’hui, dévoilant une approche fondée sur la communication, la confiance et une véritable vision partagée de la musique.
Une transition naturelle de la musique de chambre à la direction
Avant de devenir chef d’orchestre, Samuel Lee a consacré plus de dix ans à la musique de chambre, une expérience qui continue de nourrir profondément son identité artistique. En tant qu’altiste, notamment au sein du Novus String Quartet, établi en 2007 au sein de la Korean National University of Arts, il a développé une compréhension instinctive du dialogue musical, de l’équilibre sonore et de l’interprétation collective.
Cette expérience lui permet aujourd’hui d’aborder l’orchestre comme un organisme vivant, fondé sur l’interaction entre les musiciens. Il décrit souvent l’orchestre comme un « grand ensemble de musique de chambre », où la communication entre les pupitres joue un rôle central. Ayant lui-même évolué au cœur de l’ensemble, il reste particulièrement attentif aux défis techniques et expressifs auxquels sont confrontés les musiciens.
Sa manière de travailler en répétition s’en ressent directement : au-delà du résultat final, il s’intéresse au processus qui y mène. Par ailleurs, son passage à la direction ne résulte pas d’un changement soudain, mais d’une évolution naturelle. Formé dès son plus jeune âge à la composition, à l’harmonie et à la théorie musicale, il a progressivement élargi sa vision de la musique, au-delà d’un seul instrument.
Le chef d’orchestre, entre communication et transmission
Pour Samuel Lee, le rôle du chef d’orchestre dépasse largement la simple précision technique ou l’autorité interprétative. Unique musicien sur scène à ne produire aucun son, il doit pourtant guider l’ensemble de la matière sonore, en reliant les voix individuelles pour construire un discours musical cohérent.
Il conçoit ce rôle à la fois comme artistique et communicatif. D’un côté, le chef inspire l’orchestre, façonne les phrasés, les dynamiques et la direction musicale. De l’autre, il agit comme un « messager », chargé de transmettre la musique au public avec clarté et profondeur émotionnelle.
Sa vision du leadership s’inscrit également dans une évolution des pratiques. Loin des modèles autoritaires du passé, il privilégie une approche fondée sur la confiance et l’échange. Selon lui, une véritable compréhension musicale ne peut émerger que dans un environnement où la communication circule librement et où les musiciens sont pleinement impliqués dans le processus interprétatif.
L’un des aspects les plus marquants de la direction de Samuel Lee réside dans sa sensibilité au son et à l’espace. Il souligne l’importance de l’acoustique, rappelant qu’un même orchestre, interprétant une même œuvre, peut produire des résultats très différents selon la salle de concert.
Cette conscience influence directement son langage corporel. Le geste, la respiration et l’énergie deviennent des outils souples, qui s’adaptent en permanence à l’environnement. Son approche repose ainsi sur un dialogue constant entre la partition et le son réel.
Cette attention au détail sonore lui a déjà valu la reconnaissance de chefs confirmés. Lors du Malko Competition for Young Conductors 2024, Fabio Luisi a notamment salué sa « manière singulière de façonner le son », soulignant une compréhension fine de l’architecture musicale.
Le concours Malko : un moment charnière
La victoire à la Malko Competition for Young Conductors 2024 a marqué un tournant majeur dans la carrière de Samuel Lee, ouvrant la voie à de nouvelles collaborations internationales. Pourtant, il en parle avec recul, mettant davantage l’accent sur le développement personnel que sur la reconnaissance.
La compétition, exigeante tant par son répertoire que par son rythme, lui a permis de renforcer sa discipline et sa concentration. Il y a compris l’importance de rester centré sur sa propre vision artistique, sans se laisser influencer par les comparaisons extérieures.
À l’issue de cette expérience, il évoque une nouvelle phase de sa vie professionnelle, caractérisée par une plus grande responsabilité artistique et une immersion totale dans son métier de chef d’orchestre.
La carrière de Samuel Lee s’inscrit dans une véritable dynamique internationale, nourrie par des expériences en Europe, aux États-Unis et en Asie. Plutôt que de s’inscrire dans une seule tradition, il intègre ces influences dans une approche flexible et multidimensionnelle.
Il distingue notamment l’attachement à la tradition en Europe, l’ouverture et l’expérimentation aux États-Unis, ainsi que l’énergie collective et la concentration en Asie. Ces éléments coexistent dans sa pratique, lui permettant de s’adapter à des contextes très variés.
Lorsqu’il rencontre un nouvel orchestre, il accorde une attention particulière à sa culture et à son fonctionnement. Dès les premières répétitions, il observe les réactions des musiciens afin d’ajuster son mode de communication et sa manière de travailler.
Parmi les villes qui ont marqué son parcours, Bucarest occupe une place particulière. C’est là qu’il a remporté son premier concours international de direction, le BMI International Conducting Competition, une étape déterminante dans sa carrière.
Son retour dans la capitale roumaine, cette fois à la tête de l’Orchestre national de la radio roumaine, revêt une dimension personnelle forte. Le programme, réunissant le Triple Concerto de Beethoven et la Symphonie n°8 de Dvořák, mettait en valeur le dialogue et les contrastes expressifs.
La collaboration avec les solistes roumains Cadmiel Boțac, Maria Mărică et Cornelius Zirbo a également contribué à faire de ce concert une expérience particulièrement marquante.
Le mois d’avril 2026 a marqué une étape importante dans l’expansion de la présence européenne de Samuel Lee, avec une série de débuts aux côtés de grands orchestres. Ses apparitions avec le Norvégien Arctic Philharmonic Orchestra, l'Italien Teatro Carlo Felice, ainsi qu’avec le Suédois Malmö Symphony Orchestra, ont témoigné à la fois de sa polyvalence artistique et d’une reconnaissance croissante.
Les programmes présentés durant cette période ont réuni un large éventail de compositeurs, de Mendelssohn et Prokofiev à Rachmaninov et Chostakovitch, aux côtés d’œuvres contemporaines. Au cœur de plusieurs concerts figurait la Symphonie n° 9 « Du Nouveau Monde » de Dvořák, une œuvre qui fait écho aux thèmes de l’exploration et de la rencontre entre les cultures.
Ces concerts ont non seulement marqué des débuts importants, mais ont également renforcé l’intérêt de Lee pour la création de liens avec différentes traditions orchestrales. Dans les mois à venir, son agenda continue de refléter cet équilibre entre engagements internationaux et collaborations en Corée, notamment avec un retour prévu auprès du Korean National Symphony Orchestra.
Pour Samuel Lee, la musique est progressivement devenue quelque chose qui ne nécessite plus de définition. Plutôt que de l’associer à un concept unique, tel que la discipline ou la liberté, il la décrit comme une présence naturelle et constante, comparable à la respiration.
Cette vision est étroitement liée à son mode de vie de musicien itinérant. Le fait de se déplacer entre différents pays, de découvrir de nouveaux environnements et d’entrer en contact avec des cultures variées nourrit en permanence son processus créatif. L’inspiration, explique-t-il, naît souvent de ces expériences, influençant ses idées musicales de manière subtile.
En dehors de la salle de concert, il puise également un renouveau créatif dans la lecture et le cinéma, mais aussi dans le voyage lui-même. Ces moments de recul lui permettent de revenir à la musique avec une clarté et une ouverture renouvelées.
Lorsqu’il réfléchit à l’impact de ses concerts, Samuel Lee exprime une intention claire et empreinte de modestie. Plutôt que de rechercher une reconnaissance personnelle, il espère que le public quitte la salle avec une impression durable de la musique elle-même.
Il souligne la nature unique de la performance en direct, où le son n’existe que dans l’instant et ne peut être pleinement conservé. Si les enregistrements permettent d’en saisir certains aspects, ils ne peuvent reproduire l’atmosphère, la spontanéité et l’immédiateté d’un concert. C’est précisément cette dimension éphémère qui confère à la musique sa puissance émotionnelle.
Alors que sa carrière continue de se développer, Samuel Lee reste guidé par cette conviction, en cherchant à créer des expériences musicales qui résonnent bien au-delà du moment de la performance. À travers cette démarche, il s’affirme non seulement comme chef d’orchestre, mais aussi comme un artiste attentif à façonner des instants capables de perdurer dans la mémoire longtemps après la dernière note.
Cet article a été traduit depuis l’anglais avec l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, puis relu par la rédaction de Korea.net.
Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.