Par Angèle Behlouli
Chez Tomo Opéra, l’exposition personnelle de Kim Gijoo présentée par Magna Gallery Paris propose une rencontre discrète entre art contemporain, gastronomie et quotidien. Installées dans l’espace du salon de thé franco-japonais, les œuvres de l’artiste coréen invitent à une expérience contemplative, entre abstraction, texture et silence.
Un instant suspendu au cœur du quotidien
Présentée jusqu'au 9 septembre 2026, l’exposition personnelle de Kim Gijoo prend place dans l’espace de Tomo Opéra, salon de thé situé rue Chabanais à Paris. Plus qu’un simple accrochage, le projet repose sur une véritable cohabitation entre les œuvres et le lieu de vie.
Référence parisienne de la pâtisserie franco-japonaise, Tomo cultive depuis ses débuts un art de vivre fondé sur le raffinement et la sobriété. Dès l’entrée, avant le passage du noren, une première création accueille les visiteurs dans l’univers de l’artiste.
« Assortiment 2335 » (2026) - Kim Gijoo, Tomo x Magna, Paris, 2026. © Angèle Behlouli
Les tableaux apparaissent ensuite progressivement autour des assises et dans les différents espaces du salon. L’exposition ne propose pas de parcours figé. Elle permet aux visiteurs de découvrir l’univers poétique et méditatif de Kim Gijoo dans une atmosphère intimiste. Les tableaux se découvrent au rythme du lieu et des moments passés sur place. Certains accompagnent un instant de pause, une discussion ou simplement le temps d’un thé.
L’idée n’est donc pas de présenter un art spectaculaire, mais un art qui accompagne la vie quotidienne, ralentit le regard et rend le monde plus sensible. Le regard se construit progressivement, dans une forme de familiarité plutôt que dans une logique de contemplation immédiate.
Kim Gijoo et la matière du temps
L’art contemporain coréen entretient un rapport très particulier à la matière, au temps et au vivant, pensé non pas à l’échelle humaine mais comme un continuum plus vaste. L’œuvre est envisagée comme un processus plutôt qu’un objet : la matière y conserve la trace du geste, de la durée, de l’usure et de la transformation.
Cette approche s’enracine dans un héritage culturel où le vide, la répétition et le silence occupent une place importante. L’humain n’y apparaît pas séparé du monde naturel, mais inscrit dans un équilibre en mouvement constant.
Diplômé de l’université Paris VIII en art contemporain et nouveaux médias, Kim Gijoo développe depuis plusieurs années une œuvre abstraite autour du bois calciné, nourrie par l’artisanat, le geste et une attention constante portée au vivant.
Son travail rappelle naturellement celui de Lee Bae, dont il fut l’élève. Comme son mentor, il explore les relations entre l’homme et la nature à travers des compositions construites à partir de matériaux organiques brûlés. Mais chez Kim Gijoo, la matière conserve quelque chose de plus instable. Les fragments de bois sont coupés, brûlés puis recomposés avec une grande minutie, sans jamais perdre totalement leur irrégularité propre.
De gauche à droite : « Assortiment 2611 » (2026), « Reveal 2603 » (2026), « Assortiment 2610 » (2026) - Kim Gijoo, Tomo x Magna, Paris, 2026. © Magna Gallery Paris
À travers ces structures proches de constructions architecturales, l’artiste interroge les notions de transformation, de reconstruction et d’intervention humaine sur le vivant. Chaque assemblage produit un résultat différent, laissant une place importante à l’aléatoire naturel.
La dizaine d’œuvres présentées chez Tomo Opéra explore principalement des nuances de noir, de gris et de blanc, révélant toute la texture du bois brûlé. D’autres compositions de l’artiste introduisent également des touches de rose, de rouge, de bleu ou de jaune, donnant à chaque fragment une présence presque autonome. Avec la distance, certaines œuvres évoquent des images fragmentées dans lesquelles chacun peut projeter ses propres interprétations.
Magna Gallery Paris, un dialogue entre les scènes artistiques
Fondée en 2024 par Rodrigue Naucelles, Emmanuel de Boisset et Arnaud Pagnier, Magna Gallery Paris développe une programmation centrée sur le dialogue entre scènes artistiques orientales et occidentales.
Avec le soutien de la curatrice Mignon Yu, la galerie accorde une place importante à la création contemporaine asiatique, notamment coréenne, qu’elle met en perspective avec des artistes occidentaux influencés par les arts orientaux.
Installée rue de Beaune, au cœur du Carré Rive Gauche à Paris, la galerie présente huit expositions annuelles d’art moderne et contemporain. Sa programmation s’enrichit également d’œuvres du XXe siècle, de céramiques et de sculptures, dans une volonté de favoriser des échanges artistiques durables entre Orient et Occident.
L’artiste Kim Gijoo y avait déjà été présenté en 2024 à l’occasion de l’exposition Dark Matter. Cette collaboration se poursuivra avec une nouvelle exposition personnelle prévue à la fin de l’année 2026 au sein de la galerie parisienne.
Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.
caudouin@korea.kr