Journalistes honoraires

21.05.2026

Voir cet article dans une autre langue
  • 한국어
  • English
  • 日本語
  • 中文
  • العربية
  • Español
  • Français
  • Deutsch
  • Pусский
  • Tiếng Việt
  • Indonesian
Par Justine Orcel

Il y a des spectacles que l’on regarde, et d’autres que l’on ressent profondément. Le 30 mai, l’Opéra Orchestre National Montpellier accueillera pour la première fois dans un opéra national français un art coréen ancestral encore méconnu du grand public : le pansori.

Avec Le Feu et les larmes, le chanteur et pianiste coréen Ko Yeong-yeol invite le public à découvrir une forme d’opéra traditionnelle profondément humaine, portée par une seule voix, un tambour et une intensité émotionnelle rare.

Présenté dans le cadre des célébrations des 140 ans des relations diplomatiques entre la France et la Corée, ce concert marque une rencontre symbolique entre deux cultures, mais surtout entre deux sensibilités.

Le pansori, un art qui raconte l’âme humaine

Né au XVIIe siècle en Corée, le pansori est souvent décrit comme un opéra narratif traditionnel. Pourtant, lorsqu’on le découvre, on comprend rapidement qu’il s’agit de quelque chose de beaucoup plus intime.

Sur scène, il n’y a qu’un chanteur accompagné d'un tambour : le soribuk. Dès lors né la symbiose et le jeu théâtral entre le chanteur (sorikkun) et son percussionniste (gosu). Pas de grands décors ni d’orchestre monumental. Toute la force du spectacle repose sur la voix, le souffle, le regard, les silences et l’émotion.

Le chanteur incarne à lui seul tous les personnages, passant du récit au chant puis au jeu théâtral avec une liberté d’expression fascinante. Chaque geste semble chargé de sens, chaque variation de voix transporte le public dans une émotion différente.

Inscrit depuis 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, le pansori continue aujourd’hui de traverser les générations tout en se réinventant.

Le pianiste Ko Yeong-yeol. © Opéra Orchestre National de Montpellier

Le pianiste Ko Yeong-yeol. © Opéra Orchestre National de Montpellier


Ko Yeong-yeol, un artiste entre héritage et modernité

Figure singulière de la scène coréenne contemporaine, Ko Yeong-yeol fait partie de ces artistes qui réussissent à préserver l’essence d’une tradition tout en lui offrant un nouveau souffle.

Connu pour sa pratique du « piano byeongchang », il chante le pansori tout en jouant simultanément du piano, créant un dialogue étonnant entre les sonorités traditionnelles coréennes et les harmonies occidentales. Chez lui, cette modernité ne semble jamais artificielle. Elle accompagne naturellement le récit et rend le pansori accessible même à ceux qui le découvrent pour la première fois.

« Je ne considère pas le piano byeongchang comme une simple fusion entre tradition et modernité, mais comme une manière de permettre à la tradition de respirer dans la sensibilité d’aujourd’hui », explique l’artiste.

Et lorsqu’il parle du pansori, ce sont surtout les émotions humaines qu’il évoque : le han, cette tristesse profonde propre à la culture coréenne, mais aussi l’amour, le heung (joie), la nostalgie ou encore la perte.

« Je crois que le pansori touche quelque chose de profondément universel. Même sans comprendre la langue, on ressent les émotions », confie-t-il.

À Montpellier, il sera accompagné du flûtiste Lee Gyu-jae au daegeum (une flûte traditionnelle en bambou), premier musicien spécialisé en flûte jazz au Seoul Institute of the Arts, et du percussionniste Kim Jae-ha au soribuk, percussionniste coréen formé dès l’enfance au pungmulnori (spectacle folklorique coréen traditionnel), développant un langage musical personnel entre musique traditionnelle coréenne et modernité.

Chunhyangga, l’histoire d’un amour fidèle

Au cœur du programme se trouve Chunhyangga, l’une des cinq grandes œuvres du répertoire traditionnel du pansori encore transmises aujourd’hui.

Cette histoire d’amour emblématique raconte la relation entre Chunhyang, fille d’une courtisane, et Lee Mongryong, jeune noble dont elle tombe amoureuse. Mais lorsque celui-ci quitte la ville, un magistrat corrompu tente de séduire Chunhyang. Face à son refus, elle est emprisonnée et menacée, restant pourtant fidèle à son amour jusqu’au bout.

À travers ce récit, le pansori parle de loyauté, de dignité et de compassion humaine au-delà des différences sociales. Traditionnellement, Chunhyangga peut durer plusieurs heures, parfois jusqu’à huit. À Montpellier, l’œuvre sera présentée dans une version condensée centrée sur ses scènes les plus intenses.

Ko Yeong-yeol y interprétera seul tous les personnages, donnant vie à chacun d’eux avec une expressivité impressionnante.

Photographie d'une partie de Janggi dans les rues de Séoul. © Pape San

Photographie d'une partie de Janggi dans les rues de Séoul. © Pape San


Une immersion entre musique et images

Le spectacle sera également accompagné de projections de minhwa, les peintures populaires coréennes traditionnelles, ainsi que des photographies de Pape San (@papesan.shots), photographe franco-sénégalais installé en Corée.

À travers ses photographies, Pape San montre une Corée sensible, vivante et profondément humaine. Ses images capturent des instants simples du quotidien, des lumières, des regards, des rues parfois calmes, parfois animées, avec une douceur presque nostalgique. Il y a quelque chose de très sincère dans sa manière de photographier, comme s’il racontait des émotions plus que des images. Son univers visuel accompagne naturellement celui du pansori, entre mémoire, émotions et moments suspendus. À la fois sensibles et poétiques, explorant les liens entre mémoire, quotidien et modernité. Sa vision prolonge naturellement l’univers émotionnel du pansori et renforcent cette sensation de voyage entre la France et la Corée.

Une rencontre culturelle forte

Au-delà de la performance musicale, Le Feu et les larmes promet ainsi une véritable expérience sensorielle. Présenté avec le soutien du centre culturel coréen, du ministère coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme ainsi que de la KOFICE, cet événement témoigne de l’importance grandissante des échanges culturels entre la France et la Corée. Mais surtout, il rappelle que certaines émotions dépassent les langues et les frontières.

« J’espère que cette rencontre permettra de partager des moments de joie, de tension et de tristesse avec le public français », explique Ko Yeong-yeol. « Même si nos cultures sont différentes, l’émotion reste universelle. »

Le 30 mai à Montpellier, le pansori ne viendra pas seulement raconter une histoire coréenne. Il viendra parler d’émotions que chacun peut reconnaître en soi.


Le Feu et les larmes, samedi 30 mai à 19h à l'Opéra Comédie de Montpellier.
Environ 1h20 sans entracte. Chanté en coréen, surtitré en français. De 8 € à 23,50 €.



Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr