Par Andra-Michaela Pena
Depuis près de vingt ans, les lecteurs roumains intéressés par la littérature coréenne croisent régulièrement le nom de Diana Yüksel sur les couvertures de certaines des œuvres coréennes les plus marquantes publiées en traduction. Cette année, son engagement à rapprocher les voix littéraires coréennes du public roumain a été récompensé par l’une des plus prestigieuses distinctions littéraires nationales : le Prix de traduction de l’Union des écrivains de Roumanie 2025, décerné pour sa traduction roumaine de
Impossibles adieux (Nu ne despărțim) de Han Kang, lauréate du prix Nobel de littérature.
Le prix a été remis dans le cadre d’un projet culturel financé par le ministère roumain de la Culture, organisé par l’Union des écrivains de Roumanie et coproduit par la Télévision roumaine (TVR). La cérémonie, qui s’est tenue le 1er juin 2026 dans la salle Media du Théâtre national de Bucarest, a célébré l’excellence en traduction littéraire et rappelé le rôle essentiel des traducteurs dans la circulation des œuvres au-delà des frontières linguistiques et culturelles.
Cette reconnaissance intervient à un moment particulièrement significatif pour la littérature coréenne en Roumanie. Depuis l’attribution historique du prix Nobel de littérature à Han Kang en 2024, l’intérêt des lecteurs roumains pour la fiction coréenne n’a cessé de croître. Maisons d’édition, événements littéraires et salons du livre accordent désormais une visibilité accrue aux auteurs coréens et à leurs œuvres traduites. Parmi les personnes ayant le plus contribué à cet engouement figure Diana Yüksel, dont le travail a profondément influencé la manière dont le public roumain découvre et comprend la littérature coréenne contemporaine.
Diana Yüksel reçoit le Prix de traduction de l’Union des écrivains de Roumanie pour sa traduction en roumain de « Impossibles adieux » de Han Kang au Théâtre national de Bucarest, le 1er juin 2026. © Evelyne Croitoru
À l’annonce de cette distinction, Diana Yüksel a exprimé sa gratitude envers l'Institut coréen de traduction littéraire (LTI Korea), qui soutient depuis de nombreuses années la diffusion internationale de la littérature coréenne. « Je tiens à exprimer ma sincère gratitude au Literature Translation Institute of Korea, et j’espère qu'il poursuivra ses efforts pour faire connaître la littérature coréenne dans le monde entier. Je continuerai moi aussi à me consacrer à la traduction des œuvres des auteurs coréens. »
Ces mots reflètent l’engagement qui caractérise depuis longtemps son parcours académique et professionnel.
Maîtresse de conférences au sein du master d’Études est-asiatiques et coordinatrice de la section de langue et littérature coréennes à la Faculté de langues et littératures étrangères de l’université de Bucarest, Diana Yüksel enseigne la langue, la littérature et l’histoire coréennes depuis 2005. Au-delà de son activité universitaire, elle a joué un rôle essentiel dans la découverte de la littérature coréenne par plusieurs générations de lecteurs roumains.
Diplômée de la Faculté de langues et littératures étrangères de Bucarest, elle a ensuite obtenu un master en philosophie est-asiatique à l’université Yonsei, à Séoul, avant de soutenir un doctorat en études littéraires et culturelles à l’université de Bucarest. Son expertise académique, associée à une connaissance approfondie de la langue et de la culture coréennes, a fait d’elle l’une des principales spécialistes roumaines des études coréennes.
Diana Yüksel dédicace des exemplaires de la version roumaine de « Impossibles adieux » de Han Kang lors du lancement de l’édition roumaine à la librairie Humanitas Cișmigiu de Bucarest, le 29 octobre 2025. © Andra Michaela Pena
Au fil de sa carrière, Diana Yüksel a permis aux lecteurs roumains de découvrir les œuvres de plusieurs auteurs majeurs de la littérature coréenne contemporaine, parmi lesquels Shin Kyung-sook, Cho Nam-joo, Ji-min Lee ou encore Yoon Yi-hyung. Ses traductions comprennent notamment
Prends soin de maman,
For Comaneci,
Kim Jiyoung, née en 1982,
Marilyn and Me,
L'Éternel empire et
Li Chin, parmi bien d’autres. Grâce à ces traductions, les lecteurs roumains ont pu accéder à une grande diversité de voix, de thèmes et de perspectives issus de la littérature coréenne contemporaine.
Parmi ces ouvrages,
Impossibles adieux occupe une place particulière. Publié en Corée en 2021, le roman explore la mémoire, le deuil et les traumatismes historiques à travers la prose poétique si caractéristique de Han Kang. L’édition roumaine, publiée par Humanitas Fiction dans la prestigieuse collection Raftul Denisei, a permis au public roumain de découvrir l’une des œuvres les plus saluées de l’autrice ces dernières années.
Le succès du roman s’inscrit également dans un intérêt plus large pour l’œuvre de Han Kang en Roumanie. Le 21 avril dernier, de nombreux lecteurs se sont réunis à la librairie Humanitas Cișmigiu de Bucarest pour le lancement de
Leçons de grec, un autre roman de Han Kang traduit par Diana Yüksel. L’événement a attiré un large public et témoigné de la popularité croissante de la littérature coréenne auprès des lecteurs roumains.
Diana Yüksel prend la parole lors du lancement de l’édition roumaine de « Leçons de grec » de Han Kang à la librairie Humanitas Cișmigiu de Bucarest, le 21 avril 2026. © Dana Pîrvan
Plus récemment,
Leçons de grec s’est hissé parmi les trois meilleures ventes du Salon international du livre Bookfest 2026 à Bucarest, confirmant la visibilité grandissante des auteurs coréens sur la scène littéraire roumaine.
Cependant, l’apport de Diana Yüksel dépasse largement le cadre des lancements de livres ou des listes de best-sellers. Par ses traductions, son activité universitaire et son engagement culturel, elle est devenue un véritable pont entre la Roumanie et la Corée. Son travail a contribué à créer un espace où les récits coréens peuvent trouver un écho auprès des lecteurs roumains tout en conservant les nuances culturelles qui font leur singularité.
Pour de nombreux lecteurs, les traducteurs demeurent des figures discrètes, presque invisibles derrière les pages qu’ils apprécient. Ce prix rappelle que les échanges littéraires reposent non seulement sur le talent des auteurs, mais aussi sur le travail de traducteurs passionnés, capables de faire voyager les œuvres d’une langue à l’autre sans en perdre la profondeur émotionnelle ni l’identité culturelle.
Plus qu’une récompense pour une traduction particulière, le Prix de traduction de l’Union des écrivains de Roumanie vient saluer des années de dévouement à la compréhension mutuelle par la littérature et à la création d’un véritable foyer roumain pour les voix de la littérature coréenne.
Cet article a été traduit depuis l’anglais avec l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, puis relu par la rédaction de Korea.net.
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