Cette année, le centre culturel coréen à Paris propose une exposition qui attire immédiatement l’œil : « Couleurs de Corée ». Le titre paraît simple, presque évident, mais derrière lui se cache un projet bien plus ambitieux. À l’occasion des 140 ans de relations diplomatiques entre la Corée et la France, le Centre a réuni 34 artistes coréens pour revisiter les Obangsaek, ces cinq couleurs traditionnelles qui traversent l’histoire et l’esthétique coréennes.
En tant que journaliste honoraire, je me suis rendu à l’exposition pour la découvrir directement. Sur place, on passe d’une œuvre à l’autre comme si on changeait de respiration : une peinture éclatante, une installation numérique, une sculpture silencieuse… Chaque artiste semble avoir trouvé sa propre manière de faire parler ces couleurs.
Pour mieux comprendre la vision derrière cette exposition, j’ai contacté Haeyoung-Yoomine Kim, commissaire des expositions du centre culturel coréen. L’interview a été réalisée par échange d’emails, le 25 juin 2026, entre Luxembourg et Paris.
Haeyoung-Yoomine Kim rappelle que le centre culturel coréen n’est pas seulement un lieu d’exposition. Depuis l’ouverture du Paris Korea Center en 2019, il est devenu un véritable carrefour culturel. On y trouve le centre culturel, l’Office du tourisme coréen, la KOCCA, l’Institut Roi Sejong… Autrement dit, un endroit où la culture coréenne se vit sous toutes ses formes. Chaque année, près de 180 programmes y sont organisés, allant des arts visuels à la gastronomie, en passant par le cinéma, la littérature ou les nouvelles technologies.
Dans ce contexte, « Couleurs de Corée » occupe une place particulière. L’exposition s’appuie sur les Obangsaek, mais sans les figer dans une lecture traditionnelle. Les artistes les réinterprètent, les détournent, les questionnent. Les couleurs deviennent des symboles, des émotions, des repères. Elles racontent la nature, le temps, l’espace, mais aussi l’être humain. Et c’est cette liberté d’interprétation qui donne à l’exposition son énergie.
La sélection des artistes a été pensée pour montrer la diversité de la scène coréenne. La commissaire explique avoir voulu réunir plusieurs générations : des pionniers de l'art contemporain coréen, des artistes reconnus, mais aussi des créateurs plus jeunes. Ce mélange crée un dialogue naturel. On voit comment l’art coréen évolue, comment il se renouvelle, comment il reste fidèle à une sensibilité commune tout en s’ouvrant à des questions universelles.
L’exposition est aussi le résultat d’une collaboration entre plusieurs institutions coréennes et françaises, dont le Musée national d’art moderne et contemporain de Corée (MMCA) et la Biennale Némo. Cette dimension collaborative reflète l’esprit du 140e anniversaire : encourager les échanges artistiques, créer des ponts, faire circuler les idées autant que les œuvres.
Lors de ma visite, ce qui m’a marqué, c’est la manière dont les œuvres parlent à un public très large. Même si certaines pièces s’inscrivent dans un contexte coréen, elles abordent des thèmes qui nous concernent tous : l’identité, la mémoire, la nature, la technologie, les transformations sociales. Les artistes proposent des approches très différentes, mais toutes semblent animées par une même volonté : montrer une Corée en mouvement.
Selon Haeyoung-Yoomine Kim, l’art contemporain joue aujourd’hui un rôle essentiel dans la promotion de la culture coréenne à l’étranger. Contrairement à la K-pop ou au cinéma, qui ont largement contribué à faire connaître la Corée, l’art contemporain offre une approche plus sensible. Il permet de créer un dialogue immédiat, sans barrière linguistique. Une œuvre peut toucher, questionner, surprendre, même sans explication.
« Couleurs de Corée » n’est donc pas seulement une exposition. C’est une rencontre. Entre traditions et modernité. Entre artistes et visiteurs. Entre la Corée et la France. En quittant le centre culturel, on retient l’idée d’une culture coréenne qui avance, qui se transforme, qui reste fidèle à ses racines tout en explorant de nouvelles voies.
Jason Edwards : Pouvez-vous présenter brièvement la mission du centre culturel coréen à Paris ?
Haeyoung-Yoomine Kim : Le centre culturel coréen à Paris a pour mission de promouvoir la culture coréenne en France et de renforcer les échanges culturels entre la Corée et la France. Créé en 1980, il a connu une étape majeure avec l’ouverture du nouveau Paris Korea Center en 2019.
Premier Korea Center en Europe, il constitue aujourd’hui un véritable hub culturel dédié aux industries culturelles telles que la Hallyu, le tourisme, les jeux vidéo ou les webtoons, ainsi que l’Institut Roi Sejong, chargé de l’enseignement de la langue coréenne. Installé dans un bâtiment de 3 678 m² répartis sur sept étages, le centre dispose notamment de salles d’exposition, d’un auditorium, d’espaces polyvalents et d’une cuisine pédagogique.
Chaque année, il organise près de 180 programmes culturels, couvrant des domaines aussi variés que les arts visuels, le spectacle vivant, le cinéma, la littérature, le patrimoine, la gastronomie ou encore les nouvelles technologies. Au-delà de la diffusion de la culture coréenne, notre ambition est de faire du centre un lieu de rencontre, de dialogue et de coopération entre les artistes, les institutions et les publics des deux pays, afin de favoriser une meilleure compréhension mutuelle à travers la culture.
Qu’est-ce qui rend l’exposition « Couleurs de Corée » unique ?
Cette exposition revêt un caractère tout particulier puisqu’elle s’inscrit dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France. À cette occasion, nous avons souhaité proposer non seulement une grande exposition d’art contemporain coréen, mais aussi un projet qui témoigne de la vitalité des échanges artistiques entre nos deux pays.
L’exposition prend pour fil conducteur l’Obangsaek, les cinq couleurs traditionnelles coréennes, qui constituent l’un des fondements de l’esthétique coréenne. Plus qu’un simple thème chromatique, elles renvoient à une vision du monde héritée de la philosophie orientale, où les couleurs traduisent les relations entre la nature, le temps, l’espace et l’être humain. À travers cette grille de lecture, l’exposition explore la manière dont les artistes contemporains réinterprètent aujourd’hui cette sensibilité et cette identité coréennes.
Réunissant 34 artistes majeurs, des années 1980 à aujourd’hui, elle propose un parcours où se croisent peinture, sculpture, photographie, installation et art numérique. Cette diversité de générations et de médiums permet de montrer que l’art coréen contemporain ne se définit pas par un style unique, mais par une pluralité d’expressions qui dialoguent à la fois avec leur héritage culturel et avec les enjeux universels de notre époque.
Enfin, cette exposition est aussi le fruit d’une collaboration étroite entre de nombreuses institutions coréennes et françaises. Elle a été réalisée avec le concours du Musée national d’art moderne et contemporain de Corée, de galeries coréennes et françaises, ainsi que de nombreux partenaires culturels. Elle s’inscrit également dans la programmation officielle de la Biennale Némo, principale biennale française consacrée aux arts numériques.
Au-delà de la présentation d’artistes majeurs de la scène coréenne, notre ambition est de faire de cette exposition un véritable espace de dialogue et de coopération, capable de renforcer durablement les liens entre les artistes, les galeries et les institutions culturelles de la Corée et de la France.
Comment avez-vous sélectionné les artistes ou les œuvres présentées ?
Nous avons souhaité réunir des artistes appartenant à plusieurs générations, depuis les pionniers de l’art contemporain coréen jusqu’aux artistes de la scène actuelle, afin d’offrir une vision à la fois historique et vivante de la création coréenne.
Le critère de sélection n’était pas seulement la notoriété des artistes. Nous avons avant tout choisi des œuvres capables de dialoguer avec le thème de l’exposition, l’Obangsaek, et de montrer comment une sensibilité profondément ancrée dans la culture coréenne peut aujourd’hui être réinterprétée à travers des langages artistiques très variés.
La sélection s’est construite en étroite collaboration avec différentes institutions artistiques, galeries et partenaires coréens et français. Cette démarche collaborative reflète pleinement l’esprit du 140ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France, qui vise à encourager les échanges artistiques et les coopérations culturelles entre les deux pays.
L’exposition met ainsi en regard plusieurs générations d’artistes afin de montrer que, malgré la diversité des pratiques, des médiums et des approches esthétiques, une même sensibilité traverse l’art contemporain coréen. Plus qu’une succession d’œuvres, elle propose un dialogue entre les générations, les techniques et les regards, révélant à la fois la continuité et le renouvellement de la création artistique coréenne.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux visiteurs ?
Le centre culturel coréen accueille chaque année un public très diversifié, composé de visiteurs de tous âges et de tous horizons. Beaucoup découvrent d’abord la Corée à travers la K-pop, les séries, le cinéma ou la gastronomie, qui jouent aujourd’hui un rôle majeur dans le rayonnement de la culture coréenne.
Avec cette exposition, nous avons souhaité proposer une autre porte d’entrée : celle de l’art contemporain. Notre ambition est d’élargir le regard porté sur la Corée et de montrer que la création artistique constitue elle aussi un élément essentiel de son identité culturelle.
Au-delà des œuvres elles-mêmes, nous souhaitons inviter les visiteurs à découvrir une Corée créative, ouverte et en constante évolution. Les artistes abordent des thèmes universels tels que l’identité, la mémoire, la nature, la technologie ou encore les transformations de la société contemporaine. Même lorsque leurs œuvres s’inscrivent dans un contexte coréen, elles font écho à des questionnements qui nous concernent tous.
J’aimerais que les visiteurs quittent cette exposition avec le sentiment d’avoir découvert une autre facette de la Corée : une culture qui sait préserver son héritage tout en se réinventant sans cesse, et dont l’art contemporain constitue aujourd’hui l’une des expressions les plus vivantes.
Selon vous, quel rôle joue l’art coréen contemporain dans la promotion de la culture coréenne à l’étranger ?
Je suis convaincue que l’art contemporain joue aujourd’hui un rôle essentiel dans le rayonnement international de la culture coréenne. Alors que la K-pop, le cinéma ou les séries ont permis à des millions de personnes de découvrir la Corée, l’art contemporain offre une approche différente, plus sensible et plus réflexive, qui permet d’approfondir cette découverte.
L’art possède une capacité unique : il dépasse immédiatement les barrières de la langue. Une œuvre peut susciter des émotions, ouvrir un dialogue et créer une compréhension mutuelle sans nécessiter de traduction. À travers leurs créations, les artistes coréens abordent des préoccupations universelles tout en exprimant une sensibilité nourrie par leur histoire, leur culture et leur expérience.
Mais son rôle ne se limite pas à faire connaître la Corée. Les expositions, les résidences d’artistes et les collaborations entre musées, centres d’art et galeries créent des relations durables entre les institutions et les professionnels des deux pays. Elles favorisent non seulement la circulation des œuvres, mais aussi celle des idées, des savoir-faire et des artistes.
À mes yeux, l’art contemporain est donc bien plus qu’un outil de diffusion culturelle : il constitue un véritable langage de dialogue, capable de rapprocher les sociétés, de nourrir la curiosité réciproque et de construire des coopérations culturelles sur le long terme.
L’exposition « Couleurs de Corée » est ouverte au public jusqu’au 29 août 2026 au centre culturel coréen de Paris.
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