Par Andra-Michela Pena
Pendant dix jours, Sibiu, ville historique située au cœur de la Roumanie, est devenue un lieu de rencontre pour les artistes, les publics et les cultures du monde entier. Située en Transylvanie, Sibiu est connue pour son centre médiéval, ses élégantes places, ses églises, ses musées et sa forte identité culturelle. La ville a également été Capitale européenne de la culture en 2007, un titre qui a contribué à renforcer sa réputation internationale comme l’une des destinations culturelles les plus importantes de Roumanie.
La 33e édition du Festival international de théâtre de Sibiu (FITS), l’un des plus grands et des plus importants festivals des arts de la scène en Europe, s’est tenue du 19 au 28 juin 2026 autour du thème « l’âme ». Cette année, le festival a réuni 848 événements et plus de 5 000 artistes venus de 83 pays. Les spectacles ont investi non seulement les théâtres, mais aussi les églises, les places publiques, les rues, les espaces culturels, les lieux non conventionnels et l’environnement en ligne. Avec une moyenne quotidienne de plus de 100 000 participants, Sibiu s’est transformée en une véritable scène vivante dédiée au théâtre, à la danse, à la musique, au cirque contemporain et au dialogue culturel.
Parmi les nombreuses présences internationales de FITS 2026, la Corée s’est distinguée à travers deux spectacles non verbaux présentés dans le cadre de la Saison coréenne : « The Spectrum » de l’Orchestra Sangsang et « Code: Body Vers » de l’unviersité Sahmyook. Différentes par leur forme et leur atmosphère, ces deux productions ont pourtant fait écho au thème du festival à travers le son, le mouvement et la présence humaine.
Vue aérienne de Sibiu, ville historique de Transylvanie, au cœur de la Roumanie, pendant le Festival international de théâtre de Sibiu (FITS) 2026. © Nicolae Gligor / FITS
Un rituel sonore coréen : « The Spectrum » de l’Orchestra Sangsang
Le premier spectacle coréen présenté à FITS 2026 a été « The Spectrum » de l’Orchestra Sangsang, une production non verbale de 50 minutes qui réinterprète la tradition coréenne à travers le son, l’espace et l’expérience collective. Le spectacle a été présenté le 25 juin à l’église des Ursulines, puis une seconde fois le 26 juin à l’église évangélique Saint-Jean. Il a également pu être suivi en ligne sur la plateforme numérique du festival.
Créé sous la direction artistique du chef d’orchestre et compositeur Yu Yongseong, « The Spectrum » a réuni l’Orchestra Sangsang, le directeur musical et artiste de live electronic music LK9, également connu sous le nom de Lee Kyung-gu, ainsi que Samulnori Cheongmyeong. Leur collaboration a mêlé musique traditionnelle coréenne, percussions et sonorités électroniques, donnant naissance à une performance à la fois profondément ancrée dans la tradition et résolument contemporaine.
Structuré en cinq étapes (résonance, texture, rythme, rituel et expansion) le spectacle s’est déployé comme une transformation progressive de l’énergie. Il a commencé par le souffle, de subtiles vibrations et des gestes sonores minimalistes, créant un espace méditatif qui invitait le public à une écoute profonde. Au fil de la représentation, les instruments traditionnels coréens et les textures électroniques ont composé un paysage sonore dense, en perpétuelle évolution.
La présence du samulnori a donné au spectacle une identité coréenne particulièrement forte. Portée par l’énergie des percussions traditionnelles, la performance ne présentait pas l’héritage coréen comme un élément figé ou lointain, mais comme une force vivante. Le rythme, le mouvement et le son ont progressivement transformé l’espace de l’église en un environnement cérémoniel partagé, dans lequel la frontière entre les artistes et le public semblait s’adoucir.
Pour le public roumain, « The Spectrum » portait également un sentiment de continuité. Certains artistes liés à cette performance, dont Yu Yongseong, LK9 et Cheongmyeong, avaient déjà été présents en Roumanie en 2025 lors des Korean Days à Therme Bucarest, un événement consacré à la culture, à la musique, à la gastronomie et au bien-être coréens. Leur retour en 2026, cette fois dans le cadre de l’un des festivals internationaux les plus prestigieux de Roumanie, a montré comment les arts traditionnels et contemporains coréens continuent de créer des passerelles avec le public local.
L’Orchestra Sangsang présente « The Spectrum » à l’église évangélique Saint-Jean de Sibiu, lors de sa deuxième représentation à FITS 2026, le 26 juin 2026. © FITS
Le corps comme code : « Code: Body Vers » de l'université Sahmyook
La deuxième production coréenne présentée à FITS 2026 a été « Code: Body Vers », un spectacle de danse contemporaine de 40 minutes, donné le 27 juin à la Faculté des Lettres et des Arts. La performance faisait partie du festival des universités, une section qui met en dialogue des productions académiques et étudiantes avec le programme international du festival.
Créé par Hong Sunmi, mis en scène et chorégraphié par Kim Namhoon, « Code: Body Vers » a réuni les interprètes Kim Namhoon, Song Seunggyu, Wang Xiang et Kim Chaehee. Le spectacle a été produit par Soomsori Art Company et coproduit par l’université Sahmyook, une institution basée à Séoul dont l’histoire remonte à 1906.
Si « The Spectrum » explorait le son comme rituel, « Code: Body Vers » abordait le corps comme un système vivant de signes. Dans un monde de plus en plus médiatisé par les écrans, les interfaces numériques et les signaux virtuels, le spectacle posait une question simple mais puissante : et si le corps lui-même était déjà un code ?
À travers des mouvements évoquant des signaux, des boucles, des interruptions et des répétitions, les danseurs ont créé un langage chorégraphique inspiré des algorithmes et des systèmes numériques. Chaque interprète semblait fonctionner comme un programme indépendant, générant des motifs qui entraient en interaction avec les autres de manière imprévisible. La scène devenait ainsi un environnement dynamique, où le mouvement était transmis, interrompu, décodé et transformé.
La performance ne réduisait pourtant jamais le corps à une machine. Le souffle, le poids, la tension et le silence restaient des éléments essentiels de la chorégraphie, révélant le contraste entre répétition mécanique et expression émotionnelle. Présenté tard dans la soirée, dans un espace intime, « Code: Body Vers » a créé une atmosphère hypnotique et a invité le public à repenser le corps non seulement comme une présence physique, mais aussi comme un système actif qui produit continuellement du sens.
Les interprètes de « Code: Body Vers », production de l’université Sahmyook, sur la scène de la Faculté des Lettres et des Arts à Sibiu, le 27 juin 2026. © FITS
Deux regards sur les arts de la scène contemporaine coréenne
Ensemble, les deux spectacles coréens ont proposé visions différentes des arts de la scène contemporaine coréenne. « The Spectrum » transformait la tradition en un rituel immersif de son et d’espace, tandis que « Code: Body Vers » interrogeait le rôle du corps humain à l’ère numérique.
L’un était enraciné dans la résonance, le rythme et l’énergie collective. L’autre se construisait autour du mouvement, des systèmes et d’une physicalité codée. Tous deux partageaient pourtant une qualité essentielle : ils communiquaient au-delà du langage.
Cette dimension non verbale a rendu la présence coréenne à FITS particulièrement forte. Dans un festival international où les publics viennent d’horizons culturels et linguistiques très différents, le son, le mouvement et la présence sont devenus des formes universelles de communication.
À travers ces deux productions, les publics roumain et international ont pu découvrir une Corée où la tradition n’est pas conservée comme un élément statique, mais sans cesse réinventée à travers de nouvelles formes artistiques. Si la Corée est aujourd’hui largement appréciée à l’étranger pour la K-pop, le cinéma, les dramas et son art de vivre contemporain, sa scène performative se révèle tout aussi riche, complexe et innovante.
À FITS 2026, la présence coréenne a pris des formes très différentes. Avec « The Spectrum », l’Orchestra Sangsang a mêlé percussions, musique, mouvement, jeux scéniques, calligraphie coréenne et un moment symbolique autour du drapeau. « Code: Body Vers », a proposé une approche plus sombre et minimaliste, centrée sur le corps, la danse contemporaine et le langage du mouvement. © FITS
Une réflexion personnelle
Pour moi, la présence coréenne à FITS 2026 a été particulièrement significative, car elle a révélé une facette de la Corée qui mérite d’être davantage mise en lumière. Ces spectacles ne reposaient pas sur des images familières ou des références culturelles faciles. Ils invitaient plutôt le public à entrer dans deux univers artistiques façonnés par la discipline, la sensibilité et l’imagination.
J’ai également trouvé très beau que les deux productions entrent si naturellement en résonance avec le thème de cette édition du festival : « l’âme ». Dans « The Spectrum », l’âme se manifestait à travers la vibration, le rythme et l’énergie collective créée entre les artistes et le public. Dans « Code: Body Vers », elle apparaissait dans l’intensité fragile du corps humain, encore présent et expressif dans un monde de plus en plus marqué par la technologie.
À FITS 2026, la Corée est devenue partie intégrante du rythme vivant du festival, offrant au public des moments de silence, d’intensité, de rituel, de mouvement et de réflexion. À Sibiu, les artistes coréens nous ont rappelé que l’âme d’un spectacle peut s’entendre dans un battement de tambour, se voir dans un geste et se ressentir dans l’espace qui unit l’artiste au spectateur.
Un spectacle de drones illumine le ciel de Sibiu avec le message « Din suflet pentru suflete », qui signifie « De l’âme pour les âmes », en écho au thème de FITS 2026. © Nicolae Gligor / FITS
Cet article a été traduit depuis l’anglais avec l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, puis relu par la rédaction de Korea.net.
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