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22.07.2026

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Par Alexia Ponsonnet

Le coréen est la langue invitée de cette 80e édition du Festival d’Avignon. Dix spectacles divers sont ainsi proposés dans cette langue : théâtre, danse, pansori… Ils sont entourés par une programmation artistique complète avec des projections de films, des ateliers thématiques et des lectures de contes pour enfants.

Une journée ne suffit pas pour tout découvrir. Le 9 juillet, j’ai toutefois eu l’occasion d’assister à la pièce The History of Korean Western Theatre de Jaha Koo, de visiter la bibliothèque-exposition dédiée à la littérature coréenne ainsi que l'exposition temporaire intitulée Confluence, créée par trois artistes à l’occasion du 140e anniversaire des relations franco-coréennes.

Arrivée au festival d'Avignon, le 9 juillet 2026. © Alexia Ponsonnet

Arrivée au festival d'Avignon, le 9 juillet 2026. © Alexia Ponsonnet


The History of Korean Western Theatre

Dès que j’ai lu la présentation de cette pièce de Jaha Koo, j’ai su que c’était celle que je voulais voir. Son titre lui-même intrigue : The History of Korean Western Theatre, ou en français « L’Histoire du Théâtre Coréen Occidental ». L’ajout de l’adjectif « occidental » soulève immédiatement une question : qu’est-ce que le théâtre coréen occidental ? Et, plus largement, qu’est-ce que le théâtre coréen ?

Je me suis rendu compte que, malgré mon affection pour la culture coréenne et mon attrait pour le théâtre, j’étais incapable de citer un dramaturge coréen ni même le nom d’une pièce. J’ai alors posé la question à une partie de ma communauté Instagram, composée de personnes intéressées par la Corée. Mon ressenti s’est confirmé : sur 128 répondants, seuls quatre pensent pouvoir citer un dramaturge ou une pièce de théâtre coréenne.

Puis, je me suis souvenue de mon voyage en Corée en 2023. J’avais vu des affiches annonçant des pièces ou des comédies musicales, notamment Les misérables ou Roméo et Juliette… des œuvres que nous connaissons parfaitement en France.

Le site officiel du festival d’Avignon introduit The History of Korean Western Theatre par la question suivante : pourquoi les Coréens semblent-ils s’accommoder de l’influence de la culture occidentale sur leur identité culturelle et pourquoi Shakespeare occupe-t-il une telle place ?

Image d'illustration utilisée pour présenter la pièce « The History of Korean Western Theatre » de Jaha Koo. © Compte Instagram du festival d'Avignon

Image d'illustration utilisée pour présenter la pièce « The History of Korean Western Theatre » de Jaha Koo. © Compte Instagram du festival d'Avignon


Le matin du 9 juillet, malgré des températures caniculaires, le public est présent devant le gymnase du lycée Mistral, l’un des nombreux lieux transformés en théâtre à l’occasion du festival d’Avignon. La représentation commence à 11h00. Dès l’entrée des spectateurs, Jaha Koo est sur scène, vêtu d’un T-shirt et d’un pantalon noirs. Il plie un origami géant qui forme peu à peu un crapaud. Nous ne le savons pas encore, mais ce crapaud se mettra bientôt à bouger, à parler et même à chanter. Autour de lui, le décor est minimaliste. Un écran blanc recouvre à la fois le mur du fond et le sol, tandis qu’un cuiseur à riz et un vieux magnétophone trônent sur une petite estrade.

Quand les lumières s’éteignent, des images défilent en noir et blanc, puis en couleur. Des paysages, des archives de Corée, des représentations théâtrales et artistiques, des éléments culturels que je peine parfois à identifier… Puis une petite voix s’élève, celle du cuiseur à riz nommé Cuckoo. Il annonce que ce spectacle n’est pas un documentaire et que ceux qui cherchent d’un cours d’histoire n’ont qu’à lire un livre sur le sujet. Le ton est donné.

Dans une interview distribuée dans la file d’attente, Jaha Koo explique. « En tant qu’artiste, je crée des formes transdisciplinaires qui intègrent la vidéo, la musique et des robots. » Qualifié de compositeur, metteur en scène, vidéaste et comédien, il nous interpelle dès ses premiers mots, surtitrés en français et en anglais. Il nous raconte ses études de théâtre à la Korea National University of Arts et son incompréhension face aux enseignements reçus : Shakespeare, Molière, Sophocle… Le théâtre coréen a disparu.

L’impérialisme culturel arrivé du Japon dès 1905 a trié les pratiques théâtrales et déterminé que le « vrai » théâtre venait de l’Empire britannique et, par extension, de l’Occident. Une vaste réforme supprime le théâtre traditionnel coréen considéré inférieur, trop brut, trop peu raffiné. C’est ainsi qu’on fêtait les 100 ans du « théâtre coréen » en 2008, oubliant de mentionner ce qui existait avant.

Tout au long du spectacle, Jaha Koo porte un jugement sur le théâtre occidental qu’il connait aujourd’hui de l’intérieur puisqu’il vit en Belgique depuis plusieurs années. Ce théâtre classique n’est-il pas trop codifié ? Peut-il évoluer avec son temps et décider qu’un robot, comme Cuckoo, ou le crapaud dont les noms figurent sur le flyer de présentation au même titre que celui de Jaha Koo, soit considéré comme un véritable acteur ? Peut-il s’ouvrir à d’autres formes mélangeant les arts et les genres ? Et surtout, quelle place reste-t-il au théâtre coréen dans cette histoire ?

Pendant une heure, le spectacle oscille entre calme et chaos, entre chants, bandes magnétiques et images projetées. La frontière entre jeu et réalité se floute. Lorsque les lumières se rallument et que les applaudissements se tarissent, les interrogations persistent. C’est précisément l’objectif de Jaha Koo, comme il l’explique dans l’édition spéciale de La Provence. « [...] cette heure c’est le point de départ de quelque chose. Le spectateur, lorsqu’il rentre chez lui, part avec ses questions. Il peut ensuite s’approprier ce qu’il a vu. »

Jaha Koo sur la scène du gymnase du lycée Mistral à Avignon, le 9 juillet 2026. On apperçoit le cuiseur à riz derrière lui. © Alexia Ponsonnet

Jaha Koo sur la scène du gymnase du lycée Mistral à Avignon, le 9 juillet 2026. On apperçoit le cuiseur à riz derrière lui. © Alexia Ponsonnet


La littérature et l’art coréens mis à l’honneur

À la sortie du spectacle, la chaleur est telle qu’il est agréable de trouver un peu de fraîcheur dans le cloître Saint-Louis. Ce lieu de rencontre, siège du festival d’Avignon, propose une restauration rapide, avec quelques snacks coréens comme les célèbres corn dogs ou encore les kkwabaegi, de délicieux beignets torsadés. C’est également là que le centre culturel coréen a installé une bibliothèque-exposition consacrée à la littérature coréenne.

Quatre panneaux explicatifs retracent son histoire depuis 1945, année de la libération de la Corée après l’occupation japonaise. Cette littérature traverse les guerres et les régimes politiques pour devenir acte de résistance et de survie. Puis, dans les années 80, les récits évoluent pour être plus personnels, plus intimes, plus ancrés dans le quotidien. C’est véritablement à partir des années 2000 que la littérature coréenne se diversifie et connait un essor international, jusqu’en 2024 et l’attribution du prix Nobel à Han Kang.

Près de 250 ouvrages sont exposés. Les versions coréennes et françaises se côtoient, permettant de comparer les couvertures des différentes éditions, pensées pour différents publics. Les livres sont répartis en plusieurs catégories : romans, poésie, pansori, théâtre, récits de voyage ou encore documentaires français sur la Corée.

Certains titres me sont familiers et j’ai lu plusieurs des romans mis en valeur. En revanche, c’est la première fois que je feuillette des pièces de théâtre coréennes. Certaines présentent leurs personnages en hangeul, d’autres en hanja. C’est un plaisir de se laisser absorber par quelques extraits.

Une petite partie de la bibliothèque-exposition dans le cloître Saint-Louis. Les éditions coréennes sont à côté de leurs homologues en français. © Alexia Ponsonnet

Une petite partie de la bibliothèque-exposition dans le cloître Saint-Louis. Les éditions coréennes sont à côté de leurs homologues en français. © Alexia Ponsonnet


Après cette parenthèse au calme, direction le nord de la vieille ville. L’exposition « Confluence » célébrant le 140e anniversaire des relations franco-coréennes était installée au sein de l’atelier Galerie FCW du 4 au 18 juillet.

Habituellement consacré au travail de l’artiste britanno-coréenne Francesca Cho, l’espace accueille exceptionnellement deux autres peintres : Minhyuk Na, franco-coréen adopté en Corée, et Valentin Dupoyet, illustrateur français. Dans un communiqué de presse, Francesca Cho explique. « Présenter cette exposition en plein cœur du festival d’Avignon, un carrefour culturel mondial, est une opportunité idéale pour dévoiler simultanément la vitalité artistique de nos deux pays. »

La galerie est petite et intimiste. Sur un mur, les œuvres de Minhyuk Na attirent le regard. Elles explorent les racines de l’artiste avec simplicité et minimalisme, entre France et Corée. Sur l’un des tableaux intitulé Arbre des maux #3, un tronc se sépare en deux branches portant des inscriptions sublimées à la feuille d’or : « Corée du Sud » en français et « 프랑스 » (France) en hangeul. Le choix de désigner chaque pays dans la langue de l’autre résume à lui seul cette identité construite entre deux cultures.

Au centre de la galerie, deux œuvres de Francesca Cho prennent plus de place. Deux phrases en hangeul sont gravées sur du bois et peuvent se traduire par « L'arbre aux racines profondes ne ploie pas sous le vent. Le puits aux sources profondes ne tarit pas sous la sécheresse. » Il s’agit d’un extrait du Yongbieocheonga, le premier livre écrit avec le hangeul en 1447. À côté, l’artiste explore également les différents alphabets avec des caractères latins et coréens qui se mélangent, cachés derrière des portes asiatiques en papier de riz.

Quelques tableaux de Valentin Dupoyet complètent cette collection en mettant en valeur la région avignonnaise. Ils permettent de faire le lien avec le festival Off dans lequel s’inscrit l’exposition.

Aperçu de l'exposition « Confluence » à Avignon. A gauche : quelques œuvres de Minhyuk Na au mur. Au centre et à droite : deux œuvres de Francesca Cho. © Alexia Ponsonnet

Aperçu de l'exposition « Confluence » à Avignon. A gauche : quelques œuvres de Minhyuk Na au mur. Au centre et à droite : deux œuvres de Francesca Cho. © Alexia Ponsonnet


Le coréen, langue invitée

Dix spectacles coréens figurent cette année au programme du festival d’Avignon, dont plusieurs œuvres engagées. C’est le cas de 1 Degree Celsius de Sung Im Her qui utilise la danse pour interroger l’impact des activités humaines sur l’environnement.

Autour de ces grands rendez-vous, d’autres arts sont présentés, comme le cinéma, les contes traditionnels ou le pansori. Des étudiants de l’université Shinhan sont également présents sur place pour animer des ateliers allant de la cuisine coréenne au taekwondo, en passant par la K-pop et la K-beauty.

Il aura fallu attendre 28 ans pour revoir un spectacle coréen dans le Festival In depuis Les Coréennes, présenté par plus de 50 artistes en 1998 et qui mélangeait déjà cultures modernes et traditionnelles. En 2026, espérons que ce nouvel élan historique donne envie à d’autres théâtres d’accueillir des pièces coréennes.

Une édition du festival d'Avignon où les panneaux sont traduits en hangeul. Certains indiquent la distance qui sépare Avignon de Busan ou de l'île de Jeju. © Alexia Ponsonnet

Une édition du festival d'Avignon où les panneaux sont traduits en hangeul. Certains indiquent la distance qui sépare Avignon de Busan ou de l'île de Jeju. © Alexia Ponsonnet



Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

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