Journalistes honoraires

28.07.2026

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Par Lantou Onirina

Avant même de devenir le centre de la scène, le premier violon (concertmaster) occupe déjà une place particulière dans un orchestre. Il accorde les musiciens, guide les dynamiques et sert de relais entre le chef d’orchestre et l’ensemble. Une position de coordination plus que d’exposition.

De premier violon à la scène K-pop : ALL’N et l’art de diriger autrement

Chez ALL’N, jeune artiste ayant débuté début avril dans la K-pop avec le titre We Up, cette logique semble avoir survécu au changement de décor. Derrière les chorégraphies, les effets visuels et les performances d’émissions musicales, son rapport à la musique reste profondément marqué par la construction collective héritée du classique.

En répondant à mes questions, ALL’N revient longuement sur son parcours, sa formation classique et la manière dont celle-ci continue aujourd’hui de structurer sa vision de la K-pop. « Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression d’être à la fois le chef d’orchestre et le soliste », explique-t-il. Une phrase qui résume la singularité de son parcours. Avant de devenir artiste solo, ALL’N a grandi dans les orchestres, entouré de partitions, de répétitions et de longues heures de pratique. Bien loin d’être un simple élément esthétique intégré à son identité K-pop, le violon apparaît chez lui comme une véritable structure de pensée.

Le violon comme école de la répétition

Lorsqu’il évoque sa formation classique, ALL’N insiste avant tout sur la discipline, davantage que sur la virtuosité ou le prestige. Le violon lui aurait appris des principes qu’il applique aujourd’hui à tous les aspects de sa vie : répétition, régularité, endurance. « Practice makes perfect », résume-t-il simplement. « Le violon m’a appris les bases de tout ce qui fait de moi la personne que je suis aujourd’hui », explique-t-il. « J’ai ensuite appliqué cette même discipline à tout dans ma vie, que ce soit le chant, la danse, le sport ou même la création de mon entreprise. »

Cette vision se retrouve également dans la manière dont il décrit la K-pop. Pour beaucoup, celle-ci apparaît avant tout comme une industrie de la visibilité, centrée sur la performance individuelle et l’image. ALL’N y voit au contraire une mécanique collective. Derrière un artiste se cachent producteurs, chorégraphes, danseurs, équipes lumière, monteurs, responsables marketing ou directeurs artistiques. « La K-pop n’est clairement pas un travail qu’on fait seul », insiste-t-il. Cette lecture fait naturellement écho à son passé d’orchestre : « Même si j’étais concertmaster et soliste, rien ne pouvait fonctionner seul. Il fallait les premiers violons, les seconds violons, les altos, les violoncelles, les contrebasses, le chef d’orchestre… » Cette manière de concevoir la musique comme un ensemble de rôles complémentaires explique peut-être pourquoi son passage vers la K-pop apparaît davantage comme une continuité que comme une rupture.

Sortir du « violin guy »

Pourtant, le désir d’élargir son expression artistique apparaît assez tôt. ALL’N raconte souvent un souvenir précis datant du lycée. Alors qu’il joue encore principalement du violon, un camarade interprète I’m Yours de Jason Mraz à la guitare devant leur classe. Les élèves commencent spontanément à chanter avec lui. La scène le marque profondément.

« Je me suis dit : "Moi aussi, j’aimerais pouvoir créer ce genre de moment." »

À cette période, il réalise que le violon seul ne lui permet pas toujours de générer cette participation immédiate qu’il observe dans la pop. Il commence alors à apprendre la guitare, puis le chant, avant de s’intéresser progressivement à d’autres disciplines : breakdance, piano, batterie. Non pas pour abandonner le classique mais pour sortir de l’image du « violin guy », comme il le formule lui-même.

Cette ouverture musicale passe aussi par l’exploration de différents univers sonores. Ballades coréennes, hip-hop américain, EDM, pop-rock ou musique de festival nourrissent progressivement son approche. ALL’N cite aussi bien Chris Brown, Travis Scott ou Drake que le groupe coréen DAY6, dont le titre Welcome to the Show aurait particulièrement influencé l’atmosphère de son prochain projet.

Plus que des artistes précis, il dit surtout chercher des éléments capables de provoquer une réaction collective : un refrain mémorable, une énergie de foule, une émotion facilement partageable. Une réflexion qui explique également la simplicité volontaire du refrain de We Up. « Je voulais que tout le monde puisse le chanter et danser dessus ensemble », explique-t-il.


Entre précision classique et énergie scénique

Cette recherche d’équilibre devient particulièrement visible lorsqu’il évoque l’un des défis centraux de son projet : jouer du violon tout en dansant. Dans un cadre classique, explique-t-il, l’objectif principal reste la pureté du son. Le musicien reste relativement immobile afin de produire la meilleure qualité sonore possible. En K-pop, la logique est différente. La musique ne fonctionne plus seule : elle dialogue constamment avec l’image, le mouvement et les effets visuels.

« Quand on danse avec un violon, on doit forcément sacrifier un peu de qualité sonore. Mais en échange, on gagne en énergie et en excitation pour le public. »

Cette recherche d’équilibre entre technicité et impact immédiat traverse l’ensemble de son discours. ALL’N explique avoir progressivement compris que des morceaux très simples pouvaient parfois marquer davantage le public que des compositions extrêmement techniques. « Si une musique devient trop technique, les gens ont parfois plus de difficulté à se l’approprier », estime-t-il. Cette idée se retrouve directement dans sa manière de construire ses chansons.

Cette réflexion influence directement sa manière de construire ses chansons. Derrière le refrain très répétitif de We Up, pensé autour du « We up, we up all the way », ALL’N revendique une volonté simple : créer un moment partagé. « Je voulais que tout le monde puisse le chanter et danser dessus ensemble », explique-t-il. Une idée qui fait écho au souvenir fondateur qu’il évoque plus tôt dans l’entretien, lorsqu’il découvre adolescent une salle entière reprendre spontanément une chanson pop à la guitare.

Ce compromis résume assez bien la tension au cœur de son projet artistique. ALL’N ne cherche pas à reproduire le classique dans un environnement pop mais à faire dialoguer deux manières différentes d’aborder la performance. D’un côté, la précision technique et la rigueur héritées du conservatoire. De l’autre, l’impact immédiat, physique et collectif de la scène K-pop.

Son approche de la production musicale traduit également cette hybridation. Lorsqu’il compose, il pense d’abord à la structure globale du morceau (accords, batterie, montée émotionnelle) avant d’intégrer le violon à des endroits précis. Pour We Up, il imaginait dès le départ une introduction orchestrale grandiose menant progressivement vers un titre plus explosif et chorégraphié.

Mais il insiste également sur son refus d’enfermer son identité dans une seule formule. Certains futurs morceaux contiendront peu de violon ; d’autres pourraient être presque entièrement instrumentaux. « Je ne veux pas que les gens aient l’impression d’entendre toujours la même chose », explique-t-il.

Construire sa propre symphonie

Cette volonté de contrôle artistique explique également la création de son propre label, SKS Entertainment. ALL’N y voit avant tout une manière de préserver une certaine liberté créative et de garder le contrôle sur son univers artistique. Il souhaite pouvoir choisir ses concepts, ses prises de parole et la manière dont son parcours sera raconté.

« Je veux partager mon évolution de manière transparente, depuis le début jusqu’aux grandes scènes », affirme-t-il.

ALL’N insiste aussi sur l’importance de montrer les différentes étapes de cette progression. Il évoque régulièrement les risques pris pour construire son projet et son envie de documenter ce parcours au fur et à mesure. « J’espère que mon histoire pourra aussi encourager d’autres personnes à poursuivre leurs rêves », confie-t-il.

Là encore, le vocabulaire qu’il utilise reste étonnamment orchestral. Il ne parle pas simplement de carrière ou de branding, mais de « conduire toute cette symphonie appelée ALL’N ». Une formule révélatrice chez un artiste qui semble encore penser la musique comme un ensemble de mouvements à coordonner plutôt qu’une simple mise en avant individuelle.

Dans cette perspective, le violon conserve une place particulière. Non seulement parce qu’il représente son parcours mais aussi parce qu’il lui permet, selon lui, de dépasser les frontières linguistiques. « Le violon n’a pas besoin de langue », rappelle-t-il. « Peu importe d’où l’on vient, on peut le ressentir. »

À travers ALL’N, le classique et la K-pop ne s’opposent finalement jamais vraiment. Ils deviennent deux manières complémentaires de penser la scène, la précision et l’émotion collective. Derrière les performances de We Up se dessine ainsi une réflexion plus large sur la manière dont musique, spectacle et langage universel peuvent coexister sans renoncer ni à l’exigence technique, ni à l’énergie du partage.


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