Par Andra-Michela Pena
Du 23 au 26 juillet 2026, la ville roumaine de Constanta est devenue un lieu de rencontre entre l’Europe et la Corée à l’occasion de la deuxième édition de La Petite Corée de la Mer Noire. Accueilli par la faculté des arts de l’université Ovidius, le projet a réuni poésie, arts visuels, langue, gastronomie et éducation autour d’une même ambition : construire un dialogue durable entre la Roumanie, la France et la Corée.
Après le succès de la première édition, organisée en 2025 et ayant réuni plus de 100 participants venus de Roumanie, de France et de la Corée, le projet est revenu cette année avec un programme encore plus riche. Cette première rencontre avait déjà posé les bases d’une coopération culturelle et éducative appelée à se développer dans le temps.
L’affiche officielle de La Petite Corée de la Mer Noire 2026 est présentée aux côtés d’une création graphique inspirée de la culture coréenne, à l’université Ovidius de Constanta, pendant l’événement organisé du 23 au 26 juillet 2026. © Radio România Constanta
Un projet reliant Paris, Constanta et Busan
L’événement s’inscrit dans le développement de la plateforme internationale SIJOKoreAcademiArt Paris-Constanta-Busan, initiée par Tatiana Mironov, directrice du projet et coordinatrice artistique et pédagogique. Chanteuse lyrique et professeure de chant, elle a imaginé cette initiative portée par son profond attachement à la culture coréenne et par sa volonté de la faire découvrir au public roumain à travers la poésie, les arts et l’éducation.
Le projet poursuit une tradition locale de dialogue avec les cultures asiatiques commencée en 1992 par Ion Codrescu, artiste et professeur spécialiste de l’art japonais sumi-e, également fondateur de la société de haïku de Constanta. Après avoir longtemps favorisé la découverte de la culture japonaise, cette communauté artistique s’est naturellement ouverte à la poésie traditionnelle coréenne.
Selon Laura Vaceanu, écrivaine et présidente de la société de haïku de Constanta depuis 2003, la proximité entre le haïku et le sijo a facilité cette rencontre. Si ces formes possèdent chacune leur histoire et leurs règles, elles partagent le goût de la concision, de la méditation et d’une expression poétique capable de suggérer beaucoup en très peu de mots.
De gauche à droite, Laura Vaceanu, écrivaine et présidente de la société de haïku de Constanta, Tatiana Mironov, directrice du projet et coordinatrice artistique et pédagogique, et Cristina Gelan, maîtresse de conférences à la faculté des arts, participent à la deuxième édition de La Petite Corée de la Mer Noire 2026, organisée à Constanta du 23 au 26 juillet 2026. © Focus Press
Le sijo, trois lignes pour exprimer tout un monde
Les deux premières journées ont été consacrées au sijo et à l’expressionnisme archétypal. Forme poétique traditionnelle coréenne développée au fil des siècles, le sijo est généralement composé de trois longues lignes et d’environ 44 syllabes. La première pose une situation, la deuxième introduit une tension ou un changement, tandis que la dernière ouvre une nouvelle perspective, parfois sous la forme d’une réflexion ou d’une conclusion inattendue.
Pour Tatiana Mironov, le sijo possède une force particulière, car il permet d’exprimer des sentiments profonds en seulement trois lignes. Elle le rapproche notamment du han, cette émotion complexe souvent associée, dans la culture coréenne, à une douleur intérieure mêlant regret, endurance et espoir. Le sijo peut ainsi devenir un espace d’introspection : il donne une forme aux émotions, invite à chercher en soi et, parfois, contribue à un processus de guérison.
La poète et conférencière coréenne Seok Yeon-gyeong a participé à cette découverte de la littérature coréenne. Lors de la cérémonie d’ouverture, une trentaine de participants ont écouté des poèmes traditionnels et réfléchi à leur portée littéraire et artistique. Lee Young-bin, représentant de l’ambassade de Corée en Roumanie, a également transmis un message de félicitations, exprimant l’espoir que cette initiative contribue au renforcement des échanges entre les deux pays par l’intermédiaire de la langue et de la littérature coréennes.
La cérémonie, organisée en roumain, français et coréen, a elle-même reflété la dimension interculturelle du projet. Les hanbok portés par les organisateurs, ainsi que la dégustation de kimbap, ont complété cette première immersion dans la culture coréenne.
Les invités prennent part à la cérémonie d’ouverture de La Petite Corée de la Mer Noire 2026, organisée le 23 juillet à la Faculté des arts de l’université Ovidius de Constanta afin d’inaugurer quatre jours d’échanges culturels entre la Roumanie, la France et la Corée. © Matei Mihai
Du symbole à l’image
Le dialogue entre les cultures s’est poursuivi dans le domaine des arts visuels grâce à Constantin Severin, artiste, écrivain et théoricien de l’expressionnisme archétypal. Ce courant artistique explore notamment les rapports entre symboles, mémoire et création contemporaine.
Sa conférence, intitulée « Expressionnisme archétypal : symbole, mémoire et création contemporaine », a été suivie d’un atelier intitulé « Du symbole à l’image ». Les participants ont été invités à traduire des idées et des archétypes universels dans leur propre langage visuel, puis à présenter leurs créations au cours d’une séance collective d’analyse et de retour critique.
Cette approche a établi un lien intéressant avec le sijo. Dans les deux cas, il s’agissait de partir d’une forme concise (trois lignes ou un symbole) afin d’ouvrir un espace intérieur beaucoup plus vaste. Littérature et arts visuels ont ainsi offert deux manières complémentaires d’explorer la mémoire, l’émotion et l’expérience humaine.
Trois créations graphiques inspirées de poèmes sijo sont exposées à l’université Ovidius de Constanta dans le cadre de La Petite Corée de la Mer Noire, organisé du 23 au 26 juillet 2026 pour rapprocher poésie coréenne et expression artistique contemporaine. © Matei Mihai
Une première éditoriale pour la Roumanie
L’un des moments marquants de cette édition a été la présentation du premier ouvrage de sijo coréen traduit en roumain par l’Académie coréenne Arirang de Bucarest. Le volume comprend également des poèmes composés par des lycéens de Constanta, puis traduits en coréen. Un catalogue trilingue, en roumain, français et coréen, est également né d’une collaboration de six mois entre l’association Hop&Rats, l’Académie coréenne Arirang et les élèves du lycée technologique Tomis, spécialisés dans le traitement du texte et de l’image.
Sous la coordination de la professeure Alexandrina Macarov, les élèves ont créé des représentations graphiques inspirées de poèmes écrits par de grands maîtres coréens du sijo, par des membres de la société de haïku de Constanta et par les jeunes participants eux-mêmes. Le travail de traduction vers le français a été assuré par Elena Târnăuceanu, tandis que Jung Jihun a participé à la traduction coréenne.
Cette publication dépasse la simple traduction littéraire. Elle fait circuler les textes entre différentes langues, générations et disciplines artistiques, tout en donnant aux jeunes Roumains la possibilité de ne plus être uniquement spectateurs de la culture coréenne, mais aussi créateurs et partenaires du dialogue.
Une page du catalogue trilingue présente un sijo traditionnel coréen accompagné de ses traductions en roumain et en français, ainsi que des illustrations réalisées par des élèves du lycée technologique Tomis de Constanta dans le cadre du projet SIJOKoreAcademiArt. © Académie coréenne Arirang
Deux journées d’immersion dans la culture coréenne
Les 25 et 26 juillet, le second module a élargi la découverte à l’histoire, à la langue et à la vie quotidienne en Corée. Les représentants de l’Académie coréenne Arirang de Bucarest, Monica et Jihun Jung, ont animé des cours introductifs et appliqués de coréen, ainsi que des présentations consacrées aux programmes éducatifs, aux bourses et aux possibilités d’études en Corée.
Les participants ont également découvert le hanbok en tant que vêtement traditionnel et objet artistique, avant de s’initier à la gastronomie et à la calligraphie coréennes lors d’ateliers dirigés par Cerasela Trifan. Le geste, la composition visuelle et la signification culturelle des caractères ont ainsi trouvé leur place aux côtés des saveurs et des objets du quotidien.
Cette diversité a permis d’aborder la Corée sous plusieurs angles complémentaires. La langue donnait accès aux mots, la poésie aux émotions, la calligraphie au geste et l’art culinaire à une expérience partagée et immédiatement accessible.
Monica Jung, professeure de langue et de culture coréennes à l’Académie coréenne Arirang de Bucarest, présente le système d’écriture hangeul aux participants lors d’un atelier organisé à l’université Ovidius de Constanta, dans le cadre du module d’immersion culturelle coréenne. © Académie coréenne Arirang
Une exposition pour conclure quatre jours de création
L’événement s’est achevé le 26 juillet par le vernissage des œuvres réalisées pendant les ateliers, une lecture publique de sijo, un dialogue interdisciplinaire et la remise des diplômes de participation.
Cette présentation finale a donné une forme concrète au travail mené pendant les quatre journées. Les participants n’étaient pas venus uniquement écouter des conférences : ils ont écrit, traduit, dessiné, expérimenté et découvert de nouvelles formes d’expression. Leurs créations sont ainsi devenues les traces visibles d’une rencontre entre plusieurs traditions culturelles.
Au-delà de cette édition, les organisateurs souhaitent développer de futurs partenariats avec des universités d’art coréennes et ouvrir de nouvelles perspectives de mobilité, de recherche et de coopération académique internationale.
Les premières notes d’un participant témoignent du processus de création d’un sijo pendant l’un des ateliers d’écriture organisés à l’université Ovidius de Constanta, du 23 au 26 juillet 2026, afin d’initier le public à cette forme poétique traditionnelle coréenne. © Ciprian Apetrei
Un pont durable entre les cultures
À mes yeux, la plus grande qualité de La Petite Corée de la Mer Noire réside dans sa capacité à dépasser la simple présentation d’éléments emblématiques de la culture coréenne. Le hanbok, la gastronomie, la langue et la calligraphie ont naturellement attiré l’attention, mais le cœur du projet se trouvait ailleurs, dans la création commune.
Découvrir une culture est une première étape. Écrire un sijo, tenter de le traduire, lui donner une interprétation graphique ou chercher une correspondance entre ses émotions et celles exprimées dans une autre tradition permet d’aller beaucoup plus loin. La culture étrangère cesse alors d’être observée à distance et devient un espace de dialogue.
Pendant quatre jours, la mer Noire n’a donc pas marqué une frontière. À Constanta, elle est devenue le point de départ d’un pont symbolique reliant la Roumanie, la France et la Corée, un pont construit avec des mots, des images et la curiosité sincère de mieux comprendre l’autre.
Les organisateurs, les invités et les participants de la deuxième édition de La Petite Corée de la Mer Noire se réunissent à l’université Ovidius de Constanta, du 23 au 26 juillet 2026. © SIJOKoreAcademiArt Festival
Cet article a été traduit depuis l’anglais avec l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, puis relu par la rédaction de Korea.net.
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