Journalistes honoraires

31.07.2026

Voir cet article dans une autre langue
  • 한국어
  • English
  • 日本語
  • 中文
  • العربية
  • Español
  • Français
  • Deutsch
  • Pусский
  • Tiếng Việt
  • Indonesian
Panneaux historiques retraçant la situation de la Corée dans la première moitié du XXᵉ siècle et la crise coréenne, au sein de l’exposition du musée national d’histoire militaire, à Luxembourg, le 24 juillet 2026. © Jason Edwards

Panneaux historiques retraçant la situation de la Corée dans la première moitié du XXᵉ siècle et la crise coréenne, au sein de l’exposition du musée national d’histoire militaire, à Luxembourg, le 24 juillet 2026. © Jason Edwards



Par Jason Edwards

Vivant au Luxembourg, j’ai découvert par hasard l’exposition consacrée aux volontaires luxembourgeois partis combattre durant la guerre de Corée. C’était impossible pour moi de ne pas m’y rendre : ce sujet est rare, presque oublié, et pourtant profondément lié à notre histoire. Je suis donc allé visiter l’exposition à la Villa Pauly, un lieu chargé de mémoire, et j’ai eu la chance de rencontrer le directeur et conservateur du musée national d’histoire militaire, Benoît Niederkorn, que j’ai pu interviewer le 24 juillet.

L’exposition raconte le parcours de 85 Luxembourgeois qui, au début des années 1950, ont choisi de partir défendre un pays qu’ils ne connaissaient pas. À travers des lettres du front, des archives, des photos familiales et des pièces venues de Corée, on découvre leurs motivations, leurs doutes, leur engagement, et la manière dont leur histoire s’inscrit dans les relations entre le Luxembourg et la République de Corée. Un seul de ces vétérans est encore en vie aujourd'hui.

Jason Edwards : Pouvez-vous présenter brièvement l’exposition et ce que vous souhaitez transmettre au public à travers cette mise en lumière des volontaires luxembourgeois partis en Corée ?

Benoît Niederkorn : Je suis directeur et conservateur du musée national d’histoire militaire. Cette exposition temporaire et itinérante consacrée à la guerre de Corée a été lancée en 2023 au musée de Diekirch. Notre objectif était de raconter un conflit souvent oublié, non seulement au Luxembourg mais aussi dans le reste du monde, pris entre la Seconde Guerre mondiale et la guerre du Vietnam. Nous souhaitions expliquer comment la guerre a éclaté, qui en porte la responsabilité, le rôle des Nations unies, ainsi que l’engagement du Luxembourg. La seconde partie de l’exposition se concentre sur les 85 volontaires luxembourgeois : leurs motivations, leur parcours, et les raisons qui les ont poussés à partir combattre dans un pays lointain qu’ils ne connaissaient pas.

Pourquoi avoir choisi la Villa Pauly, un lieu de mémoire lié à la Seconde Guerre mondiale, pour accueillir une exposition sur la guerre de Corée ? Quelle symbolique cela représente‑t‑il ?

La Villa Pauly est un lieu de mémoire emblématique au Luxembourg, principalement lié à la Seconde Guerre mondiale. Le service de la mémoire, avec lequel nous collaborons étroitement, a jugé ce lieu particulièrement pertinent. Située au cœur de la capitale, à proximité de la Gëlle Fra, un autre monument de mémoire, la Villa Pauly possède une forte symbolique. Les vétérans luxembourgeois de la guerre de Corée participaient autrefois aux commémorations nationales avec leur drapeau, affirmant leur statut d’anciens combattants. Installer l’exposition ici permet donc de relier ces différentes mémoires et de rappeler que les volontaires luxembourgeois de Corée font pleinement partie de l’histoire nationale.

Section de l’exposition dédiée aux vétérans de la guerre de Corée et aux volontaires luxembourgeois engagés entre 1950 et 1953, au musée national d’histoire militaire, à Luxembourg, le 24 juillet 2026. © Jason Edwards

Section de l’exposition dédiée aux vétérans de la guerre de Corée et aux volontaires luxembourgeois engagés entre 1950 et 1953, au musée national d’histoire militaire, à Luxembourg, le 24 juillet 2026. © Jason Edwards


Qui étaient les volontaires luxembourgeois engagés dans la guerre de Corée, et quels aspects de leur parcours avez-vous souhaité mettre en avant dans cette exposition ?

Nous avons mené un travail de recherche scientifique approfondi pour retracer le parcours des 85 volontaires luxembourgeois. Nous avons consulté les archives et retrouvé 70 familles à travers le monde, ce qui nous a permis de rassembler des lettres, des photos, des documents personnels et parfois de réaliser des interviews. L’objectif était de raconter la guerre de Corée à travers leurs expériences : leurs motivations, leurs témoignages, leurs écrits du front, et les souvenirs transmis par leurs proches.

Comment cette exposition contribue-t-elle à renforcer la compréhension des relations historiques et diplomatiques entre le Luxembourg et la Corée ?

Cette exposition met en lumière une commémoration importante entre les deux pays. À l’origine, ce sont les vétérans eux‑mêmes qui ont cherché à établir des liens avec la Corée. Ensuite sont venues les relations diplomatiques et économiques. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de transition : il ne reste qu’un seul vétéran encore parmi nous. Il revient désormais aux musées et aux institutions, au Luxembourg comme en Corée, de poursuivre ce travail de mémoire pour transmettre l’histoire des volontaires et de la guerre de Corée aux générations futures.

Avez-vous collaboré avec des institutions coréennes ou des familles de volontaires pour la préparation de cette exposition ? Si oui, comment cela s’est-il déroulé ?

Notre plus grand succès a été la recherche menée auprès des familles. Sur les 85 volontaires, nous avons retrouvé 70 familles, avec lesquelles nous avons pu partager des albums, des documents, des récits, et parfois réaliser des interviews. Du côté coréen, la collaboration a également été très fructueuse. Le mémorial de la guerre de Corée à Séoul nous a fourni de nombreuses pièces et documents que nous avons pu valoriser dans l’exposition.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux visiteurs concernant la mémoire des volontaires luxembourgeois et leur rôle dans un conflit souvent méconnu ici ?

Le message essentiel est de comprendre pourquoi ces jeunes Luxembourgeois, nés autour des années 1930, se sont portés volontaires pour un pays qu’ils ne connaissaient pas. Deux d’entre eux ont perdu la vie en Corée. Beaucoup avaient vécu l’occupation nazie au Luxembourg. Ils nous ont expliqué qu’ils voulaient contribuer à la libération d’un autre pays ayant subi une tragédie similaire. Leur engagement est profondément lié à leur propre histoire et à leur volonté de défendre la liberté ailleurs.

L’exposition s’inscrit-elle dans un projet plus large de commémoration ou de coopération culturelle entre le Luxembourg et la Corée ? Envisagez-vous d’autres initiatives à l’avenir ?

Plusieurs projets ont déjà été réalisés avec la conservatrice de l’exposition, Elisabeth Einsweiler. Nous avons voyagé en Corée pour établir des contacts avec différentes institutions. Nous avons également organisé une exposition itinérante au mémorial de la guerre de Séoul et développé des collaborations pour partager des objets, des documents et valoriser ensemble cette histoire commune.

Benoît Niederkorn, directeur et conservateur du musée national d’histoire militaire, présentant l’ouvrage consacré à l’histoire de l’amitié entre le Luxembourg et la Corée, à Luxembourg, le 24 juillet 2026. © Jason Edwards

Benoît Niederkorn, directeur et conservateur du musée national d’histoire militaire, présentant l’ouvrage consacré à l’histoire de l’amitié entre le Luxembourg et la Corée, à Luxembourg, le 24 juillet 2026. © Jason Edwards



Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr