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31.07.2026

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Le tatoueur PittaKKM (à gauche) vérifie les pochoirs avec un client dans son atelier nonfromseoul, à Los Angeles, le 17 juillet 2026, avant le transfert sur la peau d'un motif inspiré de l'art traditionnel coréen (à droite). © PittaKKM

Le tatoueur PittaKKM (à gauche) vérifie les pochoirs avec un client dans son atelier nonfromseoul, à Los Angeles, le 17 juillet 2026, avant le transfert sur la peau d'un motif inspiré de l'art traditionnel coréen (à droite). © PittaKKM



Par Jasmin Mikolay

La scène artistique contemporaine et les cultures créatives alternatives sont à l'honneur à Séoul. Du 30 juillet au 2 août, le festival Urban Break 2026, organisé au COEX Convention & Exhibition Center, réunit des artistes venus du monde entier autour de l'art urbain, du street art, du design, des arts numériques et de l'art du tatouage. Le rendez-vous met en lumière la manière dont les pratiques contemporaines dialoguent avec les traditions artistiques.

Depuis une décennie, le tatoueur Kim Gyeong-mo, plus connu sous le nom de PittaKKM, s'inscrit précisément dans cette démarche. Inspiré par le dancheong, l'art bouddhique et les motifs décoratifs traditionnels coréens, il transpose cet héritage dans une esthétique résolument contemporaine et le fait découvrir à une clientèle internationale.

Dans cet entretien réalisé par courriel le 28 juillet 2026, PittaKKM revient sur son parcours, son attachement au patrimoine artistique coréen et sa volonté de faire vivre la tradition à travers une forme d'expression contemporaine.

Jasmin Mikolay : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter comment vous êtes devenu tatoueur ?

PittaKKM : Je partage aujourd'hui mon activité entre Los Angeles et Séoul, où je dirige respectivement les studios nonfromseoul et mizangwon. Je tatoue depuis 2015. Formé à la sculpture et aux beaux-arts, j'ai très tôt souhaité développer une pratique artistique ancrée dans la tradition coréenne et l'esthétique bouddhique. Ma découverte de la culture du tatouage et de la body modification m'a révélé un médium capable de réunir ces deux univers. Depuis, le tatouage est devenu le cœur de ma démarche artistique.

Vos créations sont profondément enracinées dans la tradition coréenne. À quel moment avez-vous compris que le tatouage était le médium idéal pour réinterpréter cet héritage ?

J'ai grandi dans une famille profondément marquée par le bouddhisme. Mon grand-père est toujours enseignant laïc du Dharma au sein de l'ordre Jogye, et j'ai passé une grande partie de mon enfance dans les temples bouddhiques. Lorsque j'ai choisi d'étudier les beaux-arts, je savais déjà que mon travail serait inspiré des couleurs traditionnelles coréennes et de l'esthétique bouddhique. Plus tard, en découvrant la culture du tatouage, j'ai compris que ce médium pouvait réunir tout ce qui me fascinait depuis longtemps : la tradition coréenne, l'atmosphère du bouddhisme et une forme d'expression profondément contemporaine. Dès le départ, j'ai voulu développer un langage visuel qui me soit propre, et cette ambition guide encore aujourd'hui tout mon travail.

Le dancheong et l'art bouddhique traversent l'ensemble de votre œuvre. Qu'est-ce qui continue de vous fasciner dans ces formes d'expression ?

Pour moi, la beauté passe avant le sens ou le récit. Le dancheong, l'art bouddhique et les motifs traditionnels coréens incarnent la plus haute forme de beauté visuelle. Les harmonies de couleurs, les rythmes des compositions, l'élégance des lignes ainsi que le dialogue entre l'ornement et le symbole correspondent profondément à ma sensibilité esthétique. Je ne les ai pas choisis de manière réfléchie. En suivant simplement ce que je trouvais le plus beau, mon univers artistique s'est construit presque naturellement.

Tatouages inspirés du dancheong, l'art traditionnel coréen, réalisés sur le haut du bras, l'avant-bras et la main. Les photographies ont été prises à Los Angeles les 24 juin 2026, 23 janvier 2026 et 5 juillet 2025. © PittaKKM

Tatouages inspirés du dancheong, l'art traditionnel coréen, réalisés sur le haut du bras, l'avant-bras et la main. Les photographies ont été prises à Los Angeles les 24 juin 2026, 23 janvier 2026 et 5 juillet 2025. © PittaKKM


Y a-t-il des motifs ou des associations de couleurs vers lesquels vous revenez régulièrement ?

J'aime particulièrement travailler les motifs de nuages ainsi que les contrastes puissants entre le rouge, le bleu et le vert. Les courbes des nuages expriment à mes yeux toute la beauté des formes en mouvement. Lorsque je les réinterprète dans un langage contemporain, elles produisent un effet à la fois familier et inattendu. Les contrastes complémentaires me fascinent également. Utilisées sans précaution, ces couleurs peuvent paraître excessives ; mais lorsqu'elles sont parfaitement équilibrées, elles créent une force visuelle remarquable.

Comment réinterprétez-vous des éléments décoratifs coréens plusieurs fois centenaires sans en altérer l'essence ?

L'essentiel n'est pas de reproduire leur apparence, mais d'en comprendre l'esprit et la structure profonde. Je ne copie jamais les motifs historiques. J'en analyse le rythme, la composition, les couleurs et l'atmosphère avant de les intégrer à mon propre langage artistique. À mes yeux, respecter une tradition ne signifie pas la figer. Une tradition reste vivante lorsqu'elle continue d'évoluer. Mon objectif est d'en faire renaître la beauté dans un contexte contemporain, sans en trahir l'essence, afin de montrer que le patrimoine peut continuer à vivre dans le présent.

Le tatoueur PittaKKM réalise un tatouage couvrant l'ensemble du dos dans son studio nonfromseoul, à Los Angeles, du 15 au 17 juillet 2026. Cette composition retrace les différentes étapes de création, de la préparation au résultat final, pour un client fidèle qui se fait tatouer par PittaKKM à Séoul et à Los Angeles depuis 2021. © PittaKKM

Le tatoueur PittaKKM réalise un tatouage couvrant l'ensemble du dos dans son studio nonfromseoul, à Los Angeles, du 15 au 17 juillet 2026. Cette composition retrace les différentes étapes de création, de la préparation au résultat final, pour un client fidèle qui se fait tatouer par PittaKKM à Séoul et à Los Angeles depuis 2021. © PittaKKM


Chaque tatouage est une œuvre unique. Comment naît-il, de la première idée jusqu'au résultat final ?

Tout commence par le corps humain. Il ne s'agit pas simplement d'y placer un dessin, mais de prendre en compte sa morphologie, les lignes musculaires, les mouvements et la manière dont le tatouage évoluera avec le temps. C'est pourquoi je conçois la plupart de mes projets seulement après avoir longuement échangé avec mes clients. À partir d'éléments issus de l'esthétique traditionnelle coréenne, j'adapte les proportions et la composition afin que le motif s'intègre naturellement au corps. Les couleurs jouent également un rôle essentiel : elles doivent conserver leur intensité tout en s'accordant harmonieusement avec la peau. Je cherche à créer un tatouage qui impressionne de loin tout en révélant, de près, la finesse de ses détails.

Nombre de vos clients viennent de l'étranger. Comment réagissent-ils à la découverte de l'art et de la culture coréens à travers vos tatouages ?

Ils sont d'abord attirés par les couleurs et par la force visuelle de mes créations. Beaucoup ne connaissent ni le dancheong ni les motifs traditionnels coréens, mais ils perçoivent intuitivement qu'ils portent une histoire culturelle particulière. Je trouve très émouvant que des personnes puissent emporter avec elles une part de la tradition coréenne grâce à un tatouage. Je souhaite aussi rendre cet héritage accessible sans qu'il soit nécessaire d'en connaître tous les codes historiques. La beauté peut, à elle seule, susciter la curiosité et ouvrir la voie vers la culture coréenne.

Quel regard aimeriez-vous que le public international porte sur la Corée à travers votre travail ?

J'aimerais que chacun comprenne que la tradition coréenne n'appartient pas seulement au passé. Elle continue d'évoluer. L'art traditionnel coréen possède une richesse extraordinaire, dans ses couleurs, ses symboles, ses structures et son imaginaire. Il n'a pas vocation à rester confiné aux temples ou aux musées. Il peut aussi trouver sa place sur le corps, dans l'art contemporain, le design ou encore l'architecture. Aujourd'hui, des artistes issus de disciplines très différentes présentent chacun leur propre vision de la Corée au monde. J'espère pouvoir, moi aussi, y contribuer.

Le tatoueur PittaKKM dans son studio nonfromseoul, à Los Angeles, le 12 juin 2026. © PittaKKM

Le tatoueur PittaKKM dans son studio nonfromseoul, à Los Angeles, le 12 juin 2026. © PittaKKM


Avec le recul, comment votre écriture artistique a-t-elle évolué au fil des années ?

Je ne fais aucune distinction entre ma vie et mon travail. Tout ce que je crée constitue en quelque sorte les archives de mon propre parcours. Selon les périodes, je m'intéresse davantage à des thèmes traditionnels, puis à des formes plus contemporaines, voire futuristes. Avec le temps, j'ai cependant compris qu'une dimension profondément coréenne imprégnait naturellement chacune de mes créations. Les éléments de la tradition coréenne sont désormais indissociables de mon identité artistique.

Quels sont vos projets et votre vision pour les années à venir ?

Le dancheong continuera d'occuper une place centrale dans mon travail. Mais je souhaite également aller au-delà de la réinterprétation des traditions existantes et créer de nouveaux récits ancrés dans notre époque tout en étant tournés vers l'avenir. Je travaille aujourd'hui principalement à Los Angeles, où je développe de nouveaux projets artistiques avec nonfromseoul et mizangwon. À travers nonfromseoul, nous souhaitons renforcer les échanges culturels entre Séoul et Los Angeles grâce à des expositions et à des événements. À terme, j'aimerais étendre ma pratique au-delà du tatouage, vers les expositions, le design d'espaces, le branding et les objets. Mon ambition n'est pas seulement de transmettre la beauté de la tradition coréenne, mais de créer un univers artistique dans lequel chacun puisse entrer et avec lequel il puisse tisser un lien durable.


Qu'il s'exprime sur la peau, dans les salles d'exposition ou bientôt à travers le design et l'aménagement d'espaces, PittaKKM voit dans la tradition coréenne une source d'inspiration résolument vivante. Son œuvre fait dialoguer des siècles d'héritage esthétique avec la création contemporaine et ouvre cet univers à un public international. Elle rappelle que le patrimoine culturel coréen ne demeure vivant qu'à la condition d'être sans cesse réinterprété et transmis.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr