Journalistes honoraires

07.08.2026

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Par Nicole Bergeaud

C’est au musée Guimet à Paris que j’ai rencontré Garance Cachard, à l’occasion d’une visite privée de l’exposition « Silla : l’Or et le Sacré ».

Commissaire associée, conseillère scientifique et interprète, elle a travaillé aux côtés de l’équipe franco-coréenne réunie pour ce projet d’exposition, réalisé en collaboration avec le musée national de Gyeongju et plusieurs institutions coréennes.

Impressionnée par sa capacité à répondre à toutes mes questions sur les œuvres présentées, je lui ai aussitôt demandé si elle accepterait de m’en dire plus sur son parcours.

À 28 ans à peine, cette jeune archéologue française a déjà passé une bonne partie de ces dernières années entre la France et la Corée. Elle étudie les vestiges humains de la péninsule, travaille sur des collections et des archives conservées en Corée et s’intéresse de près à son histoire ancienne.

Mais il y a une autre Garance Cachard…

Garance Cachard en hanbok devant le Louvre avant le concert de pansori au centre culturel coréen de Paris, le 5 septembre 2023. © Lee Eun-sook

Garance Cachard en hanbok devant le Louvre avant le concert de pansori au centre culturel coréen de Paris, le 5 septembre 2023. © Lee Eun-sook


Si vous tapez son nom sur les réseaux sociaux, vous tomberez sur des vidéos assez éloignées de l’image que l’on se fait habituellement d’une archéologue. Garance Cachard chante du pansori. Oui, du pansori, cet art traditionnel coréen mêlant chant et récit, accompagné au tambour, le soribuk.

Sur le papier, les deux univers semblent assez éloignés. D’un côté, les vestiges, les fouilles, les archives et les musées. De l’autre, la voix, le rythme et la scène. Chez elle, pourtant, la frontière est beaucoup moins nette.

Tout part finalement de la même curiosité pour la Corée et d’une envie d’aller plus loin que ce que l’on voit au premier regard. Elle me confiera même que l’étude du pansori l’aide à mieux comprendre la Corée, sa culture et son histoire.

Dans les coulisses de l’exposition « Silla : l’Or et le Sacré »

Garance me raconte qu’elle a commencé à apprendre le coréen au centre culturel coréen à Paris, avant de partir vivre quatre ans en Corée. Ces années sur place lui ont permis de maîtriser la langue, mais aussi de travailler directement avec les institutions coréennes.

Cette connaissance du coréen, le hangeul et les hanja, qui aide à comprendre le sens des mots coréens complexes, a d’ailleurs compté lorsqu’Arnaud Bertrand, commissaire de l’exposition « Silla : l’Or et le Sacré », l’a choisie pour rejoindre le projet du musée Guimet. Son rôle ? Faire le lien avec les musées coréens et mener un important travail dans les archives, en France comme en Corée, pour retrouver la provenance de tous les objets présentés dans l’exposition. Pouvoir lire le coréen et travailler directement à partir des sources s’est alors révélé indispensable. Un travail de l’ombre, que l'on ne soupçonne pas forcément en parcourant les salles, mais qui a été essentiel à la préparation de cette magnifique exposition, à découvrir jusqu’à la fin du mois d’août 2026.

Arnaud Bertrand, commissaire de l’exposition « Silla l'Or et le Sacré », avec Garance Cachard, au musée Guimet. © Garance Cachard

Garance Cachard et Arnaud Bertrand, commissaire de l’exposition « Silla l'Or et le Sacré », au musée Guimet. © Garance Cachard


Ce travail avec les musées coréens n’est pas nouveau pour elle. Voilà près de dix ans que Garance fréquente musées et collections universitaires en Corée pour ses recherches, consultant aussi une documentation archéologique qui n’est pas toujours facilement accessible depuis la France.

En 2025, lors d’un séjour de plusieurs mois en Corée, elle a notamment étudié des restes humains conservés dans différentes institutions. Elle a également travaillé sur des sources documentaires coréennes, dont certaines provenant de Corée du Nord.

Les archives font elles aussi partie de son quotidien de chercheuse. Au centre de Séoul de l’École française d’Extrême-Orient, Garance a participé à l’intégration de données de la mission archéologique à Kaesong dans la base Heurist. Derrière ce nom un peu technique se cache un travail considérable : rassembler et organiser les informations issues de plusieurs années de recherches archéologiques menées sur le site.

On comprend alors un peu mieux son rôle au musée Guimet. Les objets de l’exposition ne sont pas là uniquement pour être admirés. Il faut aussi savoir d’où ils viennent, dans quel contexte ils ont été découverts et ce qu’ils peuvent nous apprendre. Pour certains, ce sont les tombes dont ils proviennent et le mobilier funéraire qui permettent de mieux comprendre la société de Silla.

De l’archéologie à l’anthropologie

Garance a obtenu à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne une licence d’histoire de l’art et d’archéologie, avec une spécialisation en archéologie. En 2018, elle suit une formation à l’INALCO en histoire et culture de la Chine, afin de pouvoir notamment lire le chinois classique, utilisé dans les textes historiques coréens.

Elle décide ensuite que, pour comprendre et étudier l’histoire et l’archéologie d’un pays, il faut aussi aller sur place. Direction Séoul et la Sookmyung Women’s University, où elle poursuit un master en histoire et culture de la Corée. Elle y rédige un mémoire comparant la vie et le rôle des concubines et favorites royales au XVIIe siècle à Joseon et en France, à travers les destins de Huibin Jang et de Madame de Montespan.

Avant même son retour en France, Garance avait déjà décidé de poursuivre avec un deuxième master, cette fois avec une approche plus scientifique. En 2025, elle est diplômée du master européen Erasmus Mundus « Quaternary and Prehistory », avec une spécialisation en paléoanthropologie et archéologie funéraire. Une formation qui la fait voyager entre la France, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, la Corée, l’Indonésie et les Philippines.

Pour ses mémoires de master 1 et 2, retour à la Corée. Elle choisit cette fois d’étudier les crânes et les mandibules humaines de la péninsule coréenne à travers des analyses morphométriques en deux et trois dimensions. Une autre façon de remonter aux populations anciennes qui ont vécu dans la péninsule.

Enfin, elle me confie travailler actuellement à la rédaction d’un article scientifique consacré à l’introduction des collections coréennes en France, dont la publication est prévue prochainement.

Concert « My Pansori » au Seoul Namsan Donhwamun Traditional Theater, le 4 février 2023. © Garance Cachard

Concert « My Pansori » au Seoul Namsan Donhwamun Traditional Theater, le 4 février 2023. © Garance Cachard


Du chant lyrique au pansori

Lors de notre entretien, Garance me raconte que le pansori est assez distinct du chant lyrique qu’elle a pratiqué par le passé comme soprano. La technique est différente et particulièrement exigeante pour la voix.

« On doit pouvoir chanter autant dans les graves que dans les aigus, en jouant sur les vibrations de la voix. On chante en commençant par l’oiseau perché sur l’arbre, le bruit de l’eau, en passant par la gisaeng ou le jeune maître. Tout cela nous amène à casser notre voix en nous entraînant, et certaines jeunes filles muent en lien avec la pratique du pansori », me confie-t-elle à propos de cet art traditionnel coréen mêlant récit et chant, accompagné par un tambour, le soribuk.

Elle l’a appris auprès de Min Hye-sung, l’une des artistes qui ont contribué à ouvrir l’apprentissage du pansori aux étrangers. Min Hye-sung est elle-même disciple de Pak Song-hee, grande figure du pansori reconnue en Corée comme détentrice d’un patrimoine culturel immatériel. Cette filiation n’est pas un détail : dans le pansori, la transmission de maître à disciple occupe une place essentielle.

Garance insiste aussi sur l’exigence de cet art. Impossible de se contenter de quelques heures de cours de temps en temps. La voix doit être travaillée très régulièrement, tout comme le souffle, le rythme, le texte et les gestes. Elle me parle aussi de ces périodes d’entraînement intensif organisées deux fois par an, en hiver et en été, dans la montagne, où tous les jeunes élèves sont réunis pour s’entraîner ensemble.

Le travail est considérable. À l’origine, il n’y avait ni texte écrit ni partition. Aujourd’hui, la pratique s’appuie notamment sur des cahiers écrits et transmis par les professeurs, ainsi que sur les enregistrements réalisés pendant l’enseignement. Il faut tout mémoriser : le rythme, la mélodie et les paroles, puis travailler les gestes et les expressions.

Garance travaille notamment sur Chunhyangga, le célèbre récit de l’amour entre Chunhyang, fille d’une ancienne gisaeng, et Yi Mong-ryong, fils d’un gouverneur. C’est l’un des cinq grands pansori classiques encore transmis aujourd’hui.

Elle me précise aussi qu’il n’existe pas une seule façon de chanter ces œuvres. Le pansori est une histoire de lignées : chaque maître transmet sa version, avec des variations dans le texte, la mélodie et l’interprétation. Il existe notamment deux grands styles historiques, celui de l’Est et celui de l’Ouest de la rivière Seomjin, dans le sud-ouest de la Corée.

Garance a également chanté en Corée, sur scène et à la télévision, aussi bien seule qu’avec des artistes coréens, mais également avec un groupe de chanteuses non coréennes, la Seoul Global Team, dont elle fait partie. Elle me raconte la surprise et l’enthousiasme du public face à leur niveau. Elle-même me confie chanter sans accent étranger perceptible.

Difficile cependant de se faire une idée du pansori avec des mots. Pour mieux comprendre, voici Garance sur scène lors de l’une de ses performances, interprétant un chant extrait de Heungboga et un autre de Chunhyangga, lors du concert « My Pansori » du 4 février 2023.


Je remercie chaleureusement Garance Cachard pour le temps qu’elle m’a accordé et pour nos échanges passionnants autour de son parcours, de l’archéologie et du pansori, ainsi que pour les images partagées pour illustrer cet article.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr