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14.08.2026

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Par Lantou Onirina

Le 22 juin, à Séoul, je retrouve Jacob quelques jours après la sortie de j., son premier projet solo. Douze ans ont passé depuis son arrivée en Corée, lorsqu’il a quitté Toronto à 18 ans pour tenter l’aventure de trainee. Depuis, The Boyz est devenu une part essentielle de son parcours, tandis que la Corée s’est progressivement transformée en un lieu familier, puis en un véritable chez-soi.

Cette rencontre est l’occasion de revenir sur ce chemin parcouru, sur les débuts parfois déroutants de sa vie à Séoul, sur ce que le pays représente pour lui aujourd’hui et sur la manière dont ces douze années ont fini par trouver leur place jusque dans sa musique.

Un rendez-vous à Sinsa

Le café est peut-être un peu trop bien choisi. Dans les petites rues de Sinsa, à Séoul, Gongonescript Dosan accueille en cette chaude après-midi suffisamment de monde pour que les conversations se croisent d'une table à l'autre. J'avais prévu de terminer notre rencontre par une Playlist filmée pour Chingu Lab. Après quelques minutes, nous devons nous rendre à l'évidence. Avec ce bruit, impossible de tourner quoi que ce soit. La vidéo attendra.

La conversation, elle, peut commencer.

Face à moi, Jacob semble assez fidèle à l'image que connaissent les fans de The Boyz. Il parle doucement, réfléchit souvent quelques secondes avant de répondre et rit facilement lorsque la question le surprend. Douze ans se sont écoulés depuis son arrivée en Corée. Aujourd'hui, il y parle de musique, de son groupe et de son premier projet solo avec l'aisance de quelqu'un qui a construit ici une grande partie de sa vie.

Pourtant, en 2015, rien ne semblait vraiment le destiner à Séoul.

« Pendant ma dernière année de lycée, j'ai décidé que je voulais faire de la musique. Je pensais prendre une année de pause avant d'aller à l'université », se souvient-il. À environ deux mois de la remise des diplômes, son entourage lui parle d'auditions organisées par des agences coréennes au Canada. Jacob hésite. Ses proches insistent. Même s'il souhaite simplement faire de la musique, l'expérience lui permettra au moins de monter devant un jury, de gérer le trac, de chanter devant d'autres personnes.

Il finit par tenter sa chance.

Jacob dans la série « Digital Solo Album Photo Concept 2 » de j., publiée le 3 juin 2026. © HighBreed Entertainment

Jacob dans la série « Digital Solo Album Photo Concept 2 » de j., publiée le 3 juin 2026. © HighBreed Entertainment


Le garçon qui ne savait pas danser

La première audition ne transforme pas immédiatement sa vie. Jacob se présente chez JYP Entertainment et passe un premier tour. Puis arrive une question embarrassante pour celui qui envisage de rejoindre l'industrie de la K-pop.

Sait-il danser ?

« J'ai répondu : "Je ne sais pas danser, désolé !" », raconte-t-il en riant.

L'aventure s'arrête là. Il tente ensuite une autre audition, celle de l'agence qui lancera quelques années plus tard The Boyz. Entre-temps, ses talents de danseur n'ont guère progressé.

« Je ne savais toujours pas danser. Je ne sais pas pourquoi ils m'ont choisi ! »

Cette fois, pourtant, un message arrive alors qu'il est en cours. L'agence souhaite qu'il vienne en Corée pour s'entraîner. Ce qui devait être une expérience avant l'université devient un départ pour Séoul.

Le pays ne lui est pas totalement inconnu. Jacob, qui a grandi au Canada, venait en Corée environ une fois tous les deux ans et y passait parfois un mois. Il n'arrive donc pas avec le regard de quelqu'un qui découvre tout. En revanche, visiter un pays et commencer à y vivre sont deux expériences bien différentes.

Lorsqu'on évoque le choc de son installation, il ne cite d'ailleurs ni la langue, ni la nourriture, ni une coutume qui l'aurait surpris. Sa première réponse concerne quelque chose de beaucoup plus universel. Pour la première fois, il vit loin de sa famille.

Et surtout, il découvre la vie en collectivité poussée à son maximum.

« Je devais vivre avec dix autres personnes dans la même maison. Il fallait attendre pour aller aux toilettes. On était toujours avec quelqu'un. Même dans ma chambre, il y avait d'autres personnes. Nous étions cinq dans une pièce, donc il n'y avait aucune intimité. »

Pas vraiment le temps de prendre ses marques non plus. Le lendemain de son arrivée, l'entraînement commence.

« Je n'ai eu aucun temps pour m'adapter. Tout est allé très vite. L'entraînement lui-même était quelque chose que je n'avais jamais vécu. C'était nouveau et difficile au début. »

« Ce sont les gens qui font qu’un endroit devient un foyer »

Je m'attendais à ce que le passage d'un pays à l'autre lui ait demandé beaucoup de temps. Sa réponse me surprend.

Deux ou trois mois.

Jacob sourit devant mon étonnement. Il reconnaît avoir toujours eu une capacité assez rapide à s'adapter. Mais son explication dit surtout quelque chose de la façon dont il définit aujourd'hui l'idée de foyer.

« Pour moi, ce qui fait qu'un endroit ressemble à chez soi dépend de l'environnement, bien sûr, mais surtout des personnes qui nous entourent. »

Les autres futurs membres de The Boyz jouent un rôle essentiel dans cette adaptation. Ils se rapprochent rapidement. Les employés de l'agence aussi savent que le jeune Canadien se trouve loin de sa famille et lui accordent une attention particulière.

« Les membres étaient très accueillants et très gentils. Nous sommes devenus proches assez vite. Le staff prenait également beaucoup soin de moi parce qu'il savait que j'étais loin de ma famille. Cela m'a vraiment aidé à me sentir chez moi très rapidement. J'ai eu de la chance de ce côté-là. »

La phrase résume peut-être mieux ses douze années en Corée que n'importe quelle anecdote touristique. Pour Jacob, l'attachement au pays semble s'être construit d'abord par les relations humaines.

Quelques années plus tard, ces trainees deviennent The Boyz. Le groupe débute en décembre 2017 et la vie que Jacob était venu tenter presque par hasard devient sa carrière.

Jacob dans le décor et la tenue du clip de « Slow Dancing », extrait de son premier projet solo j., en juin 2026 © HighBreed Entertainment

Jacob dans le décor et la tenue du clip de « Slow Dancing », extrait de son premier projet solo j., en juin 2026 © HighBreed Entertainment


La Corée derrière l'image

Douze ans après son installation, son regard est aussi celui de quelqu'un qui connaît le décalage possible entre l'image d'un pays vue depuis l'étranger et sa réalité quotidienne.

La question prend une résonance particulière avec la K-pop. Pour de nombreux fans internationaux, un groupe devient parfois la première porte d'entrée vers la Corée. La musique mène aux émissions, aux dramas, à la cuisine, à l'apprentissage de la langue, puis, pour certains, au désir de venir visiter le pays ou même de s'y installer.

Jacob comprend cette attirance. Il décrit la Corée comme un pays particulièrement vivant, où les interactions sociales sont nombreuses et où le quotidien peut être très pratique.

« J'ai l'impression que la Corée est un pays très social. Il est assez facile d'interagir avec les gens et il se passe toujours quelque chose. Pour ceux qui aiment ce mode de vie actif et social, je pense que la Corée peut vraiment leur convenir. »

Il cite également la nourriture, les divertissements, les transports et cette facilité avec laquelle de nombreux aspects du quotidien s'organisent.

Mais lorsqu'on lui demande ce qu'il dirait à un fan qui rêve de déménager à Séoul après avoir découvert le pays à travers la K-pop ou les contenus en ligne, son premier conseil est beaucoup plus pragmatique.

« D'abord, ne croyez pas tout ce que vous voyez sur Internet. Évidemment, la réalité ne peut pas être exactement comme ça. Il y aura des problèmes et des difficultés, peu importe le pays dans lequel vous décidez de vous installer. »

Puis viennent deux recommandations très simples. Apprendre au moins quelques bases de coréen et s'intéresser aux usages du pays avant de venir.

« La langue coréenne peut paraître très difficile au début mais plus on pratique, plus on se rend compte que ce n'est pas impossible. Quelques bases peuvent déjà beaucoup aider. Et il faut aussi apprendre un peu la culture coréenne. Chaque pays possède ses propres codes et ses propres manières de faire. Les connaître permet d'éviter des difficultés simplement parce qu'on ne savait pas. »

Ce sont moins les conseils d'une célébrité que ceux de quelqu'un qui a lui-même dû apprendre à vivre ailleurs.

Ce que douze années laissent dans une musique

Cette histoire aurait pu s'arrêter au récit d'une adaptation réussie. Pourtant, douze ans après son arrivée, ce parcours se retrouve jusque dans la musique que Jacob choisit désormais de créer.

En juin, il dévoile j., son premier projet solo. Lorsque je lui demande ce qui change après des années passées à enregistrer avec The Boyz, il commence par parler d'une pression qu'il connaissait bien.

Au sein du groupe, chaque partie d'une chanson s'inscrit dans un ensemble. Jacob explique avoir souvent travaillé sa voix pour atteindre précisément la couleur demandée.

« Je voulais que les fans apprécient le moment où ma partie arrivait mais je voulais aussi bien faire pour l'équipe. Parfois, je me demandais : "Et si je n'arrive pas à faire cette partie correctement ?" Si on me l'avait donnée, c'est qu'on pensait que je pouvais la faire. Il y avait donc forcément une certaine pression. »

Avec j., le fonctionnement change.

« Pour cet album, j'étais beaucoup plus libre. Personne ne me disait : "Je veux que ça sonne comme ça." Je faisais simplement ce que j'avais envie d'entendre. Pendant l'enregistrement, j'étais mon propre patron. »

La formule le fait sourire.

Cette liberté ne l'a pourtant pas poussé à fabriquer un Jacob radicalement différent. C'est même l'inverse qui m'avait frappée à l'écoute de l'album. Je lui explique que j. m'a davantage donné l'impression de le retrouver lui et d'entrer dans son univers que d'assister à une transformation.

Il répond immédiatement.

« C'était intentionnel. »

Il avait pourtant envisagé l'autre possibilité.

« Je me suis demandé si je devais tout changer et faire une musique que les gens n'attendraient pas. Mais je voulais que les fans puissent vraiment comprendre l'album et s'y reconnaître. J'ai donc décidé de faire ce qui me correspondait le mieux. C'est le genre de musique que j'écoutais en grandissant. J'avais envie de créer mes propres chansons dans cet esprit. »

Mettre en musique ce qu'on dit difficilement

Ce choix prend une autre dimension lorsqu'on lui demande quel morceau de j. est aujourd'hui le plus proche de lui.

Jacob choisit Misunderstood.

« Je ne suis pas quelqu'un de très expansif. J'ai tendance à beaucoup réfléchir dans ma tête sans réussir à dire les choses à voix haute. Et parfois, les gens me comprennent mal. »

Il marque un temps avant de poursuivre.

« C'est quelque chose qui m'accompagne depuis que je suis enfant, parce que c'est simplement ma personnalité. Alors j'ai transformé ça en chanson. »

Le morceau est présenté comme une chanson d'amour mais Jacob souhaitait que les textes de l'album puissent être lus au-delà de ce seul cadre. Une histoire sentimentale peut aussi parler de communication, de solitude ou de ces mots qui restent coincés avant d'être prononcés.

Cela rend presque amusante l'image qui lui colle à la peau depuis ses débuts. Au sein de The Boyz, Jacob est souvent décrit comme calme, rassurant, parfois même comme « l'ange » du groupe.

Est-ce vraiment lui ?

« J'essaie de ne pas être trop différent lorsque les caméras sont allumées ou éteintes. J'essaie simplement d'être moi-même. »

Puis il nuance aussitôt.

« Évidemment, il y a des facettes de moi que je n'ai pas forcément envie de montrer à tout le monde. »

Lorsque je lui demande ce que les gens imaginent à tort à son sujet, la réponse arrive avec un sourire.

« Comme j'ai cette image d'ange, beaucoup pensent que je suis toujours gentil, que je ne me mets jamais en colère. Bien sûr que ce n'est pas vrai ! »

Avec les membres, précise-t-il, il parle davantage, élève la voix et exprime plus facilement ce qu'il pense. Là encore, les personnes qui l'entourent semblent lui permettre d'occuper un espace différent.


Le Jacob de 2015

Avant de nous quitter, je lui propose un dernier voyage dans le temps.

Si le Jacob qui venait de quitter le Canada en 2015 entendait aujourd'hui j., sans savoir qui chante, qu'en penserait-il ?

La question le fait rire.

« Est-ce qu'il saurait que c'est moi ? »

Non. Imaginons simplement ce garçon de 18 ans découvrant ces chansons.

Cette fois, Jacob réfléchit.

« Je pense que le moi de cette époque aurait vraiment aimé toutes les chansons de l'album. »

La réponse boucle étrangement notre conversation. Douze ans de Corée, une carrière avec The Boyz et désormais un premier projet personnel. Mais les goûts du garçon qui voulait simplement faire de la musique sont toujours là.

« C'est le genre de chansons avec lesquelles j'ai grandi. Je pense même que j'aurais pu les utiliser pour m'entraîner quand j'étais trainee. »

Lorsque je lui demande finalement ce que ces douze années en Corée ont laissé dans j., Jacob ne sépare plus vraiment son parcours individuel de celui du groupe.

« Cet album a pu exister grâce aux expériences que j'ai vécues ici pendant douze ans. Tout ce que j'ai absorbé, toutes les expériences avec The Boyz et toutes les personnes que j'ai rencontrées grâce au groupe m'ont aidé à le terminer. Cela m'a donné davantage de choses à imaginer et auxquelles réfléchir. »

Puis il conclut simplement.

« Sans The Boyz, cet album n'aurait jamais existé. »

Dans le café toujours aussi bruyant de Sinsa, la Playlist devra attendre encore un peu. L'histoire, elle, semble avoir trouvé sa conclusion. En 2015, Jacob était arrivé en Corée pour tenter une expérience. Douze ans plus tard, lorsqu'il raconte ce qui l'a retenu et façonné, il revient finalement toujours au même endroit. Aux personnes rencontrées, aux liens créés et à cette définition très simple du foyer qu'il avait donnée quelques minutes plus tôt.

Un endroit devient chez soi lorsque les bonnes personnes vous y entourent.

Jacob sur une photo promotionnelle de son premier album solo numérique j., publiée le 10 juin 2026, jour de la sortie du projet. © HighBreed Entertainment

Jacob sur une photo promotionnelle de son premier album solo numérique j., publiée le 10 juin 2026, jour de la sortie du projet. © HighBreed Entertainment



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