Journalistes honoraires

26.08.2026

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Sandrine, artiste peintre, et Romain, chef-cuisinier, tous deux installés à Jeju. © Sandrine et Romain

Sandrine, artiste peintre, et Romain, chef-cuisinier, tous deux installés à Jeju. © Sandrine et Romain



Par Nathalie Fisz

L'île de Jeju est-elle révélatrice des talents et vocations de nos compatriotes ? Je vais finir par en être totalement persuadée. Cet été, j’ai fait connaissance avec deux personnalités passionnées qui ont du talent, et ont eu le courage de vivre leur rêve, en partant s’établir sur la plus célèbre des îles de Corée.

Sandrine, de nom d’artiste Octhima, est originaire de Marseille. Elle avait en apparence tout pour vivre une vie confortable, mais il lui manquait de quoi s’accomplir artistiquement. Son premier voyage en Corée en 2023, est une révélation. Romain, après avoir suivi sa mère aux fourneaux, devient cuisinier. Il rencontre son épouse coréenne du même métier, et lors d’un voyage en Corée, en 2008, il a une révélation.

Partons à leur rencontre.

Sandrine lors d’un atelier consacré à sa série Moon Jars, à Marseille, en août 2026. © Octhima.art

Sandrine lors d’un atelier consacré à sa série Moon Jars, à Marseille, en août 2026. © Octhima.art


Sandrine a toujours eu un grand intérêt pour l’Asie. Elle étudie le chinois et le japonais, puis sa curiosité se porte vers la Corée. Elle a une passion pour le dessin, sans en faire son métier premier. Études de droit, carrière dans l’administration : elle poursuit une vie stable. Mais artistiquement, elle a le sentiment de ne pas être totalement à sa place.

En 2023, elle se rend pour la première fois en Corée, qui devient une expérience réelle et une immense source d’inspiration artistique. Elle aime ses animaux symboliques, ses couleurs, hanboks, légendes, palais, et cette manière de faire cohabiter tradition et modernité. Elle veut savoir jusqu’où elle peut aller en se consacrant réellement à l’art et se dit que si elle ne tente pas cette aventure, elle va le regretter toute sa vie. Elle prend la décision radicale de quitter temporairement cette sécurité pour vivre en Corée avec deux de ses enfants.

« J’ai grandi avec une culture artistique européenne extrêmement riche, mais un artiste ne choisit pas toujours rationnellement ce qui va l’inspirer. » Sandrine s’installe alors à Jeju et devient Octhima, contraction du prénom de ses enfants : Océane, Thibault et Maelyne.

Partir est sans doute l’une des dimensions les plus difficiles de son aventure, explique-t-elle. Le public retient les expositions, les rencontres ou les réussites. Mais, il y a la réalité quotidienne d’une famille qui change de pays : éloignement, démarches administratives, langue, finances, moments de solitude, périodes de doute. « Mes enfants vivent avec moi une expérience assez extraordinaire. J’espère qu’ils en retiendront qu’il n’existe pas forcément d’âge pour changer de vie ».

Octhima estime que son expérience à Jeju est globalement très positive. Elle a rencontré beaucoup de personnes bienveillantes et certaines ont encouragé son travail, malgré la barrière linguistique pouvant créer une forme d’isolement. L'île possède selon elle une atmosphère très particulière. « On est entouré par la mer, les paysages volcaniques, le vent, la nature. Pour une artiste qui peint les animaux et la nature, c’est un environnement extrêmement inspirant. Vivre sur une île n’est pas la même chose qu’y passer des vacances. En hiver, avec le vent, le froid et l’éloignement, on ressent davantage l’insularité. J’aime ces deux visages de la Corée, l’énergie incroyable de Séoul et la relation beaucoup plus intime avec la nature que j’ai trouvée à Jeju. »

Après sa première exposition personnelle à Jeju, Octhima ouvre une exposition à la galerie Verger, à Séoul en 2025, intitulée « Fables d’Orient et d’Occident ». Octhima dit avoir été si émue de voir son œuvre, sur laquelle elle avait tant travaillé exposée sur sa chère île de Jeju. On lui dit que son art est très atypique, car il puise dans les couleurs associées aux traditions coréennes, tout en reflétant sa touche française.

Elle aime expérimenter les matières, reliefs, textures, les effets irisés ou métalliques et différents médiums. Sa série autour des jarres de lune part d’une forme emblématique de l’art coréen, qu’elle transforme en support narratif pour raconter Jeju, les animaux, les paysages ou les symboles de Corée.

« Au début, je voulais simplement peindre et raconter ce qui me touchait. Aujourd’hui, cette idée de créer un pont entre les deux cultures me plaît énormément. Je reste une artiste française, mais une grande partie de mon inspiration vient de la Corée. Si mon travail peut donner envie à un Français de découvrir un symbole coréen ou permettre à un Coréen de redécouvrir un élément de sa propre culture à travers le regard d’une française, alors je trouve cela très beau. »

« Les animaux sont présents dans mon imaginaire depuis l’enfance. Je les ai toujours trouvés fascinants et ils sont devenus les personnages principaux de mon travail. L’idée correspond exactement à ce que je cherche aujourd’hui dans mon travail : créer un dialogue entre deux imaginaires. Les Fables de La Fontaine font partie de notre patrimoine culturel français. Les animaux parlent des êtres humains, de leurs qualités, de leurs défauts et de la société. En découvrant la culture coréenne, j’ai retrouvé cette présence extrêmement forte des animaux dans les légendes, les contes et les symboles. Le rapprochement m’a semblé naturel. »

« J’aimais aussi l’idée qu’un visiteur coréen puisse découvrir ou redécouvrir une histoire française à travers un langage universel : celui des animaux. Les réactions étaient particulièrement intéressantes lorsque j’expliquais la morale derrière une œuvre. À ce moment-là, le tableau n’était plus simplement esthétique : il devenait le point de départ d’une conversation. »

« Je ne prétends pas qu’un tableau puisse à lui seul changer le monde, mais l’art possède la capacité extraordinaire de créer une émotion avant même de créer une réflexion. Lorsque quelqu’un s’arrête devant le regard, d’une chouette, une grue, un tigre ou un autre animal que j’ai peint, j’aimerais qu’il ne voit pas seulement une belle image. J’essaie de donner énormément d’expression aux regards de mes animaux parce que je veux créer cette rencontre silencieuse entre l’animal et celui qui observe l’œuvre. Si cette émotion peut rappeler que certaines espèces, paysages et écosystèmes sont fragiles et peuvent disparaître, alors oui, mon art peut aussi devenir une forme de sensibilisation. »

« Mon parcours n’est pas l’histoire de quelqu’un qui a toujours su qu’elle deviendrait artiste. Pendant très longtemps, j’ai eu peur de me lancer. J’avais choisi une voie raisonnable. Partir en Corée n’a pas rendu les choses plus faciles. Il y a eu énormément d’obstacles, de doutes et de déceptions. Mais ce pays a profondément transformé ma manière de créer et m’a permis de trouver une identité artistique qui me ressemble. Si mon parcours peut transmettre un autre message, ce serait qu’il n’est jamais trop tard pour essayer. »

Romain avec son épouse coréenne et leurs filles, en juillet 2026. © Romain Rivier

Romain avec son épouse coréenne et leurs filles, en juillet 2026. © Romain Rivier


Romain file derrière les fourneaux de sa mère dès l'âge de 13 ans, avant de rejoindre un restaurant étoilé Michelin du sud de la France, en pré-apprentissage. Puis il revient sur Paris, et travaille dans les palaces. Après vient la période événementielle avec de nouvelles méthodes de travail. Il intègre Potel et Chabot, célèbre traiteur haut de gamme, tient des postes de restauration à Roland-Garros, est chef de secteur pendant la coupe du monde au Qatar en 2022.

Au départ, il ne connaît pas la Corée et sa culture, ni sa cuisine, mais il va rencontrer celle qui deviendra son épouse et qui est native du pays. Elle vient à Paris apprendre la cuisine à l’Institut Le Cordon bleu. Examen en poche, elle entre en stage dans un grand restaurant parisien. Ils se rencontrent et restent un certain nombre d’années à Paris.

En 2008, Romain se rend en Corée pour la première fois. Foulant le sol de l’aéroport d’Incheon, il comprend qu’il va accomplir quelque chose. Après la pandémie de Covid-19, la reprise du travail est dure dans les restaurants parisiens. Sa femme et lui veulent prendre leur envol personnel et professionnel. Ils prennent la décision de partir s’établir en Corée, à Jeju. Sa mère les encourage à tenter l’aventure familiale.

Romain estime qu'en étant français, il n’est pas difficile de trouver de concept. Mais il doit se résigner, constatant que la gastronomie française n’est pas forcément attirante pour la population locale.

Sa première affaire s'appelle Monsieur Léonard, en 2022, avec de la pâtisserie et des gâteaux personnalisés. Mais ils ressentent le besoin de faire la cuisine. Ils changent alors le nom de l’établissement qui devient Apis en 2023.

Romain veut préserver le goût simple des aliments. « Je ne cache aucune saveur avec diverses épices car je ne sais pas cuisiner aux épices. Je recherche le vrai goût qui est très important pour moi. Je cuisine français avec des produits locaux. »

Romain travaille avec un producteur qui s’occupe de son potager et le fournit en herbes et salades. il fait son marché selon les saisons, car par exemple, les tomates, on ne les trouve en Corée que trois mois par an. Il a toujours à cœur de recevoir de la meilleure manière possible celles et ceux qui viennent au restaurant. Il accueille également les personnes se rendant à Jeju qui souhaitent être accompagnées pendant leur séjour.

La clientèle d’Apis est très variée. Au début, Romain souhaitait cibler un public précis et contribuer à faire évoluer les habitudes alimentaires des habitants de Jeju en leur faisant découvrir autre chose que la cuisine coréenne. Il estime toutefois qu’il est difficile de définir une clientèle cible en Corée.

Aujourd’hui, son restaurant accueille aussi bien des touristes étrangers que des voyageurs français et des Coréens de passage à Jeju. Apis est également très apprécié pour les premiers rendez-vous amoureux. De nombreux couples s’y rencontrent pour la première fois, ce qui amuse et touche beaucoup Romain. « C’est assez drôle et mignon de les voir adopter des comportements timides. Cela me touche beaucoup que des jeunes couples, ou pas, choisissent mon restaurant pour peut-être donner naissance à une histoire d’amour. »

Romain gère aussi un groupe Facebook dédié au partage et aux échanges autour de la Corée et sa culture, qui compte aujourd’hui plus de 12 000 abonnés.

Quelques mots encore

Ainsi j’ai fait la connaissance d’Octhima et de Romain, deux personnalités attachantes et talentueuses. Bien entendu Jeju regorge de trésors, mais si vous y passez, surtout prenez le temps d’aller les rencontrer.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr