Journalistes honoraires

26.08.2026

Voir cet article dans une autre langue
  • 한국어
  • English
  • 日本語
  • 中文
  • العربية
  • Español
  • Français
  • Deutsch
  • Pусский
  • Tiếng Việt
  • Indonesian
Marième Hernandez, fondatrice du Festival des séries d’Asie qui tiendra sa première édition à Paris les 5 et 6 septembre © Audrey Baunez

Marième Hernandez, fondatrice du Festival des séries d’Asie qui tiendra sa première édition à Paris les 5 et 6 septembre © Audrey Baunez


Par Lantou Onirina

Les 5 et 6 septembre, Paris accueillera la première édition du Festival des séries d’Asie. Projections, rencontres culturelles et rendez-vous professionnels investiront la Dalle Beaugrenelle et l’école de cinéma ESRA, avec une place particulière accordée cette année à la Corée.

À l’origine du projet, Marième Hernandez connaît elle-même bien la Hallyu. Après avoir découvert la K-pop au lycée puis les séries coréennes, elle a voyagé à plusieurs reprises en Corée, étudié le coréen et participé au programme K-Influencer. Mais son festival est né d’une autre envie : celle de faire travailler ensemble les industries audiovisuelles françaises et asiatiques.

Premier volet d’une série de trois rencontres consacrées au festival, cet entretien revient sur la naissance du projet, sa dimension franco-coréenne et son ambition de réunir, dans un même événement, curieux, passionnés et professionnels.

Lantou Onirina : Votre parcours ne vous destinait pas forcément à créer un festival audiovisuel. Comment cette idée est-elle née ?

Marième Hernandez : J’ai étudié en école de commerce et travaillé dans le marketing mais j’ai toujours eu un pied dans l’artistique. Pendant mes études, j’étais bookeuse pour des comédiens. J’ai aussi été correspondante de presse culturelle, mannequin et j’ai longtemps voulu être actrice.

Pendant le Covid, j’ai participé au tournage d’une série avec la réalisatrice Laura Kutika. Cela m’a donné envie d’écrire. J’avais notamment un projet de science-fiction et je me suis demandé avec qui je pourrais le développer. En France, ce type de production reste assez rare. Comme je connaissais déjà bien la Corée et son industrie du divertissement, je me suis dit que je pourrais peut-être y trouver des professionnels intéressés par ce genre de projet.

L’idée est restée. Je suis retournée dans le business, tout en gardant cette envie de cinéma et d’audiovisuel. Et puis, l’année dernière, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je tente quelque chose. J’ai commencé à travailler sur le festival en novembre 2025.

Pourquoi avoir finalement imaginé un festival consacré à toute l’Asie, plutôt qu’uniquement à la Corée ?

J’ai découvert une grande partie de la culture coréenne à travers les K-dramas et je pense que le soft power permet vraiment d’aller au-delà des stéréotypes. J’ai eu envie de faire la même chose avec d’autres pays.

Je regarde des K-dramas, des C-dramas, des J-dramas, quelques séries thaïlandaises… mais j’ai aussi encore énormément de choses à découvrir. C’est justement ce qui m’intéresse. Lorsque je voyage en Asie, je découvre parfois des sociétés très différentes de l’image que nous en avons en France.

À travers l’écran, j’aimerais montrer d’autres façons de vivre, de penser et de faire de l’audiovisuel. Les séries peuvent devenir un premier pont. Ensuite, ces échanges peuvent aller beaucoup plus loin, dans l’audiovisuel bien sûr, mais aussi dans d’autres domaines.

Cette première édition met particulièrement la Corée à l’honneur. Était-ce une évidence pour vous ?

La Corée occupe une place importante dans mon parcours, donc il était assez naturel qu’elle soit mise en avant pour cette première édition. En revanche, le fait que le festival ait lieu l’année des 140 ans des relations diplomatiques entre la France et la Corée n’était absolument pas prévu ! Je ne l’ai découvert qu’ensuite. C’est une très belle coïncidence, même si cela signifie aussi qu’il y a énormément d’événements consacrés à la Corée cette année. Il faut donc réussir à trouver sa place.

Le festival s’adresse-t-il d’abord aux personnes qui connaissent déjà les séries asiatiques ?

Justement, je l’ai beaucoup pensé pour les curieux. Les fans vont bien sûr venir. Et les plus passionnés connaîtront probablement déjà une partie des contenus. Mais j’aimerais surtout attirer des personnes qui ne connaissent pas du tout cet univers et qui ont envie de le découvrir.

C’est aussi pour cela que les projections sont gratuites. Quelqu’un peut venir, regarder quelque chose qu’il n’aurait jamais pensé regarder auparavant et peut-être découvrir une autre culture à travers une série.

Autour des projections, nous avons aussi voulu proposer des activités culturelles. Il sera possible de découvrir des tenues traditionnelles, des associations, des jeux ou de la gastronomie. L’idée est vraiment de pouvoir passer de ce que l’on voit à l’écran à une découverte plus large des cultures asiatiques.

Affiche officielle de la première édition du Festival des séries d’Asie, organisée à Paris les 5 et 6 septembre 2026. © Festival des séries d’Asie

Affiche officielle de la première édition du Festival des séries d’Asie, organisée à Paris les 5 et 6 septembre 2026. © Festival des séries d’Asie


Mais vous avez également conçu une partie importante du festival pour les professionnels. Pourquoi cette double dimension ?

Parce que dès le départ, je ne voulais pas uniquement diffuser des séries et dire : « Regardez comme l’Asie est formidable. » La question qui m’intéresse est : comment pouvons-nous travailler ensemble ?

Je voulais que le festival puisse favoriser la coproduction et permettre aux professionnels français de rencontrer des professionnels asiatiques. Il y aura des masterclass, des rencontres, du networking. Mais nous voulons aussi prolonger ce travail pendant l’année avec des panels réunissant des producteurs français et asiatiques.

Travailler avec certains marchés asiatiques peut être difficile lorsque l’on ne possède pas déjà les bons contacts. Nous avons justement envie de créer des passerelles et de nous appuyer sur des personnes qui connaissent les deux environnements.

Vous parlez souvent d’« ouvrir les portes ». Cela concerne aussi les jeunes créateurs et les talents émergents ?

Oui, c’est extrêmement important pour moi. Il y a énormément de talents en France mais il est tellement difficile d’entrer dans l’industrie lorsque l’on ne possède pas encore de réseau.

Même dans les festivals professionnels, ce n’est pas toujours évident de créer des contacts quand on débute. J’aimerais casser un peu cette barrière. Comment un scénariste rencontre-t-il un producteur ? Comment trouve-t-on des financements ? Comment découvre-t-on des partenaires à l’étranger lorsque personne dans notre entourage ne travaille avec eux ?

Le festival doit aussi permettre cela. Nous avons prévu des initiatives pour les scénaristes et les comédiens et nous travaillons avec des partenaires qui peuvent apporter des opportunités concrètes. J’aimerais vraiment que de nouveaux talents puissent émerger et que l’on voie naître en France des productions différentes de celles que nous connaissons déjà.

Le succès des séries coréennes a beaucoup changé leur visibilité en France. Le regard des professionnels a-t-il évolué lui aussi ?

Je pense qu’il existe aujourd’hui une vraie volonté française de travailler avec la Corée. De mon point de vue, nous avons énormément à regarder du côté de l’Asie en matière de créativité et d’innovation. En France, nous avons une industrie installée et des modèles que nous maîtrisons très bien, ce qui peut parfois nous conduire à évoluer plus lentement. À l’inverse, la Corée me paraît très tournée vers l’expérimentation et les nouveaux usages. Elle teste, elle innove, elle cherche de nouveaux formats. C’est cette capacité à se renouveler qui me semble particulièrement intéressante à observer.

La Corée a montré sa capacité à proposer des œuvres très différentes et à les faire voyager. Ce qui m’intéresse, ce n’est donc pas seulement de constater le succès des K-dramas auprès du public français. Je voudrais aussi montrer aux professionnels coréens qu’il existe ici des personnes qui veulent travailler avec eux.

Pendant longtemps, on a surtout vu l’intérêt des fans. Or il existe également un intérêt professionnel. Pour moi, c’est l’étape suivante.

Est-ce que cela signifie que le festival pourrait, à terme, faire naître de véritables coproductions franco-asiatiques ?

C’est vraiment l’un de mes objectifs. C’est même une des raisons pour lesquelles j’ai créé ce festival.

Quand j’ai commencé à réfléchir à mes propres projets, je me demandais comment travailler avec l’étranger. Puis j’ai vu des exemples de coproductions entre différents pays d’Asie et je me suis dit : pourquoi pas nous ?

La France intéresse beaucoup les Coréens et, inversement, l’intérêt français pour la Corée est évident. Il reste à créer davantage d’occasions pour que les professionnels des deux pays se rencontrent et imaginent ensemble des histoires qui puissent mélanger les deux cultures.

Quelle ambition avez-vous pour le Festival des séries d’Asie à plus long terme ?

Qu’il devienne aussi grand que Cannes ou Monte-Carlo ! Je suis partie avec cette ambition dès le début.

Chaque édition aura un pays mis en avant tout en continuant à représenter l’ensemble de l’Asie. Cette année, c’est la Corée. En 2027, nous mettrons la Chine à l’honneur et, en 2028, nous souhaitons consacrer cette place particulière au Japon, à l’occasion des 170 ans des relations diplomatiques entre la France et le Japon.

Mais je veux surtout construire des collaborations sur le long terme. L’idée n’est pas de parler d’un pays une année puis de passer au suivant. Nous voulons créer un véritable rendez-vous entre la France et les différentes industries audiovisuelles asiatiques.

Monter une première édition aussi ambitieuse en quelques mois peut sembler vertigineux. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui rêve lui aussi de créer son propre projet ?

Il faut surtout être bien entouré et avoir autour de soi des personnes qui croient autant dans votre rêve que vous. Un projet comme celui-ci ne peut pas reposer sur une seule personne. Chacun apporte ses compétences, ses idées, son réseau et parfois aussi une autre manière de voir les choses. Cela permet d’avancer plus vite, mais aussi de ne pas s’épuiser en essayant de tout porter seul. Et dans les moments de doute, avoir des personnes qui continuent à croire au projet fait vraiment la différence.

Il y a eu des moments difficiles et des déceptions. Certains lieux que j’avais imaginés au départ n’étaient pas disponibles. Sur le moment, je l’ai mal vécu et, finalement, nous avons peut-être trouvé encore mieux avec la Dalle Beaugrenelle et l’ESRA. C’est aussi cela, construire un projet : accepter qu’il évolue et que certaines difficultés puissent finalement vous conduire vers d’autres opportunités.

Je crois aussi qu’il faut montrer ce que l’on sait faire. Quand personne ne vous donne encore l’opportunité que vous attendez, il faut essayer de créer quelque chose soi-même. Les projets parlent pour vous. Mais il ne faut pas non plus rester uniquement concentré sur son propre projet. Il faut aller aux événements, rencontrer des gens, proposer son aide, s’intéresser à ce que les autres construisent. C’est comme cela que les relations se créent et qu’un réseau se forme progressivement.

Et surtout, il faut persévérer. Beaucoup de personnes pourraient penser que j’ai commencé à travailler sur le festival en novembre et que tout s’est fait en quelques mois. En réalité, j’essaie d’entrer dans le cinéma depuis très longtemps. J’ai passé mon premier casting à 17 ans et j’en ai 33 aujourd’hui. Les événements auxquels j’ai participé, les projets sur lesquels j’ai travaillé, les personnes que j’ai rencontrées au fil des années ont toutes contribué, d’une manière ou d’une autre, à rendre ce festival possible aujourd’hui.

Derrière beaucoup de réussites que l’on voit apparaître soudainement, il y a parfois dix ans de travail, de rencontres, de détours et de projets qui ont construit le chemin.

La série coréenne « Phantom School » fait partie des œuvres présentées lors du Festival des séries d’Asie du 5 et 6 septembre 2026 © Festival des séries d'Asie

La série coréenne « Phantom School » fait partie des œuvres présentées lors du Festival des séries d’Asie du 5 et 6 septembre 2026 © Festival des séries d'Asie



Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr