Journalistes honoraires

31.08.2026

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Oh Ye-seul réalise un décor futuriste pour le clip de la chanson « Unique » du groupe de K-pop P1Harmony, dans un studio de Namyangju, au nord-est de Séoul, en avril 2026. Le décor est conçu pour produire différents effets selon les angles de prise de vue. © Color Hunter

Oh Ye-seul réalise un décor futuriste pour le clip de la chanson « Unique » du groupe de K-pop P1Harmony, dans un studio de Namyangju, au nord-est de Séoul, en avril 2026. Le décor est conçu pour produire différents effets selon les angles de prise de vue. © Color Hunter



Par Jasmin Mikolay

Du 2 au 6 septembre, la foire d’art contemportain Kiaf 2026 se tiendra au centre des expositions Coex sous le thème « Coexistence », tandis que sa consœur britannique Frieze Seoul se déroulera en parallèle du 2 au 5 septembre. Cette année, la Kiaf met notamment en lumière la valeur durable de la créativité et de la perception humaines à l'heure où les technologies évoluent à grande vitesse.

Cette réflexion trouve un écho particulier dans le travail de l'artiste coréenne Oh Ye-seul. À la tête du studio créatif Color Hunter, elle crée avec son équipe des décors peints à la main pour des clips de K-pop, des productions publicitaires et des projets d'art public. Pinceaux, peinture et aérographe donnent ainsi naissance à des univers destinés à la caméra, à une époque où l'intelligence artificielle et les images générées par ordinateur occupent une place croissante dans les industries créatives.

Color Hunter a notamment collaboré à des productions pour des artistes comme BTS, Blackpink, Bigbang, Twice et Itzy. Plus récemment, en 2026, le studio a travaillé sur les décors de Unique de P1Harmony, sorti le 12 mars, de Run It de Stray Kids, dévoilé le 24 juin, et de Bad d'Ateez, sorti le 26 juin. Les œuvres d'Oh Ye-seul sont également apparues dans la vidéo d'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang, en 2018.

De la surface vierge au motif achevé : le décor en noir et blanc du clip « Run It » de Stray Kids prend forme étape par étape au S. Studio de Paju, dans la province du Gyeonggi, en juin 2026. © Color Hunter

De la surface vierge au motif achevé : le décor en noir et blanc du clip « Run It » de Stray Kids prend forme étape par étape au S. Studio de Paju, dans la province du Gyeonggi, en juin 2026. © Color Hunter


Jasmin Mikolay : Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter comment votre parcours artistique vous a menée jusqu'à Color Hunter ?

Oh Ye-seul : Je suis la fondatrice et directrice artistique de Color Hunter, un collectif d'artistes spécialisé dans la peinture depuis près de vingt ans. Pour chaque projet, nous accordons une grande importance à la qualité du travail et au soin apporté à sa réalisation. La peinture m'accompagne depuis toujours. Dès mes années universitaires, j'ai participé à la réalisation de peintures murales dans l'espace public, en Corée comme à l'étranger. C'est ensuite un peu par hasard que j'ai commencé à travailler sur des décors peints à la main pour des clips musicaux. Cette première expérience m'a progressivement conduite vers d'autres projets liés à la K-pop, à la publicité et à l'espace public. Aujourd'hui, j'interviens partout où l'art et la peinture peuvent donner vie à un lieu. Peindre reste ce que j'aime le plus. Chaque nouveau projet continue de m'enthousiasmer, et ce qui me fascine particulièrement, c'est de voir une simple idée prendre forme, étape après étape, jusqu'à devenir une œuvre.

Comment définiriez-vous votre univers artistique ?

J'aime décrire mon travail comme une manière de « peindre l'énergie ». Qu'il s'agisse de décors monumentaux pour des clips ou d'œuvres de plus petit format destinées à des expositions, je cherche à rendre perceptibles la vitalité, le mouvement et l'énergie. Les formes changent, mais cette intention reste la même. Dans les projets de commande, je travaille naturellement en fonction des attentes du client. Mes créations personnelles me permettent, elles, d'exprimer plus librement mes propres pensées et émotions, et c'est une dimension de mon travail que j'aimerais développer davantage à l'avenir. Même si l'intelligence artificielle transforme aujourd'hui les industries créatives, je reste convaincue qu'aucune technologie ne peut remplacer la matière d'un coup de pinceau ni l'expérience physique de la création dans un espace réel. J'aimerais que mes œuvres invitent le public à s'arrêter un instant pour ressentir pleinement l'énergie d'un lieu.

L'art à grande échelle est un travail d'équipe : Oh Ye-seul et les membres de Color Hunter lors de la réalisation de peintures murales et d'éléments de décor entre 2021 et 2026. Les images ont été prises dans un studio de Paju (en haut), au parc Ichon Hangang à Séoul (en bas à gauche) et dans l'atelier de Color Hunter à Yongin (en bas à droite). © Color Hunter

L'art à grande échelle est un travail d'équipe : Oh Ye-seul et les membres de Color Hunter lors de la réalisation de peintures murales et d'éléments de décor entre 2021 et 2026. Les images ont été prises dans un studio de Paju (en haut), au parc Ichon Hangang à Séoul (en bas à gauche) et dans l'atelier de Color Hunter à Yongin (en bas à droite). © Color Hunter


Vous réalisez souvent des œuvres de très grande échelle. Comment s'organise le travail au sein de votre équipe ?

Les projets de cette ampleur ne peuvent se réaliser qu'en équipe. Mes assistants et moi travaillons donc en étroite collaboration et nous répartissons les différentes tâches. Pour que l'ensemble reste cohérent, je définis d'abord la direction artistique du projet, puis j'interviens également lors des dernières étapes et des finitions. Mon rôle consiste en quelque sorte à réunir tous ces éléments pour qu'ils forment une seule œuvre.

Vous avez créé des décors pour de nombreux artistes de K-pop. Qu'est-ce qui rend ce travail si particulier à vos yeux ?

Lorsque nous recevons une commande, le concept général est généralement déjà défini. Mais une fois sur place, nous adaptons constamment notre travail à l'espace et aux mouvements de caméra. J'accompagne ce processus créatif du début à la fin afin que chaque élément trouve naturellement sa place dans l'ensemble de la production. Alors même que l'intelligence artificielle et les effets générés par ordinateur progressent très rapidement, j'ai plutôt le sentiment que l'art réalisé à la main gagne en importance. Ce n'est plus seulement le décor achevé qui compte : le processus même de sa création devient une partie de l'œuvre. C'est précisément ce qui rend ce travail si particulier à mes yeux.

Travail de précision pour le clip « Ceremony » de Stray Kids : au M. Studio de Yongin, dans la province du Gyeonggi, Oh Ye-seul prépare les couleurs et peint les accessoires à l'aérographe en août 2025. Chaque teinte et chaque détail sont travaillés en fonction de leur rendu à l'image. © Color Hunter

Travail de précision pour le clip « Ceremony » de Stray Kids : dans le studio de Yongin, Oh Ye-seul prépare les couleurs et peint les accessoires à l'aérographe, en août 2025. Chaque teinte et chaque détail sont travaillés en fonction de leur rendu à l'image. © Color Hunter


Combien de temps faut-il pour réaliser à la main un décor destiné à un clip ?

La décision de peindre un décor, et la manière de le faire, peut être prise un mois avant le tournage, mais parfois seulement une semaine à l'avance. Les idées et les esquisses continuent souvent d'évoluer jusqu'aux derniers jours afin d'obtenir le meilleur résultat possible. Au final, il reste étonnamment peu de temps pour peindre. Même les décors de très grande taille doivent généralement être achevés en deux ou trois jours. Et nous ne travaillons pas seuls : sur le plateau, de nombreuses équipes interviennent simultanément, de la construction des décors aux différents départements de production. Une coordination étroite est donc indispensable. Les délais sont tellement serrés que le moindre retard peut avoir des conséquences sur l'ensemble du tournage. Nous préparons donc notre travail dans les moindres détails, anticipons différents scénarios et testons à l'avance de nouvelles techniques de peinture sur des échantillons. Cette préparation nous permet d'obtenir le résultat recherché, même sous une forte pression. Dans notre milieu, travailler aussi rapidement et efficacement que possible est presque devenu une règle tacite.

Quelles sont les principales différences entre la création d'une œuvre dans l'espace public et celle d'un décor pour un clip ?

Une peinture murale dans l'espace public est conçue pour durer de nombreuses années. Nous utilisons donc des matériaux particulièrement résistants et prenons en compte dès la conception des éléments comme les conditions météorologiques et l'emplacement. Pour un décor de clip, en revanche, la priorité est son rendu à l'image. Nous pouvons expérimenter plus librement avec les matériaux et les techniques, même si la plupart de ces décors disparaissent une fois le tournage terminé. C'est là, pour moi, que réside la différence essentielle. Une peinture murale est observée de près par les visiteurs dans un espace réel. Un décor de clip, lui, doit résister au regard des caméras haute définition, sous tous les angles imaginables. Dans les deux cas, nous devons donc être extrêmement attentifs au moindre détail. À mes yeux, le travail sur une œuvre ne s'arrête d'ailleurs pas lorsqu'elle est achevée. L'art dans l'espace public doit être entretenu et préservé. Avec le temps, les couleurs s'estompent et les conditions extérieures laissent leurs traces. La restauration et le rafraîchissement régulier des peintures murales font donc également partie de ce travail. Lorsqu'une œuvre est devenue une part des souvenirs de nombreuses personnes, elle mérite d'être préservée pour les générations futures.

Aperçu de décors réalisés par Oh Ye-seul et l'équipe de Color Hunter dans des studios de Yongin et de Paju : « ParadoXXX Invasion » d'Enhypen (2022, en haut à gauche), « Moonwalking » de LGShot (2026, en haut à droite), « Bad » d'Ateez (2026, en bas à gauche) et « Sugar Rush Ride » de Tomorrow X Together (TXT) (2023, en bas à droite). © Color Hunter

Aperçu de décors réalisés par Oh Ye-seul et l'équipe de Color Hunter dans des studios de Yongin et de Paju : « ParadoXXX Invasion » d'Enhypen (2022, en haut à gauche), « Moonwalking » de Lngshot (2026, en haut à droite), « Bad » d'Ateez (2026, en bas à gauche) et « Sugar Rush Ride » de Tomorrow X Together (TXT) (2023, en bas à droite). © Color Hunter


La couleur occupe une place centrale dans votre travail. Comment choisissez-vous vos palettes ?

La moindre variation de couleur peut modifier la manière dont une œuvre est perçue. Je consacre donc beaucoup de temps à mélanger les teintes et à trouver le juste équilibre entre elles. Je ne cherche pas nécessairement les couleurs les plus vives. Ce qui m'intéresse, ce sont les associations capables de transmettre au mieux l'atmosphère recherchée. Lorsque les couleurs trouvent leur équilibre, elles donnent au lieu une forme de vitalité et d'énergie.

Parmi vos œuvres dans l'espace public figure notamment la célèbre fresque consacrée à BTS au Gamcheon Culture Village de Busan. Que représente-t-elle pour vous ?

Cette fresque consacrée à BTS fait partie des projets auxquels je suis particulièrement attachée. J'en ai moi-même conçu et réalisé le motif original. Je n'ai malheureusement pas pu participer à sa restauration la plus récente, mais je suis très heureuse que le dessin d'origine ait été préservé. Comme je le disais, pour moi, une œuvre ne cesse pas d'exister une fois terminée. L'art public doit être entretenu et préservé. Lorsqu'une peinture murale devient une partie des souvenirs d'un grand nombre de personnes, elle mérite de continuer à vivre pour les générations suivantes. Cela signifie aussi, avec le temps, redonner de l'éclat à ses couleurs.

Art dans l’espace public : la fresque consacrée à RM réalisée par Oh Ye-seul au Goyang Tourist Information Center en 2021 (en haut à gauche), une peinture murale réalisée sur la côte en 2018 (en haut à droite), ainsi que la fresque consacrée à BTS, conçue et réalisée par l’artiste en 2021 au Gamcheon Culture Village de Busan et représentant Jung Kook et Jimin, tous deux originaires de Busan (en bas). © Color Hunter

Art dans l’espace public : la fresque consacrée à RM réalisée par Oh Ye-seul au Goyang Tourist Information Center en 2021 (en haut à gauche), une peinture murale réalisée sur la côte en 2018 (en haut à droite), ainsi que la fresque consacrée à BTS, conçue et réalisée par l’artiste en 2021 au Gamcheon Culture Village de Busan et représentant Jung Kook et Jimin, tous deux originaires de Busan (en bas). © Color Hunter


Y a-t-il une distinction, un projet ou un moment de votre parcours qui vous a particulièrement marquée ?

Bien sûr, chaque distinction et chaque projet couronné de succès me fait plaisir. Mais ce qui compte encore davantage pour moi, c'est de pouvoir continuer à avancer sur mon propre chemin artistique. Parallèlement à mes projets commerciaux, je participe régulièrement à des expositions et je poursuis mon travail personnel. Cette pratique est essentielle pour moi. Les commandes répondent souvent aux attentes d'un client, tandis que mes œuvres personnelles me permettent de développer mon propre langage visuel et de continuer à évoluer en tant qu'artiste.

Oh Ye-seul devant l’une de ses peintures abstraites lors de la 13e exposition des membres de la Korean Women’s Art Association, organisée à la Ol Gallery du 10 au 20 décembre 2025 (à gauche), et une œuvre murale réalisée en collaboration avec l’artiste Park Hye-soo pour l’exposition « Where the Small Begins » au Gyeonggi Museum of Modern Art, présentée du 19 novembre 2025 au 22 février 2026 (à droite). © Color Hunter

Oh Ye-seul devant l’une de ses peintures abstraites lors de la 13e exposition des membres de la Korean Women’s Art Association, organisée à la Ol Gallery du 10 au 20 décembre 2025 (à gauche), et une œuvre murale réalisée en collaboration avec l’artiste Park Hye-soo pour l’exposition « Where the Small Begins » au Gyeonggi Museum of Modern Art, présentée du 19 novembre 2025 au 22 février 2026 (à droite). © Color Hunter


Quels projets aimeriez-vous développer à l'avenir ?

La K-pop, la cuisine coréenne et, plus largement, la culture coréenne suscitent aujourd'hui un immense intérêt à travers le monde. J'aimerais que les arts visuels coréens bénéficient eux aussi d'une attention internationale toujours plus grande. Si mon travail peut donner envie à certaines personnes de découvrir la peinture murale ou l'art contemporain coréen, j'en serais très heureuse. À travers mes œuvres, j'aimerais transmettre l'énergie, les couleurs et la créativité propres à la Corée, tout en montrant la diversité de sa scène artistique actuelle. J'espère également créer davantage d'œuvres qui expriment mon propre regard et mes histoires personnelles. Et j'aimerais travailler non seulement en Corée, mais aussi à l'étranger, afin de laisser mes œuvres dans différents lieux à travers le monde. Ce qui m'attire particulièrement, ce sont les œuvres capables d'accompagner les gens pendant de nombreuses années. Je souhaite créer des projets qui ne retiennent pas l'attention seulement l'espace d'un instant, mais qui restent dans les mémoires et finissent par faire partie d'un lieu.


Des décors éphémères de clips de K-pop aux peintures murales destinées à traverser les années, Oh Ye-seul et son équipe placent le geste, la couleur et le travail collectif au cœur de leur création. À l'heure où l'intelligence artificielle et les technologies numériques transforment les industries créatives, leur travail rappelle que la peinture à la main conserve toute sa force : celle de donner vie à un espace, de transmettre une énergie et, parfois, de laisser une empreinte durable dans la mémoire d'un lieu.


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