Par Emmanuelle Fourneyron
La Corée est devenue, ces dernières décennies, une place incontournable pour l’art contemporain. De nombreuses galeries exposent, soutiennent et diffusent des artistes confirmés ou émergents, dynamisés par une politique culturelle active, portés à l’international par la vague hallyu et soutenus par un écosystème actif d’investisseurs. Parmi ces galeries, le White Block Art Center, situé à Paju, à environ 1h au nord de Séoul, est à la fois un centre d'art contemporain et un café, particulièrement réputé pour son architecture. Jusqu’au 27 septembre 2026, le White Block Art Center de Paju propose une exposition temporaire intitulée « Beyond the Line », que j’ai eu la chance de visiter en compagnie de Jung Heera, curatrice et responsable de la programmation artistique de la galerie.
Visite de l'exposition « Beyond the Line », au White Block Art Center de Paju, en compagnie de la curatrice Jung Heera, le 21 août 2026. © Emmanuelle Fourneyron
En compagnie de Jung Heera, je découvre d’abord le lieu en lui-même. Jung Heera m’explique en effet que le White Block Art Center est un espace hybride, entre café moderne, expositions temporaires d’artistes contemporains et résidences d’artistes. Sa ligne artistique est de créer du sens et du lien entre l’art et les tendances de la société. Conçue par un célèbre cabinet d'architecture coréen, le cabinet SsD, la galerie impressionne dès qu’on y entre par sa configuration majestueuse, sa géométrie moderne et sa couleur blanche épurée. Elle est baignée de lumière naturelle grâce à de très grandes baies vitrées, et depuis le café où nous nous installons quelques instants, la vue est imprenable sur la nature environnante, le jardin extérieur et les nénuphars en fleur ! La galerie White Block Art Center est située au cœur du Heyri Art Village, un écosystème atypique où se mêlent résidences d’artistes, galeries d’art, boutiques de créateurs, cafés et restaurants. Créé en 1999, il est devenu au fil du temps l’une des plus grandes communautés artistiques de Corée.
Le White Block Art Center de Paju, un lieu à l'architecture moderne harmonieusement intégrée à la nature environnante du Heyri Art Village. © Emmanuelle Fourneyron
L’exposition temporaire « Beyond the Line » que nous visitons exposent quatre artistes coréens contemporains : Kim Myeong-Deuk, Moon Bo-Ri, Park Hyung-Ryeol et Bae Jong-Heon. Âgés de 46 à 57 ans, ce sont des artistes déjà largement reconnus et récompensés en Corée. Pour cette exposition, ils ont en commun de questionner, chacun à leur manière et avec une matière qui leur est propre, les frontières et limites que la société contemporaine a définies et qui finissent par s’imposer comme des barrières : entre artificiel et naturel, entre civilisation et non-civilisation, entre nature et humain, entre tradition et numérique…
Mélange de ciment, de sable et de poussière urbaine pour Bae Jong-Heon ; tissage de fibres lumineuses pour Moon Bo-Ri : des choix de matière différents pour illustrer un même questionnement artistique et philosophique. © Emmanuelle Fourneyron
Les œuvres sont résolument conceptuelles et épurées, de même que l’agencement des salles. D’œuvre en œuvre, Jung Heera décrypte ce qui a conduit à cette sélection artistique. Moon Bo-Ri, par exemple revisite l’artisanat du tissage traditionnel en tissant des fibres optiques lumineuses qui prennent la forme d’algorithmes numériques. Park Hyung-Ryeol, quant à lui, crée des œuvres à mi-chemin entre photographie et land art, questionnant ainsi les frontières entre l’humain et la nature. Kim Myeong Deuk est un spécialiste des arts médiatiques. Pour « Beyond the Line », grâce à un jeu d’installations technologiques interactives, les visiteurs deviennent les exposés de ses créations ! Enfin, les créations de Bae Jong-Heon donnent vie à des paysages de montagne traditionnels à partir des aspérités du béton et du ciment des villes modernes. Petit coup de cœur pour ma part pour cet artiste dont les œuvres délicates invitent autant à la flânerie qu’à une observation minutieuse. Si l’on y regarde de près, on aperçoit de tous petits personnages dissimulés ! Les pièces maîtresses de l’exposition restent à mes yeux ses représentation de la Vénus de Milo et de la Victoire de Samothrace, ces célèbres statues antiques exposées au Louvre, dont les contours émergent d’une matière accidentée dès lors que l’œil prend un peu de recul. En cette année de célébration du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée, je n’ai en outre pas pu m’empêcher d’y voir un petit clin d’œil pour la France...
Détails des œuvres de Bae Jong-Heon « Mudo. Souvenirs de béton, ses irrégularités et égratignures, poussière urbaine », « Attractions. Victoire de Samothrace » et « Attractions. Le dos de Vénus ». © Emmanuelle Fourneyron
Petit-à-petit, la ligne conceptuelle de l’exposition prend sens : à travers ces va-et-vient entre tradition et modernité, ces tensions entre humain et nature, ces juxtapositions de matières brutes et de technologies numériques, quelles meilleures illustrations, en effet, des questionnements actuels qui bousculent nos sociétés ? « Beyond the Line » est une invitation à changer de perspective pour mieux dépasser les clivages.
Un grand merci à la curatrice Jung Heera pour la découverte de cette exposition « Beyond the Line » : tant les œuvres exposées que la configuration du White Block Art Center dégagent une atmosphère propice à une pause immersive bienvenue !
L’exposition « Beyond the Line » est visible au White Block Art Center de Paju jusqu’au 27 septembre 2026. Plus d’informations sur le
site Internet de la galerie.
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