La Corée s’est particulièrement illustrée dans la dernière saison d’America’s Got Talent. Les magiciens de Hundred Fingers et le crew de danse Come Here figuraient parmi les dix finalistes du concours américain. Entre numéros spectaculaires, chorégraphies millimétrées et mises en scène inspirées de la culture coréenne, les deux groupes ont marqué le public jusqu’à la finale qui s’est tenue les 22 et 23 septembre 2026. Leur parcours s’inscrit dans une tendance plus large : depuis plusieurs années, magiciens, danseurs et artistes coréens investissent les auditions de Got Talent à travers le monde.
Hundred Fingers
Le collectif de dix magiciens Hundred Fingers a été fondé par Yu Hojin. L’artiste pratique la magie depuis ses huit ans. On le voit en France dès 2011, dans Le plus grand cabaret du monde. Quelques mois plus tard, lors des championnats du monde 2012 organisés par la Fédération internationale des sociétés magiques, il remporte le premier prix de la catégorie « Manipulation » ainsi que le « Grand Prix Stage Magic » qui récompense les prestations de close-up. À seulement 19 ans, il est alors le premier magicien asiatique à recevoir cette récompense prestigieuse.
Après son service militaire en Corée, il participe à la saison 17 d’America’s Got Talent (AGT) en 2022. Sa spécialité : les apparitions et disparitions d’objets, avec des mises en scène poétiques et gracieuses. Il atteint la finale du concours mais ne remporte pas la victoire. Un commentaire du juré Simon Cowell, qui a voté « non » lors de son audition, lui reste en mémoire : il doit présenter quelque chose d’encore plus grand.
Quatre ans plus tard, il revient devant le jury d’AGT avec la ferme intention de faire mieux. Pour cela, il s’entoure de neuf autres magiciens coréens. Le principe de ce collectif de prestidigitateurs, réalisant des tours chorégraphiés et synchronisés, prend tout le monde au dépourvu. Chemises noires, coiffures soignées, maquillage sur le cou et les mains rappelant les démons de KPop Demon Hunters : les dix illusionnistes sont là pour éblouir. Et cela fonctionne. Dans un tourbillon de cartes à jouer, ils remportent l’adhésion du public.
Le présentateur Terry Crews se précipite pour activer le Golden Buzzer permettant au collectif de se qualifier pour les quarts de finale sans aucune délibération. Mais il n’est pas assez rapide et c’est le comédien Howie Mandel qui buzze en premier. Simon Cowell interpelle alors Yu Hojin : « C’était vraiment plus grand et mieux que jamais. C’était sensationnel. »
Pour l’étape suivante, Hundred Fingers revient avec une mise en scène qui célèbre son identité. Les décors évoquent les murs en bois et en papier des maisons traditionnelles. Chaque magicien porte un manteau noir brodé qui rappelle les hanboks. Cette fois, ils ne manipulent pas de cartes, mais des masques et des éventails. Le résultat est à nouveau spectaculaire et c’est un extrait de ce numéro qui m’a convaincue de rédiger cet article. Je ne suis pas la seule à être séduite : Howie Mandel leur donne un second Golden Buzzer, leur permettant de sauter la demi-finale pour accéder directement à la finale. Hundred Fingers devient le premier participant d'AGT à recevoir deux Golden Buzzers au cours d'une même saison. Quant à Yu Hojin, il est le deuxième artiste à atteindre deux fois la finale d’AGT.
Le mardi 22 septembre, les revoilà de retour sur scène tous les dix pour la dernière étape de la compétition. Les lumières sont tamisées, mais toutes leurs manipulations sont explosives. Comme pour un bouquet final, ils multiplient les accessoires : balles, bâtons, cartes, plumes, rubans, gants… En contrepartie, plusieurs erreurs se glissent dans leur prestation. Le collectif termine tout de même à la troisième place du concours, grâce aux votes du public. Une promesse a par ailleurs été confirmée sur son compte Instagram : « Howie Mandel a officiellement annoncé qu’il voulait personnellement s’investir afin qu’Hundred Fingers se produise à Las Vegas. »
Come Here
Come Here est à l’opposé de Hundred Fingers. Si Yu Hojin a fondé son groupe récemment, la talentueuse Hash a créé le sien il y a six ans. Et si l'illusionniste a réinventé son spectacle par la forme tout en conservant une magie consensuelle, la danseuse ne révolutionne pas le format de la prestation chorégraphique mais joue avec les mouvements eux-mêmes.
Hash est spécialisée dans les chorégraphies de « mega crew », ces groupes de plus de quinze membres. Son style oscille entre hip-hop et contemporain, avec des figures techniques, des sauts issus de la danse classique, beaucoup de rythme et de musicalité. Chaque prestation est le mélange de multiples inspirations. Les danseurs sont tous vêtus de la même manière, les pieds nus afin de se démarquer des codes des danses urbaines.
Les chorégraphies uniques de Come Here lui ont valu de nombreux prix, en Corée comme à l'international. À ce titre, Hash participe à l'émission Street World Fighter: Director's War en parallèle d'AGT. Ce survival show à la coréenne vise à mettre en lumière les « réalisateurs » dans le milieu de la danse : ces personnes qui ne sont pas seulement chorégraphes mais qui poussent leur concept plus loin, avec une réflexion sur la musique, les costumes ou encore les décors.
Lorsque Hash et son groupe foulent la scène d’AGT pour la première fois, le jury s’intéresse à l’origine du nom Come Here. Hash répond simplement qu’elle a pensé à ce nom sans raison particulière. Elle ajoute que son style de danse n’a pas de nom non plus. Cette honnêteté est rafraîchissante. Pas d’expressions faciales dramatiques, pas d’artifices, pas de collaborations avec des robots, des lasers ou des chiens comme certains de leurs concurrents. Juste des émotions simples qui se transmettent par le corps. Son art ne s’explique pas, il se ressent. Après leur performance saluée par une standing ovation et quatre « oui » du jury, le crew se qualifie pour l’étape suivante.
Ils passent les quarts de finale sans difficulté et abordent la demi-finale avec une nouveauté : l’utilisation de plateformes et de bancs pour faire varier les hauteurs. La musicalité est impeccable et la synchronisation de l'ensemble semble irréelle. Une nouvelle fois, le public leur offre une ovation et un ticket pour la dernière étape. Chacune de leurs prestations est un plaisir à découvrir. Elles ne sont pas redondantes et donnent envie d’assister à un spectacle plus long. Ce n’est pas suffisant pour remporter la victoire, mais une place de finaliste constitue déjà une belle reconnaissance de leur travail.
Les talents coréens arrivent en Occident
Moi qui suis friande d’émissions comme AGT et ses équivalents dans le monde, je remarque que les Coréens se font une petite place depuis quelques années. Les magiciens, en particulier, sont nombreux à tenter l’aventure. Pour n’en citer que quelques-uns, Kimoon Do et Junwoo Park ont atteint les demi-finales de Britain's Got Talent en 2022 et 2023 respectivement. En 2024, c’est Young-Min qui se qualifie après une audition d’AGT au cours de laquelle il défie les lois de la physique grâce à du sable. Eden Choi participe à Britain’s Got Talent et à La France a un incroyable talent en 2025. Sa dextérité, sa mise en scène et son charme travaillé lui permettent d’obtenir un Golden Buzzer et de terminer sur la troisième marche du podium français.
Eden Choi n’est pas le seul artiste coréen à avoir décroché un Golden Buzzer en France. En 2021, c’est la troupe internationale à forte composante coréenne World Taekwondo Demonstration Team qui accède à la finale de la saison 16. Elle a parallèlement obtenu un Golden Buzzer et une place en finale aux États-Unis. Quelques années plus tard, le taekwondo est à nouveau à l’honneur quand Ssaulabi Performance Troupe remporte un Golden Buzzer dans Britain’s Got Talent en 2024. Ils se classent également dans le top 3 de la saison 2026 de Got Talent España. Leur prestation mêle acrobaties, danse et casse de planches, transformant le taekwondo en véritable spectacle.
De manière générale, les artistes coréens apportent un vent de fraîcheur dans les émissions internationales. Ils proposent des numéros uniques, créatifs et empreints de poésie. Au fil des années, ils se façonnent une réputation d’excellence et parviennent à faire connaître au public occidental des formes artistiques venues de Corée.
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