L'opéra Hwajeonga. © Opéra national de Corée
Par Jason Edwards
Parler avec Valérie Chevalier, directrice de l’Opéra Orchestre de Montpellier, c’est entrer dans un espace où la culture n’est jamais un décor, mais une matière vivante, une responsabilité et un engagement. Dès les premières minutes, sa voix transmet une énergie rare : celle d’une directrice qui ne programme pas la Corée parce que c’est tendance, mais parce qu’elle y croit profondément. Elle a vu, entendu, rencontré. Elle sait ce que ces artistes peuvent apporter au public français, et ce que Montpellier peut leur offrir en retour.
Ce qui frappe immédiatement, c’est sa manière de raconter les projets coréens : avec précision, affection et respect, sans jamais tomber dans un discours institutionnel. Elle évoque le concert de Pansori revisité présenté à Montpellier en mai 2026, une première en France, porté par le chanteur Ko Yeong‑yeol. Elle parle ensuite de la création Hwajeonga de l’opéra national de Corée, programmée en novembre 2026, un projet qui dépasse la simple venue d’une troupe étrangère et permet de rappeler l’histoire récente de la Corée.
Pour elle, la Corée n’est pas un pays lointain : c’est un partenaire, une source d’inspiration. Elle insiste sur la curiosité du public français, portée par la jeunesse et la popularité de la K‑pop, qui amène les familles à découvrir d’autres aspects de la culture coréenne. L’Opéra Orchestre national Montpellier joue ici un rôle essentiel en proposant une entrée plus profonde, artistique et patrimoniale.
La collaboration avec la Corée est pour elle une histoire de fidélité, de confiance et de respect mutuel. Elle évoque les rencontres, les échanges et les gestes simples qui construisent une relation durable. Elle parle des défis avec honnêteté, mais toujours avec la conviction que l’énergie coréenne est contagieuse et stimulante. Je me suis entretenu avec elle par téléphone le 29 septembre dernier.
Chudaehye Chagis dans « Shamanic Funky Night », une performance électro‑rituelle portée par l’énergie singulière de la Sosuminjok Company. © Sosuminjok Company
Jason Edwards : Qu’est-ce qui a motivé l’Opéra Orchestre national Montpellier à intégrer la Corée dans sa programmation 2026 ?
Valérie Chevalier : Nous avions déjà travaillé avec la Corée la saison dernière, en partenariat avec le centre culturel coréen. En 2026, nos deux gouvernements ont insisté sur les 140 ans des relations France‑Corée, et il était essentiel pour moi que nous soyons au rendez‑vous. Nous avons commencé il y a deux ans à collaborer avec la Corée, notamment grâce au K‑Fellowship, qui m’a permis de rencontrer de nombreux interlocuteurs. C’est une continuité, et je voulais que notre établissement soit présent pour les 140 ans. Nous avons également des artistes coréens dans nos équipes. Je pense que la Corée va devenir un partenaire culturel essentiel pour nous, et je ne parle pas de K‑pop mais bien de projets comme les opéras et les concerts.
Pouvez-vous présenter les événements coréens programmés cette année ?
Parmi les temps forts, il y a eu le concert de pansori donné à l’Opéra Comédie en mai 2026, revisité par Ko Yeong-yeol. Cette saison, nous accueillons aussi le Korea National Opera avec Hwajeonga, une création qui aborde la guerre de Corée. Cela permet de rappeler que la République de Corée est une nation récente, qui a accompli des miracles en 80 ans. Le 13 octobre, nous accueillons le groupe Chudahye Chagis, qui revisite les rites chamaniques. Ce sera une grande découverte pour le public.
Comment avez-vous sélectionné les artistes ?
Pour le Pansori, j’ai entendu Ko Yeong-yeol au Busan Arts Market, un endroit incroyable pour repérer la musique traditionnelle. Je l’ai invité à Montpellier, et il reviendra cette saison avec notre orchestre. J’ai aussi découvert des artistes en Corée, comme Chu Dahye, extraordinaire, entre punk, indie, pop et électro. Pour Hwajeonga, nous avons discuté avec l’opéra national de Corée, à Séoul. Le ministère de la Culture coréen a proposé des moyens supplémentaires pour les 140 ans, et comme nous avions déjà commencé des échanges, ils ont pensé à Montpellier pour la création française. J’ai dit oui immédiatement.
Le chanteur Ko Yeong‑yeol. © Opéra national de Corée
Comment perçevez-vous l’intérêt du public français ?
Les Français sont très curieux ! La passion pour la Corée arrive par les enfants, via la K‑pop, la cuisine, la K‑beauty. Les parents veulent aller plus loin. À l’Opéra, nous proposons une autre entrée dans la culture coréenne, et le public répond immédiatement.
Quelles différences observez-vous dans la création coréenne ?
La discipline est un mythe. Ils sont aussi indisciplinés que nous. Ce qui change, c’est la hiérarchie, le protocole, l’attention à ne pas blesser. Ils prennent le temps d’accueillir, d’offrir un thé, de faire une réunion tranquille. Dans la production, ils écrivent tout, rien n’est laissé au hasard. Nous apprenons à être plus précis, eux apprennent à laisser un peu plus d’espace aux imprévus.
Quels défis et richesses avez-vous rencontrés ?
La richesse est humaine : des rencontres qui changent des vies. Les Coréens sont très fidèles. Les défis : en France, les budgets sont contraints. La Corée a une énergie incroyable. Ils nous accompagnent, ils nous disent : « Si, si, c’est possible, on va y arriver ensemble ».
Souhaiteriez-vous développer davantage de projets coréens ?
Oui, bien sûr. J’aimerais faire venir régulièrement le Going Home Project. J’aimerais envoyer une production française en Corée. J’aimerais travailler avec un théâtre coréen dédié au handicap. Et mon rêve serait d’accueillir le groupe de rock Jannabi un jour.
Quitter cette conversation avec Valérie Chevalier, c’est mesurer à quel point la culture coréenne occupe désormais une place essentielle dans le paysage artistique montpelliérain. À travers ses mots, la Corée n’apparaît jamais comme un thème ou une tendance, mais comme une relation construite patiemment, nourrie de rencontres, de fidélité et d’une curiosité réciproque. Chaque projet évoqué témoigne d’une volonté de proposer au public français une découverte authentique, loin des clichés et des raccourcis.
Ce qui demeure après cet échange, c’est l’idée d’un pont culturel qui s’allonge saison après saison. Un pont porté par des artistes, des équipes, des institutions, mais aussi par une directrice qui aborde la culture comme un geste humain, un engagement sincère. Les collaborations avec la Corée ne sont pas des événements isolés : elles s’inscrivent dans une dynamique durable, faite de confiance, de respect et d’envies partagées.
Montpellier et la Corée avancent ensemble, avec des projets qui enrichissent les deux scènes artistiques et ouvrent des perspectives nouvelles. Et derrière chaque initiative, on retrouve cette conviction simple mais forte : la culture se construit lorsque des personnes y croient vraiment, lorsqu’elles prennent le temps de rencontrer, d’écouter et de transmettre.
Pour découvrir l’ensemble de la programmation coréenne de la saison et suivre les collaborations évoquées dans cet entretien, vous pouvez consulter
le site officiel de l’Opéra Orchestre national Montpellier.
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