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08.10.2026

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Par Lantou Onirina

Quand on évoque les voyages en Corée motivés par la K-pop, les fans de BTS viennent facilement à l’esprit. Des ARMY du monde entier recherchent les lieux de tournage, restaurants ou endroits associés au groupe, au point que certains itinéraires sont aujourd’hui repris par les organismes de tourisme.

Mais le phénomène dépasse largement BTS, et même la K-pop. Cuisine, arts martiaux, cinéma, dramas, beauté, mode ou arts traditionnels peuvent tous orienter un séjour. Chacun vient en quelque sorte chercher à la source ce qui l’a rapproché de la Corée.

Pour les fans de K-pop, cela passe souvent par un concert, un festival ou un fanmeeting. Mais une fois sur place, la passion déborde vite de la salle. Elle donne des adresses, pousse vers certains quartiers, provoque des rencontres et peut même conduire vers des pratiques que l’on n’aurait jamais pensé essayer.

Je l’avais déjà constaté lors de précédents séjours en suivant certaines traces de BTS. En juin 2026, c’est Seventeen qui a accompagné une partie de mes dix jours à Séoul. Deux journées seraient consacrées à Carat Land, le fanmeeting annuel du groupe. Mais ma première étape liée à Seventeen a eu lieu quelques heures seulement après mon arrivée.

Un pocha créé par une Carat pour les Carat

Gosu Pocha, un pocha créé par une Carat où Seventeen s’affiche jusque sur les murs et les écrans. © A.LF & Haifa Oues

Gosu Pocha, un pocha créé par une Carat où Seventeen s’affiche jusque sur les murs et les écrans. © A.LF & Haifa Oues


Direction Mapo, à la lisière de Hongdae et Hapjeong, pour découvrir Gosu Pocha Main Branch.

Dès l’escalier, il devient difficile d’ignorer Seventeen. Photos, objets, accessoires et souvenirs accumulés au fil des années occupent les murs jusqu’au plafond. Il y a même les autographes des membres du groupe. Le décor raconte d’abord l’histoire d’une collection personnelle devenue progressivement celle d’un lieu entier.

Car Gosu Pocha a été créé par une Carat.

Cette origine explique sans doute une partie de son atmosphère. Le pocha n’est pas simplement un bar qui aurait adopté Seventeen comme thème pour attirer les fans. Il est né de la passion de sa propriétaire, qui a choisi de partager tout ce qu’elle avait collectionné au fil des années et d’en faire un lieu où d’autres fans pourraient se retrouver.

La musique participe évidemment à l’expérience. Un grand écran diffuse clips et performances et les clients peuvent demander les chansons qu’ils souhaitent entendre. Mais ce qui m’a surtout frappée ce soir-là tient moins au décor qu’aux personnes présentes.

Dans un café, dans la rue ou dans un restaurant ordinaire, afficher très ouvertement son enthousiasme pour un artiste peut attirer un regard, une remarque ou une interruption dont on se serait volontiers passé. À Gosu Pocha, cette passion constitue le point commun.

On peut parler de Seventeen pendant des heures, sortir ses photocards, commenter une performance, évoquer son membre préféré ou réagir avec un enthousiasme qui semblerait peut-être excessif ailleurs. Personne n’a besoin de se demander si la table voisine va trouver cela étrange. Elle est occupée par des personnes venues pour exactement la même raison.

Le lieu devient ainsi une véritable safe place. Un espace physique où les Carat peuvent se retrouver sans avoir à expliquer leur passion, ni à la minimiser. Les autres fans de K-pop y sont également les bienvenus, mais l’identité Seventeen reste partout, des escaliers aux murs jusque dans les toilettes, dans la musique diffusée et dans les conversations.

Et pendant que l’on parle de bias et de performances, on découvre aussi un pocha coréen avec ses plats à partager, ses bouteilles de soju et cette façon très particulière de prolonger la soirée autour d’une table.

Quelques heures après mon arrivée à Séoul, le principe de mon séjour était déjà là sans que je l’aie vraiment formulé. J’étais entrée à Gosu Pocha parce que je suivais Seventeen. J’en ressortais avec autre chose : une première expérience de la manière dont une communauté de fans peut créer son propre lieu et transformer une passion musicale en espace de sociabilité.

De Hoshi à l’acupression auriculaire

Quelques jours plus tard, Seventeen m’a conduite vers une expérience que je n’aurais probablement jamais pensé à réserver seule : une séance d’acupression auriculaire chez Celbio Gangnam.

L’adresse avait d’abord retenu mon attention parce que le lieu a été créé par la sœur de Hoshi. En parcourant son catalogue, deux des effets associés à cette pratique avaient particulièrement éveillé ma curiosité : la régulation de la tension artérielle et le soutien de la fonction immunitaire. Le lien avec Seventeen avait attiré mon regard ; la pratique elle-même m’avait donné envie d’aller plus loin. Ce jour-là, hasard supplémentaire, c’est la sœur de Hoshi elle-même qui s’est occupée de ma séance. Nous avons échangé quelques mots à la fin.

La séance ne commence pas par les oreilles. Le corps est d’abord mis au repos, avec un travail de détente autour de la nuque, des épaules et du haut du corps. Cette première phase vise à relâcher les tensions avant de passer à la stimulation auriculaire proprement dite.

Elle masse ensuite différentes zones de l’oreille et repère les points les plus sensibles, interprétés dans cette pratique comme pouvant correspondre à certaines tensions ou déséquilibres. De petits patchs contenant des graines ou des billes sont alors placés sur plusieurs points précis afin de prolonger la stimulation après la séance.

J’avais déjà remarqué sur certaines célébrités coréennes ces petits dispositifs collés sur les oreilles, sans forcément savoir de quoi il s’agissait. Les patchs restent en place plusieurs jours et peuvent donner à l’oreille un aspect légèrement froissé, presque « fané », comme si elle était soudainement ridée. Il s’agit en réalité de petites graines maintenues sur les points d’acupression.

Je connaissais vaguement cette pratique sans avoir jamais envisagé de l’essayer. Sans le lien avec Hoshi, je serais sans doute passée à côté. C’est précisément ce qui m’intéresse dans ce type de détour : un artiste attire d’abord l’attention vers une adresse, puis la curiosité se déplace vers autre chose.

La passion devient alors une forme de curiosité guidée. Elle peut conduire vers des lieux, des pratiques ou des expériences que l’on n’aurait pas spontanément cherchés. Cette fois, Seventeen m’avait menée jusqu’à une approche du bien-être que je n’aurais probablement jamais inscrite seule à mon programme.

Carat Land commence bien avant Incheon

Pour moi, Carat Land a commencé à Paris, plusieurs semaines avant le fanmeeting, devant un écran.

Obtenir un billet pour ce type d’événement relève déjà du parcours du combattant. Il faut être connecté au bon moment, avoir préparé son compte, son adhésion au fanclub, sa carte bancaire, puis espérer passer suffisamment vite dans la file virtuelle. La fameuse « ticket war » n’a rien d’une formule exagérée.

Comme souvent pour les concerts et fanmeetings en Corée, la vente ne permet d’acheter qu’une seule place par personne. Même lorsqu’on prévoit de venir avec des amis, chacun doit donc tenter sa chance de son côté. Une fois les billets obtenus, tout le monde se retrouve dispersé dans le stade.

Carat Land, le fanmeeting annuel de Seventeen, à l’Incheon Asiad Main Stadium. © Haifa Oues & Lantou Onirina

Carat Land, le fanmeeting annuel de Seventeen, à l’Incheon Asiad Main Stadium. © Haifa Oues & Lantou Onirina


Sur le papier, cela pourrait rendre l’expérience plus solitaire. En pratique, c’est presque l’inverse. Dès l’arrivée autour de l’Incheon Asiad Main Stadium, on retrouve les habitudes familières des concerts de K-pop. Des fans distribuent des freebies, échangent des photocards, discutent dans les files d’attente ou engagent la conversation avec les personnes assises à proximité.

On arrive donc seul à sa place, sans vraiment le rester longtemps. J’ai eu beaucoup de chance avec ma voisine de siège : nous avons passé une bonne partie du fanmeeting à rire et à réagir ensemble. Cette sociabilité fait pleinement partie de l’expérience.

Une fois le fanmeeting commencé, il faut presque oublier les repères habituels du concert occidental. Très courant en Corée et plus largement en Asie, le fanmeeting est pensé comme un temps d’échange avec le public. Les artistes y parlent davantage, jouent, improvisent, relèvent des défis et montrent une facette plus spontanée de leur personnalité. C’est précisément ce que les fans viennent chercher.

La musique y a bien sûr sa place. Mais plus de la moitié de l’événement peut être consacrée à autre chose que des chansons. Pour un public occidental habitué à des concerts plus centrés sur la scène musicale, le format peut paraître long ou déconcertant, surtout lorsqu’on maîtrise mal le coréen.

Cette édition de Carat Land avait toutefois été pensée de manière très visuelle. Il s’agissait du dernier fanmeeting avant que les départs successifs au service militaire ne réduisent durablement les activités du groupe au complet. Cette édition attirait aussi de nombreux fans étrangers et cela avait été pris en compte dans la conception du programme. Une grande partie des jeux reposait sur des situations très visuelles et des règles faciles à suivre, même sans maîtriser le coréen.

Carat Land possède aussi ses propres traditions. Les défis de danse jouent souvent sur le décalage entre les membres et des chorégraphies qui ne correspondent pas à leur image habituelle. Les fans attendent autant leurs réactions, leurs protestations ou leurs improvisations que la performance elle-même.

Le fanmeeting permet également de revisiter la discographie autrement. Sans album précis à promouvoir, Seventeen peut ressortir d’anciens titres, jouer avec son répertoire et reprendre des habitudes installées au fil des éditions. Cette année-là, les traditionnels échanges de chansons entre unités n’étaient pas possibles dans leur forme habituelle. Les membres présents ont donc repris à leur façon les titres solo des autres issus du dernier album.

Certains membres alors en service militaire étaient d’ailleurs présents dans le public, ajoutant une dimension particulière à ces deux journées. Ce Carat Land marquait la fin d’une période avant une longue phase où le groupe ne pourrait plus se réunir au complet.

Au fond, c’est peut-être cela qui distingue le plus un fanmeeting d’un concert. On en ressort avec des chansons en tête, bien sûr, mais aussi avec des plaisanteries, des jeux, des habitudes et des moments uniques que les fans ont l’impression d’avoir partagés directement avec le groupe.


Seventeen continue dans la ville

Après Carat Land, la présence de Seventeen a continué à accompagner mon séjour. Beaucoup de Carat internationaux étaient encore à Séoul et certaines adresses liées au groupe devenaient presque naturellement des prolongements du fanmeeting.

C’est ainsi que Yogurtbrick, le café tenu par la mère de Joshua, s’est glissé dans une promenade à Songpa que j’ai déjà racontée dans un précédent article. Cette journée nous avait conduites au marché traditionnel de Bangi, à Olympic Park, puis dans un restaurant spécialisé dans les huîtres.

Yogurtbrick se trouvait à quelques minutes du restaurant et s’intégrait donc facilement à l’itinéraire. Les cafés et salons de thé occupent d’ailleurs une vraie place dans le quotidien à Séoul. On y vient boire un café, prendre un dessert, retrouver des amis, travailler ou simplement s’accorder une longue pause. La ville en compte une multitude, avec des concepts, des décors et des spécialités parfois assez marqués pour devenir eux-mêmes une raison de choisir une adresse ou un quartier.

Quelques jours seulement après Carat Land, nous étions loin d’être les seules Carat à avoir eu cette idée. De nombreux fans internationaux prolongeaient encore leur séjour à Séoul et leur présence était facile à repérer aux accessoires Seventeen, aux photocards posées sur les tables ou aux conversations qui revenaient encore sur le groupe.

Yogurtbrick, le café tenu par la mère de Joshua, membre de Seventeen. © Lantou Onirina

Yogurtbrick, le café tenu par la mère de Joshua, membre de Seventeen. © Lantou Onirina


La promenade s’est ensuite poursuivie jusqu’au lac Seokchon, à Jamsil. Formé de deux bassins, le lac est l’un des lieux de promenade les plus connus du quartier, à proximité de Lotte World et de la Lotte World Tower. Les Séoulites viennent y marcher, courir ou simplement profiter du paysage, et ses cerisiers en font une destination particulièrement appréciée au printemps.

Pour une Carat, le lac Seokchon possède aussi une autre signification. Une partie de l’épisode 82 de Going Seventeen, « Tour Sev Sev », y a été tournée en 2023. Après Yogurtbrick, nous nous retrouvions donc dans un autre lieu associé au groupe, sans avoir quitté pour autant notre journée de découverte de Songpa.

Seokchon Lake, sur le chemin emprunté dans l’épisode 82 de Going Seventeen, « Tour Sev Sev », à Séoul, en juin 2026. © Lantou Onirina

Le lac Seokchon, sur le chemin emprunté dans l’épisode 82 de Going Seventeen, « Tour Sev Sev », à Séoul, en juin 2026. © Lantou Onirina


Quand la passion devient un guide de voyage

Ce type de parcours dépasse largement le cas de Seventeen. Pour beaucoup de visiteurs attirés par la culture coréenne, une passion constitue le premier point d’entrée. Un groupe, un drama, un plat ou une pratique culturelle donne envie de venir en Corée, puis fournit une série de repères une fois sur place.

Dans le cas de la K-pop, ces repères peuvent être très concrets. Lieux de tournage, restaurants fréquentés par les artistes, cafés tenus par leurs proches, boutiques, expositions ou salles de concert viennent s’ajouter aux itinéraires touristiques plus classiques.

Leur intérêt ne tient pourtant pas uniquement au lien avec une célébrité. Gosu Pocha m’a fait découvrir un espace de sociabilité créé par une fan. Celbio m’a conduite vers une pratique de bien-être que je connaissais à peine. Yogurtbrick s’est intégré à une journée consacrée à Songpa, et le lac Seokchon à une promenade dans un lieu déjà apprécié des Séoulites.

C’est sans doute là que se trouve l’intérêt de ce type de tourisme lié à la K-culture. On part avec des références très précises, parfois avec une liste d’adresses, puis celles-ci deviennent des portes d’entrée vers autre chose. Suivre les traces d’un artiste peut conduire à découvrir un quartier, une habitude, une cuisine, une pratique ou simplement un endroit que l’on n’aurait jamais pensé ajouter à son programme.

Et le mécanisme dépasse largement la K-pop. Les amateurs de dramas recherchent des décors vus à l’écran, les passionnés de cuisine des plats découverts depuis l’étranger, d’autres encore viennent pour la beauté, la mode, le cinéma, les arts martiaux ou les arts traditionnels. Chacun arrive avec ses propres références et construit, à partir d’elles, une manière très personnelle de découvrir la Corée.

En juin 2026, mon fil conducteur s’appelait Seventeen. Mais ce que j’ai découvert grâce à lui dépassait largement le groupe.


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