Journalistes honoraires

12.10.2026

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Par Nicole Bergeaud

Les 3 et 4 octobre, la Korean Expo revenait sur le parvis de la mairie du 15e arrondissement de Paris.

J’y vais chaque année en voisine depuis 2022. Depuis quatre ans, on ne compte plus les événements consacrés à la culture coréenne.

Alors, une K-Expo de plus ? Pas vraiment.

J’y ai bien retrouvé tout ce qui attire aujourd’hui un large public : la K-food, la K-beauty, les hanbok et la K-pop, avec Hyolyn, ex-membre du groupe Sistar cette année.

Mon amie Sophie Hoegy en Hanbok devant le stand du temple bouddiste Kilsangsa, le 4 octobre 2026 à la Korean Expo à Paris. © Nicole Bergeaud

Mon amie Sophie Hoegy en hanbok devant le stand du temple bouddiste Kilsangsa, le 4 octobre 2026 à la Korean Expo à Paris. © Nicole Bergeaud


La Korean Expo a aussi trouvé sa place dans le 15e arrondissement grâce au soutien de la mairie. Le maire, Philippe Goujon, était d’ailleurs présent pour inaugurer cette nouvelle édition. L’arrondissement entretient depuis 2016 des liens officiels avec l'arrondissement de Seocho, à Séoul, et accueille régulièrement des initiatives autour de la culture coréenne. De nombreux Coréens y habitent.

Derrière l’événement, il y a surtout l’Association Mes Amis (AMA). Créée en 2017, elle avait commencé par organiser un festival dédié au kimchi avant d’élargir progressivement le rendez-vous à d’autres aspects de la culture coréenne et de créer la Korean Expo en 2022.

Mais ce que moi, je retiendrai le plus de cette édition, ce sont deux rencontres exceptionnelles. La première autour de la musique traditionnelle coréenne et de ses instruments. La seconde, devant des œuvres réalisées par deux grands maîtres aux savoir-faire remarquables, transmis depuis des générations.

Deux univers très différents, mais une même envie de faire connaître la culture coréenne.

DOODA x HYU, le 4 octobre 2026 à la Korean Expo à Paris. © DOODA x HYU

DOODA x HYU, le 4 octobre 2026 à la Korean Expo à Paris. © DOODA x HYU


À la découverte des instruments traditionnels coréens

Le Gyeongnam Korean Traditional Music Orchestra est composé de jeunes musiciens professionnels venus présenter la musique traditionnelle coréenne, mais pas seulement. L’orchestre présente aussi des créations originales inspirées par sa région, le Gyeongsangnam-do, près de Busan. Il s’est déjà produit au Japon et plusieurs fois en Europe.

« Le plus important pour nous aujourd’hui est de montrer non seulement notre musique, mais surtout notre culture. Nous le faisons aussi en expliquant les différents instruments traditionnels que nous utilisons », m’a confié Chulmin Song, manager et professeur de l’orchestre, avec l’aide de son fils Hyunjun pour la traduction.

Et c’est ainsi que commence pour moi une véritable découverte.

Le daegeum, grande flûte traversière en bambou, dont l’histoire remonte jusqu’à une légende associée au royaume de Silla.

Le sogeum, plus petit et au son plus aigu.

Le gayageum, qui possède généralement douze cordes. Celui que les musiciens ont apporté à Paris en compte quinze et, selon eux, aurait une centaine d’années.

Le haegeum, instrument à deux cordes dont l’archet passe entre celles-ci et reste ainsi lié à l’instrument, même lorsqu’on le soulève d’une seule main. « Jouer de cet instrument est très difficile. »

Enfin, le piri, petit instrument à vent en bambou. Des instruments de la même famille étaient déjà joués à Goguryeo.

Après toutes ces explications, je peux enfin les distinguer lorsqu’ils jouent ensemble !

J’ose alors leur demander quelle place la musique traditionnelle peut encore occuper auprès d’une génération qui a grandi avec la K-pop.

La réponse de M. Song et de son fils est la même. « La K-pop connaît aujourd’hui un immense succès, mais la musique traditionnelle reste profondément dans nos cœurs. On peut aimer les deux. »

Dooda et le Gyeongnam Korean Traditional Music Orchestra, le 4 octobre 2026 à la Korean Expo à Paris © Nicole Bergeaud

Dooda et le Gyeongnam Korean Traditional Music Orchestra, le 4 octobre 2026 à la Korean Expo à Paris © Nicole Bergeaud


DOODA x HYU

Les musiciens du Gyeongnam Korean Traditional Music Orchestra, HYU, se sont associés pour cette tournée au groupe coréen DOODA, qui propose une approche plus actuelle de la musique traditionnelle. Ensemble, ils ont choisi de réunir leurs univers sous le nom DOODA x HYU. Cette collaboration les a également menés à La Rochelle, Lyon et Clermont-Ferrand cette année.

Sur scène, le résulat est une vraie réussite. J’avais déjà assisté à plusieurs spectacles de pansori, mais cette version beaucoup plus moderne ainsi que la personnalité très enjouée de la chanteuse de DOODA mélangée avec les instruments traditionnels a enthousiasmé le public parisien. qui découvrait cette musique pour la première fois. Moi aussi, j’ai été conquise.

Ensemble, ils ont joué, créé et fait évoluer une musique dont ils connaissent parfaitement les racines.

Ce n’était pas une musique figée dans le passé.

Des objets coréens vraiment exceptionnels

Quelques mètres plus loin, dans une salle de la mairie, changement d’atmosphère.

L’exposition « Objets coréens d’exception » est consacrée à l’excellence de l’artisanat traditionnel coréen à travers le travail de deux maîtres aux savoir-faire remarquables.

Et le terme « exception » n’est pas exagéré : les objets présentés sont d’une finesse et d’une qualité absolument remarquables. Certains détails demandent même de s’approcher pour mesurer la précision du travail.

Park Hae-do est maître de l’artisanat traditionnel du métal coréen, reconnu au titre du patrimoine culturel immatériel national n°101. Ses œuvres ont notamment été présentées au musée du Louvre en 2024. Il a également créé la bague portée par la Première dame de Corée lors de la visite du président Macron en Corée.

Lee Soon-ja, elle, est maître de l’écriture à l’or sur des textes bouddhiques, certifiée par les Archives nationales de Corée. L’une de ses œuvres devrait être exposée au musée du quai Branly-Jacques Chirac en 2027.

Eum Nyeon-sik, propriétaire de l’agence qui représente les artistes Park Hae-do et Lee Soon-ja, devant une œuvre de cette dernière, acquise par le musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à la Korean Expo, à Paris, le 4 octobre 2026. © Nicole Bergeaud

Eum Nyeon-sik, propriétaire de l’agence qui représente les artistes Park Hae-do et Lee Soon-ja, devant une œuvre de cette dernière, acquise par le musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à la Korean Expo, à Paris, le 4 octobre 2026. © Nicole Bergeaud


Eum Nyeon-sik, propriétaire de l’agence qui représente ces artistes, a bien voulu répondre à mes questions.

« Le musée du quai Branly-Jacques Chirac a confirmé son intention d’acquérir nos œuvres d’art bouddhique et de philosophie orientale afin de les intégrer à ses collections. Nous préparons aussi un projet d’expositions itinérantes dans les musées nationaux français, dont le musée Guimet, avec pour objectif de les organiser de 2027 à 2029. En Corée, de nombreuses œuvres conservées dans les collections sont celles d’artistes aujourd’hui disparus, et la plupart des expositions sont temporaires. Nous allons ouvrir notre propre espace d’exposition permanente d’ici la fin de l’année à Daegu, afin d’y présenter les œuvres en continu. Nous préparons également des expositions au Musée national de Corée, à Séoul, et au musée de l’Université nationale de Séoul. »

Park Hae-do, maître de l’artisanat traditionnel du métal coréen, exposé au Musée du Louvre en 2024, et une de ses œuvres à la Korean Expo à Paris le 4 octobre 2026. © Nicole Bergeaud

Park Hae-do, maître de l’artisanat traditionnel du métal coréen, exposé au Musée du Louvre en 2024, et une de ses œuvres à la Korean Expo à Paris le 4 octobre 2026. © Nicole Bergeaud


Quatre ans plus tard

En quittant la Korean Expo, je repense forcément à l’article que j’avais écrit en 2022.

À l’époque, ce qui m’avait surtout frappée était l’enthousiasme du public français pour la Corée. Quatre ans plus tard, il y a beaucoup plus de monde, et de tous les âges. Mais cette fois, mon regard s’est porté ailleurs.

On peut venir pour goûter un plat coréen, écouter de la K-pop ou essayer un hanbok et, quelques minutes plus tard, se retrouver devant un instrument que l’on n’avait jamais vu ou discuter avec quelqu’un qui fait connaître un savoir-faire dont on ignorait jusqu’au nom.

C’est aussi cela qui distingue à mes yeux cet événement.

Mon regard sur la Corée a changé en quatre ans. Cette année encore, j’en suis repartie en ayant appris de nouvelles choses.

C’est sans doute pour cela que j’y retourne chaque année.

Un grand merci à Chulmin Song, manager et professeur du Gyeongnam Korean Traditional Music Orchestra et à son fils Hyunjun pour la traduction et toutes les informations. Merci aussi à Eum Nyeon-sik pour le temps qu'il a bien voulu m'accorder.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr