À gauche, affiche officielle de Gat to Paris. À droite, les participants au défilé entourant Kim Liz, Amélie Asturias, Park Man-su, Louis Cardin Edwards, à Paris, le 5 octobre 2026. © KLizGallery et Oh My Gat
Par Nathalie Fisz
Si l’on m’avait dit un jour que j’allais arpenter les rues de Paris revêtue d’un chapeau et d’un manteau traditionnels coréens, et me rendre ainsi jusqu’au Grand Palais, je crois qu’avec la meilleure volonté du monde je ne l’aurais pas cru.
C’était sans compter sans la créativité et le talent de la
galeriste Kim Liz, et de l’équipe artistique du projet Blanc, laquelle est venue passer quelques jours à Paris.
J’ai fait connaissance avec Kim Liz et les artistes du projet Blanc en août 2024 à l’occasion des jeux paralympiques. Des artistes français et des artistes coréens en situation de handicap avaient travaillé ensemble et exposé Galerie Sabine Bayasli à Paris. Parmi eux, j'avais rencontré Amélie Asturias, Louis Cardin Edwards et Feliz Park.
Le projet Blanc a continué d’évoluer et de grandir. Il a pris une telle ampleur qu’il se nomme actuellement Blanc Expansion, et se compose d’autres volets artistiques.
Feliz Park a présenté récemment à Séoul, son exposition personnelle « The Infinite Forest & Beyond ». Dans le même temps, Liz a imaginé un projet avec Park Man-su le fondateur de la marque Oh My Gat qui réinterprète le chapeau traditionnel coréen de la dynastie Joseon et le manteau dapho.
Le samedi 3 octobre, Liz nous a réunis avec quelques amis et Park Man-su pour fêter son retour à Paris. Puis, elle nous a annoncé que le lundi suivant elle organisait un défilé présentant ces vêtements du patrimoine coréen. Liz a un talent particulier pour tisser un fil rouge qui ne cesse de s’étendre.
Découvrons ensemble cet événement festif et très haut en couleurs à l’occasion duquel mes amis et moi avons (presque) volé la vedette aux stars de la Fashion Week.
Les artistes de l'exposition « Blanc - Coexistence and Harmony » et ses invités entourant Kim Liz en tenue traditionnelle hanbok, derrière elle (casquette verte) Louis Cardin Edwards, derrière elle (à droite de la photo avec des lunettes) Amélie Asturias. Second en partant de la droite, Feliz Park. Galerie Sabine Bayasli, Paris, août 2024. © KLiz Gallery
« Blanc - Coexistence and Harmony » en 2024
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la galeriste séoulite Kim Liz est particulièrement visionnaire et qu’elle déborde d’une énergie communicative qui ne l’a jamais quittée. Par ailleurs, Paris est indéniablement sa seconde ville de cœur.
En 2024, elle invitait des artistes français et des artistes coréens dont certains étaient porteurs de handicaps à travailler ensemble à l’occasion d’une exposition intitulée « Blanc - Coexistence and Harmony » pour les Jeux paralympiques.
Elle expliquait que le titre de l’exposition « Blanc » faisait référence au monde à remplir, comme lorsqu’on remplit un papier blanc, en commençant à dessiner. J’ai eu le plaisir de présenter cette exposition
à l’occasion d’un article. Celle-ci s’est déroulée à la galerie Sabine Bayasli à Paris, et dans plusieurs endroits de la capitale.
Les artistes s’étaient inspirés d’une pièce historique majeure en Corée nommée Daedong Yeojido qui signifie « la grande carte de la terre de l'Est », créée par le cartographe Kim Jeong-ho, en 1861. Elle est composée de vingt-deux planches qui mesurent, si on les assemble, 6,7 mètres sur 3,3 mètres de large. Elle a été imprimée à partir de soixante-dix blocs de bois de tilleul, gravés sur deux faces. Cette carte, nous allons la revoir justement devant le Grand Palais le 5 octobre 2026.
Liz et ses artistes avaient divisé Paris en quinze sections (cinq horizontales et trois verticales) pour présenter quinze artistes qui ont créé des œuvres sur toiles inspirées par les monuments, et par les événements de la vie parisienne. Les œuvres devaient ensuite être assemblées en une seule (250x180cm).
Dès 2024, les artistes avaient présenté des vidéos utilisant l’intelligence artificielle, la réalité augmentée et la réalité mixte.
Parisienne dans l’âme, Liz avait expliqué au sujet de l’affiche de l’exposition qu’elle ressentait l’harmonie entre les couleurs du drapeau français, se mêlant parfaitement aux couleurs du « Taegeukgi » de République de Corée.
Je m'étais rendue à cette exposition accompagnée de ma camarade journaliste honoraire Sabrina, ainsi que de Louisette Breuil dont le mari était un ancien combattant du bataillon de l’Onu pendant la guerre de Corée. Quand l’exposition a été suivie du volet Blanc in Séoul, Aude également journaliste honoraire et Noura fondatrice de La Corée pour les Boomers avaient rendu visite à Liz dans sa galerie située dans le quartier de Gangnam.
De gauche à droite, affiche de l'exposition solo de Feliz Park, « Expansion, The Infinite Forest & Beyond » et Feliz Park, artiste du projet Blanc, Séoul, septembre 2026. © KLiz Gallery
Blanc Expansion, The Infinite Forest & Beyond
Parmi tous ces artistes dont j’avais fait connaissance en 2024, figurait un jeune homme âgé tout juste de 20 ans, dont le talent nous avait stupéfaits. Son nom est Feliz Park. Feliz est en situation de handicap. Liz et son manager Sung JunHyuk ont toujours convaincus de son talent, n'ont jamais voulu cacher cette situation.
Pour que le public ne soit pas influencé par sa situation ils lui ont donné ce prénom artistique de Feliz car son vrai nom est Park Sung-ho. Quant à sa maman, dont il est très proche, elle a été surnommée Navida. Ainsi est créé non sans humour, le duo : Feliz Navida, qui fait aussi référence à la joie de Feliz quand il peint.
Feliz a présenté son exposition solo intitulée « Expansion. The Infinite Forest & Beyond ». Cette exposition qui s’est déroulée jusqu’au 20 septembre 2026 à Séoul a été reconnue comme un projet de soutien aux arts pour les artistes en situation de handicap, par la Seoul Foundation for Arts and Culture.
Toujours ce fil rouge tissé par Liz, on retrouvera aussi le travail de Feliz Park devant le Grand Palais le 5 octobre 2026.
De droite à gauche au premier rang, Amélie Asturias, Kim Liz, Park Man-su représentant la marque Oh My Gat et Louis Cardin Edwards avec les couleurs phares, noir, bleu, blanc, rouge. Au second rang de droite à gauche, Louisette Breuil, Laurent Dumoulin-Lee Jaedong, président de Racines coréennes, Sabrina et Aude, journalistes honoraires de Korea.net, lors du défilé « Gat to Paris », le 5 octobre 2026. © KLizGallery et Oh My Gat
« Blanc Expansion, Gat to Paris » en 2026
Quelques jours avant qu’elle ait foulé le sol de l’aéroport de Roissy, Liz m’a adressé des photographies, vidéos et informations au sujet de son projet parisien spécialement conçu à l’occasion des 140 ans de relations diplomatiques entre la France et la Corée, l’événement Gat to Paris.
Ce projet est né de sa coopération avec Park Man-su, fondateur du collectif et de la
marque Oh My Gat. Liz m’a indiqué qu’elle venait à Paris avec son directeur artistique Sung JunHYuk et Park Man-su.
Oh My Gat met à l'honneur le gat, le chapeau traditionnel coréen de la dynastie Joseon, et le dapho, manteau traditionnel. Le Dapho était porté par-dessus les habits depuis la fin de la dynastie Goryeo jusqu'à la fin de la dynastie Joseon. Oh My Gat réinterprète aujourd’hui ces vêtements de manière contemporaine et les décline dans de superbes couleurs.
Hormis les couleurs des vêtements le visuel du projet “Gat to Paris” est structuré autour de quatre thèmes coloriels (Noir, Bleu, Blanc, Rouge), thèmes menés par différents artistes et créateurs, dont Amélie Asturias et Louis Cardin Edwards.
Liz a expliqué que le projet « Blanc 2026- Gat to Paris » serait une performance artistique et une procession de mode qui aurait lieu le lundi 5 octobre 2026 dans les rues de Paris en marge de la Paris Fashion Week. La procession aurait pour point d’arrivée le Grand Palais ce qui coïnciderait parfaitement avec le déroulement du défilé Chanel.
Le samedi qui a précédé le défilé, nous nous sommes retrouvés avec Liz, Sung Jun-hyuk son manager, Park Man-su, M. Lee du centre culturel coréen et aussi Amélie Asturias, Aude et Noura. A ce moment, nous n’avions sans doute pas totalement compris qui seraient les participants du fameux défilé.
Mais les participants c’étaient nous !
Arrivée du défilé événement « Gat to Paris » au Grand Palais avec au premier rang de droite à gauche, Amélie Asturias, Kim Liz, Park Man-su et Louis Cardin Edwards, à Paris, le 5 octobre 2026. © KLizGallery et Oh My Gat
Le défilé Gat to Paris du 5 octobre 2026
Et c’est là que l’incroyable s’est produit. Nous sommes arrivés au centre culturel coréen. Nous formions une joyeuse équipe avec parmi nous, Aude, Louisette Breuil, Sabrina et aussi Lee Jaedong, président de Racines coréennes qui est aussi un artiste qui coopère avec le collectif Blanc. Deux jeunes femmes qui étaient initialement venues visiter le centre culturel coréen ont été émerveillées par les couleurs magnifiques des tenues et des chapeaux, et ont décidé de se joindre à nous. Bien sûr, Liz, Amélie, Louis Cardin Edwards et Park Man-su faisaient aussi partie du défilé, ainsi que Marion Senez qui a traduit simultanément chaque étape avec bienveillance.
Dès notre sortie du centre, nous avons été accueillis avec autant de regards surpris que de sourires. Nous avons marché en procession accompagnés par des photographes du staff de Liz. A certains moments, nous avons traversé soit deux par deux, soit quatre par quatre.
Aussi enthousiastes que fébriles, nous sommes passés à proximité du Palais de l'Élysée. Tenus par leur devoir de réserve, les policiers qui encadrent ce haut lieu de la république française n’ont pu s’empêcher de regarder en notre direction avec un certain étonnement.
Puis notre heure de gloire est arrivée ! Nous avons traversé la mythique avenue des Champs-Elysées pour rejoindre les portes du Grand Palais où se déroulait le défilé Chanel et là, l’impensable s’est produit. Sans prétention, alors que de nombreuses personnes posaient déjà pour des photographes, tous les regards se sont posés sur nous. Il faisait beau et nous apportions une touche différente avec nos magnifiques tenues de toutes couleurs.
Mention spéciale à Louisette Breuil, qui a déclaré avec humour avoir été la doyenne de l’événement. Elle connaît les vêtements coréens, puisque récemment elle a été invitée avec sa petite fille au France-Korea Model Contest, en qualité de descendantes du bataillon de l’ONU,
comme je le raconte dans cet article, mais ce lundi Louisette Breuil a franchi une étape et s’est beaucoup amusée.
Sous les crépitements des objectifs, de nombreuses personnes nous demandaient : « qui êtes- vous ? d'où viennent vos tenues ? ». Certains ont voulu poser avec nous.
Les touristes coréens présents étaient stupéfaits mais très fiers.
Quand la nuit a commencé à tomber nous avons déroulé tous ensemble sous les yeux du public ébahi les rouleaux de Daedong Yeojido et dévoilé l’une des œuvres de Feliz Park. Nos publications, et stories ont été vues et appréciées un nombre de fois incalculable. Oh My Gat, l’apothéose !
Révélation des rouleaux du chef-d’œuvre de l’époque Joseon « Daedong Yeojido » et l’une des œuvres de Feliz Park, « La chambre de papa » par tous les participants du défilé événement Gat to Paris avec Kim Liz, Amélie Asturias, Park Man-su et Louis Cardin Edwards, le 5 octobre 2026. © KLizGallery et Oh My Gat
Quelques mots encore
C’est ainsi que j’ai eu la chance de faire partie du défilé événement Gat to Paris qui a permis à certains parisiens et aux visiteurs de découvrir des vêtements emblématiques du patrimoine coréen. Ces derniers jours, les médias coréens ont mis les projecteurs sur la capitale pour des raisons parfois moins joyeuses, mais en tout cas grâce à Blanc-Gat to Paris, nous avons tenté au contraire d’apporter du bonheur et des couleurs.
Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.
caudouin@korea.kr