Journalistes honoraires

20.10.2026

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L'entrée de l'exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l'art bouddhique », présentée au centre culturel coréen de Paris dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes. © Lantou Onirina

L'entrée de l'exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l'art bouddhique », présentée au centre culturel coréen de Paris dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes. © Lantou Onirina



Par Lantou Onirina

Tradition et modernité : Seokguram, un héritage millénaire réinventé à Paris

Au centre culturel coréen de Paris, l'exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l'art bouddhique » fait dialoguer les trésors du royaume de Silla avec les créations d'artistes contemporains. Sculptures en papier traditionnel, fragments archéologiques et installations invitent à redécouvrir un patrimoine vieux de plus de treize siècles, dont l'influence se prolonge aujourd'hui bien au-delà de la péninsule coréenne.

Mille visages de Bouddha recouvrent un immense mur. À première vue, ils semblent identiques. Pourtant, en s'approchant, des différences apparaissent. Ici, un sourire esquissé ; là, des lèvres plus pincées ou des paupières légèrement abaissées. Dans cette installation intitulée « Les Mille Bouddhas », l'artiste Lee Seung-chul a réalisé chaque visage à partir d'un même moule. Mais le séchage du hanji, le papier traditionnel coréen, leur a donné des expressions singulières. Leurs teintes, obtenues grâce à des colorants naturels, varient également, dessinant sur le mur de longues lignes colorées. Une étonnante démonstration de ce que peut produire un savoir-faire ancestral lorsqu'il rencontre la création contemporaine.

Les Mille Bouddhas de Lee Seung-chul, une installation de plus de mille visages en hanji présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au Centre Culturel Coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina

Les Mille Bouddhas de Lee Seung-chul, une installation de plus de mille visages en hanji présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina


C'est lors d'une visite guidée organisée le 17 octobre par Kore, le club dont je fais partie, que j'ai pu découvrir cette installation, ainsi que les nombreuses œuvres réunies au centre culturel coréen de Paris. Présentée dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes, l'exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l'art bouddhique » propose une plongée dans l'univers spirituel et artistique du royaume de Silla, tout en montrant comment cet héritage continue d'inspirer les créateurs d'aujourd'hui.

Seokguram, un sanctuaire au cœur de l'histoire de Silla

Située près de Gyeongju, ancienne capitale du royaume de Silla, la grotte de Seokguram constitue l'un des chefs-d'œuvre de l'art bouddhique coréen. Sa construction, entreprise en 751 à l'initiative de Kim Dae-seong, s'achève en 774, sous le règne du roi Hyegong. Édifié à une époque où le bouddhisme occupait une place centrale dans la vie politique et culturelle du royaume, ce sanctuaire témoigne de l'extraordinaire maîtrise technique et artistique des artisans de Silla. Inscrit avec le temple Bulguksa au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1995, il demeure l'un des témoignages les plus remarquables de cette période.

Au fil des explications de notre guide, je découvre les particularités de son architecture. Contrairement à une grotte naturelle, Seokguram est un sanctuaire artificiel, édifié à partir de blocs de granit minutieusement taillés et assemblés sans mortier. Son architecture comprend une antichambre, un passage et une salle circulaire surmontée d'une coupole. Au centre de cette dernière trône une imposante statue de Bouddha, haute d'environ 3,45 mètres, entourée de nombreuses figures bouddhiques.

J'ai également pu en observer les détails grâce aux photographies de Han Seokhong, qui a documenté le sanctuaire à plusieurs reprises, notamment en 1980, 1986 et 2000. Ces clichés possèdent aujourd'hui une valeur particulière. Pour des raisons de conservation, une vitre protège la salle principale et empêche les visiteurs de s'approcher des sculptures. Les photographies permettent ainsi d'observer des expressions, des ornements et des détails qui échappent désormais au regard lors d'une visite du site.

Mais ce qui m'a particulièrement intéressée dans cette exposition, c'est aussi la manière dont les artistes contemporains puisent dans les techniques et les symboles du passé pour leur donner de nouvelles formes.

Schéma en coupe de la grotte de Seokguram, montrant son architecture et la disposition des sculptures bouddhiques, présenté dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina

Schéma en coupe de la grotte de Seokguram, montrant son architecture et la disposition des sculptures bouddhiques, présenté dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina


Mille visages, mille expressions

Le travail de Lee Seung-chul en offre l'une des illustrations les plus saisissantes. Spécialiste du hanji, l'artiste exploite les propriétés de ce papier traditionnel coréen pour réaliser des sculptures qui semblent défier les caractéristiques habituelles de leur matériau.

Outre le spectaculaire mur de plus de mille visages, deux imposantes représentations de Bouddha retiennent mon attention. L'une présente une finition à l'encre de Chine, tandis que l'autre est recouverte de feuilles d'or. Leur apparence massive laisse difficilement imaginer qu'elles sont constituées de papier.

Et pourtant, j'apprends avec surprise que l'une de ces sculptures ne pèse qu'environ sept kilogrammes ! Une légèreté étonnante pour une œuvre de cette envergure, rendue possible par une structure creuse et les techniques de façonnage du hanji.

Ce contraste souligne les qualités d'un matériau utilisé depuis des siècles en Corée, que l'artiste détourne ici de ses applications traditionnelles pour lui donner une dimension sculpturale monumentale.

En revenant devant le mur des Mille Bouddhas, je découvre une autre facette de son travail. Chaque visage a été façonné à partir d'un moule identique. Pourtant, comme nous l'explique la guide, le papier ne se comporte jamais exactement de la même manière lors du séchage. Il se plie, se rétracte et se déforme légèrement, modifiant les traits du visage. Un nez paraît plus prononcé, des yeux davantage fermés, une bouche plus souriante.

En observant l'installation, je suis frappée par cette différence de perception. De loin, le regard embrasse un ensemble régulier, presque géométrique. De près, chaque figure révèle ses particularités. La matière introduit une part d'imprévu dans un processus fondé sur la répétition.

À travers ces créations, Lee Seung-chul propose également une nouvelle rencontre avec l'art bouddhique. Ses sculptures prennent place dans un centre culturel, loin du cadre religieux auquel ces représentations sont traditionnellement associées, et deviennent accessibles à des visiteurs qui n'auraient peut-être jamais eu l'occasion de les découvrir dans un temple.

Statue de Bouddha en hanji de Lee Seung-chul, inspirée du Bouddha de Seokguram, présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina

Statue de Bouddha en hanji de Lee Seung-chul, inspirée du Bouddha de Seokguram, présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina


Le lotus, de la spiritualité à la création contemporaine

Une autre œuvre m'a particulièrement séduite : « L'Étang aux lotus » (Yeonji, 2026) de Kim Eunha, qui associe des fragments archéologiques de l'époque de Silla, du textile et de l'acier inoxydable poli miroir.

L'artiste utilise notamment des morceaux de tuiles d'extrémité, ces éléments décoratifs qui ornaient autrefois les toitures des temples et des palais. Certaines présentent des motifs floraux, notamment celui du lotus. Autour de ces vestiges, les fleurs réalisées en textile composent un étang imaginaire, où les traces du passé semblent retrouver leur environnement symbolique.

Le choix du lotus n'a rien d'anodin. Dans la tradition bouddhique, cette fleur possède une signification spirituelle majeure. Elle prend racine dans la boue, traverse une eau parfois trouble et s'épanouit pourtant dans toute sa pureté. Cette particularité en fait un symbole de l'éveil et de la capacité à s'affranchir des impuretés du monde.

Le lotus occupe d'ailleurs une place importante dans l'iconographie de Seokguram. Le bodhisattva Avalokiteśvara aux Onze Visages, représenté sur l'un des reliefs du sanctuaire, tient notamment un vase contenant une fleur de lotus.

Avec « L'Étang aux lotus », Kim Eunha donne une nouvelle présence à ce symbole ancien. Les fragments archéologiques ne sont plus considérés uniquement comme les témoins d'une époque révolue. Ils participent à une composition contemporaine, dans laquelle les motifs spirituels du Silla retrouvent une place et une fonction esthétique nouvelles.

L’Étang aux lotus (Yeonji) de Kim Eunha, une installation associant fleurs de lotus en textile et fragments archéologiques du royaume de Silla, présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026 © Lantou Onirina

L’Étang aux lotus (Yeonji) de Kim Eunha, une installation associant fleurs de lotus en textile et fragments archéologiques du royaume de Silla, présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026 © Lantou Onirina


La Pagode de la mémoire, quand les vestiges racontent une histoire

La rencontre du passé et du présent prend une autre dimension avec « La Pagode de la mémoire » (2026), une installation du Studio Shinyoo, atelier de design fondé en Suède.

Réalisée à partir de bois, d'acrylique et d'objets archéologiques, cette œuvre de près de deux mètres de hauteur réinterprète la silhouette des anciennes pagodes bouddhiques coréennes. Sa structure composée de trois niveaux évoque les différentes étapes de la découverte, de la conservation et de la transmission des vestiges.

À sa base, j'observe des fragments de tuiles décoratives partiellement enfouis dans le sable, comme ils pourraient l'être lors de fouilles archéologiques. Ils rappellent les siècles durant lesquels ces objets sont demeurés invisibles, avant d'être exhumés par les chercheurs.

Au niveau intermédiaire, les fragments sont rassemblés. Un jeu de miroirs contribue à restituer visuellement leur forme d'origine et évoque le travail patient des spécialistes chargés de leur conservation.

Enfin, dans la partie supérieure de l'installation, les éléments dispersés retrouvent symboliquement une unité. De simples vestiges, ils deviennent les composantes d'une mémoire culturelle commune.

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans cette installation, c'est la manière dont elle évoque le rôle des archéologues et des conservateurs, mais également celui des artistes et des designers qui contribuent à renouveler notre compréhension du patrimoine.

En empruntant la forme d'une architecture religieuse ancienne pour raconter le devenir des objets archéologiques, Studio Shinyoo transforme la pagode en une réflexion sur la transmission. Les fragments qui ont traversé plus de 13 siècles continuent de raconter une histoire, désormais partagée avec les visiteurs d'aujourd'hui.

La Pagode de la mémoire (2026) de Studio Shinyoo, une installation à trois niveaux évoquant la découverte et la conservation des vestiges du royaume de Silla, présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina

La Pagode de la mémoire (2026) de Studio Shinyoo, une installation à trois niveaux évoquant la découverte et la conservation des vestiges du royaume de Silla, présentée dans l’exposition « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l’art bouddhique », au centre culturel coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina


Un patrimoine à découvrir autrement

J'ai également apprécié les différents dispositifs de médiation proposés au fil de l'exposition. Aux photographies historiques s'ajoutent des reproductions en relief, des maquettes réalisées grâce à l'impression 3D, des textes en braille et des commentaires audio.

La section « Seokguram du bout des doigts » présente une vue en relief de l'intérieur de la grotte depuis l'antichambre, réalisée à partir d'une photographie de Han Seokhong datant de 2000. Ce dispositif tactile est accompagné d'un ouvrage en braille, au Centre Culturel Coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina

La section « Seokguram du bout des doigts » présente une vue en relief de l'intérieur de la grotte depuis l'antichambre, réalisée à partir d'une photographie de Han Seokhong datant de 2000. Ce dispositif tactile est accompagné d'un ouvrage en braille, au Centre Culturel Coréen de Paris, en octobre 2026. © Lantou Onirina


La section « Seokguram du bout des doigts » permet notamment de découvrir par le toucher les formes et les détails de sculptures habituellement protégées derrière une vitre. Conçus pour rendre le patrimoine accessible aux personnes aveugles ou malvoyantes, ces dispositifs offrent également une autre manière d'en apprécier la richesse.

Cette visite m'a ainsi rappelé que la préservation d'un patrimoine ne repose pas uniquement sur la conservation de ses formes anciennes. Elle passe aussi par la recherche de nouveaux moyens de le comprendre, de le partager et de le faire découvrir.

Et ma découverte ne s'est pas arrêtée là. Au troisième étage du centre, une autre exposition invite cette fois à explorer Gyeongju elle-même. Plus particulièrement consacrée à la ville, à ses paysages et à son patrimoine, elle propose plusieurs activités interactives pour poursuivre le voyage à travers l'ancienne capitale de Silla.

Avant de quitter les lieux, j'ai également découvert un espace où les visiteurs peuvent inscrire un vœu et le suspendre, à la manière de certaines pratiques que l'on retrouve en Corée. Une dernière invitation à participer, à son tour, à une tradition toujours vivante.

Informations pratiques
Exposition : « La grotte de Seokguram : le secret millénaire de l'art bouddhique »
Dates : du 2 octobre 2026 au 13 mars 2027
Lieu : Centre culturel coréen, 20 rue La Boétie, 75008 Paris
Horaires : du lundi au vendredi, de 10h à 18h ; le samedi, de 11h à 18h. Fermé le dimanche et certains jours fériés.
Tarif : entrée libre et gratuite
Accès : métro Miromesnil (lignes 9 et 13) ou Saint-Augustin (ligne 9)
Plus d'informations : Site officiel du centre culturel coréen de Paris

Au troisième étage du centre culturel coréen de Paris, l’exposition consacrée à Gyeongju invite les visiteurs à inscrire leurs vœux sur des cartes en forme d’étoile et à les suspendre autour d’une installation inspirée d’une pagode, en octobre 2026. © Lantou Onirina

Au troisième étage du centre culturel coréen de Paris, l’exposition consacrée à Gyeongju invite les visiteurs à inscrire leurs vœux sur des cartes en forme d’étoile et à les suspendre autour d’une installation inspirée d’une pagode, en octobre 2026. © Lantou Onirina



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