Journalistes honoraires

20.10.2026

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Affiche de la Paris Asian Art Fair, du 20 au 24 octobre 2026. © Asia Now

Affiche de la Paris Asian Art Fair, du 20 au 24 octobre 2026. © Asia Now



Par Nicole Bergeaud

Du 20 au 24 octobre, Asia Now, le seul salon européen consacré à l’art contemporain asiatique, revient à Paris. Au-delà des galeries participantes, son programme fait une large place aux rencontres et aux échanges entre artistes, galeristes et collectionneurs venus d’Asie et de ses diasporas.

Junseok Mo et sa galériste Muriel Fagnoni sur leur stand au salon Asia Now, à la Monnaie de Paris, le 19 octobre 2026. © Nicole Bergeaud

Junseok Mo et sa galériste Muriel Fagnoni sur leur stand au salon Asia Now, à la Monnaie de Paris, le 19 octobre 2026. © Nicole Bergeaud


De son enfance à Ulsan à son arrivée à Paris en 2014, l’artiste coréen Junseok Mo a fait de la différence et de l’altérité le cœur de son travail. À la veille d’Asia Now, il m’a raconté son parcours et ses inspirations lors d’un entretien en visioconférence, le 16 octobre.

Représenté par la galerie parisienne Quand les fleurs nous sauvent, il participe pour la deuxième fois à Asia Now. Il y présentera 13 sculptures en fil de cuivre, cinq maquettes en argile et une trentaine de dessins.

J’avais rencontré Junseok Mo en juin dernier, lors d’une exposition collective aux Missions Étrangères de Paris. Son œuvre Suivre la lumière, également présentée à Asia Now, m’avait immédiatement fascinée, jouant magnifiquement avec la lumière et son ombre portée.

Junseok Mo, Suivre la lumière, 2026, fil de cuivre, vitrail, 88 × 70 × 53 cm. © Junseok Mo

Junseok Mo, Suivre la lumière, 2026, fil de cuivre, vitrail, 88 × 70 × 53 cm. © Junseok Mo


D'Ulsan à Paris, le parcours d'un artiste

Originaire d'Ulsan, grande ville du sud-est de la Corée, Junseok Mo a quitté sa ville natale pour étudier la sculpture à l'université Kookmin, à Séoul.

Il m'explique que l'enseignement artistique coréen se déroule principalement dans les universités, contrairement à la France avec les Beaux-Arts.

« En Corée, on apprend surtout à perfectionner sa technique pendant quatre ans, pour atteindre un très haut niveau. On travaille différents matériaux, notamment le métal. L'enseignement est bien organisé, mais on s'intéresse moins aux sujets, aux idées et aux problématiques qui se trouvent derrière les œuvres », m'explique-t-il, en précisant qu'il n'a pas lui-même étudié aux Beaux-Arts de Paris.

À son arrivée, il ne parle que quelques mots de français. Il souhaite avant tout élargir son expérience artistique et découvrir une autre manière de penser la création.

À l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne, où il poursuit ses études en arts plastiques, son professeur et directeur de master joue un rôle important dans son évolution. Sa méthodologie l'aide à organiser ses idées et à structurer sa réflexion artistique. Il obtiendra un doctorat à la Sorbonne en 2024.

Mais la France lui apporte bien davantage qu'une formation universitaire.

« Si j'étais resté en Corée, je n'aurais jamais connu l'expérience d'être étranger. Cela a été difficile, mais aussi très enrichissant. »

Cette expérience de la différence et de l'altérité est devenue l'un des fondements de son travail d’artiste.

Une reconnaissance artistique en Corée

Junseok Mo a également exposé à plusieurs reprises en Corée. Deux de ses sculptures font aujourd’hui partie des collections du MMCA Art Bank, la Banque d’art du Musée national d’art moderne et contemporain de Corée, et de la Government Art Bank, la Banque d’art gouvernementale coréenne.

L’une de ces œuvres a notamment été présentée dans le cadre de l’exposition Construire le vide, au musée de Sancheong, en Corée, du 24 décembre 2025 au 30 juin 2026.

Junseok Mo, Porté par le rêve, 2026, fil de cuivre, vitrail, 17 × 128 × 79 cm © Junseok Mo

Junseok Mo, Porté par le rêve, 2026, fil de cuivre, vitrail, 17 × 128 × 79 cm © Junseok Mo


Des maisons, des escaliers et des villes transparentes

Au premier regard, ses sculptures évoquent des constructions architecturales miniatures. Certaines semblent même flotter dans l'air.

Je lui demande d'où vient son inspiration. Il me parle aussitôt de son enfance à Ulsan, dans un quartier construit sur les pentes d'une montagne, où les maisons étaient serrées les unes contre les autres comme dans le quartier de la lune à Busan.

Mais Paris a également nourri son imagination, notamment son architecture haussmannienne.

La création d'une œuvre suit plusieurs étapes. Junseok Mo commence toujours par des dessins, puis réalise une maquette en argile avant de construire patiemment sa sculpture en fil de cuivre. Il utilise parfois des fragments de vitrail, qui introduisent de petites touches colorées au milieu de ces architectures transparentes.

Ce qui me frappe particulièrement, c'est que la lumière et les ombres font partie intégrante de ses sculptures.

Junseok MO, ébauche © Junseok Mo

Junseok MO, ébauche © Junseok Mo


Le coup de cœur d’une galeriste parisienne

Pour Muriel Fagnoni, fondatrice de la galerie parisienne Quand les fleurs nous sauvent, Junseok Mo représente une exception. Sa galerie présente habituellement des œuvres autour des fleurs, du végétal et de la nature.

Elle a découvert son travail lors des rencontres Carré sur Seine, qui réunissent artistes et experts du monde de l’art. « J’ai été tellement bouleversée que j’ai décidé de présenter son travail », me confie-t-elle.

Ce qui l’a séduite avant tout, c’est sa singularité. « Quand on a vu une fois une œuvre de Junseok, on s’en souvient quand on en revoit une, car son travail ne fait penser à celui d’aucun autre artiste. »

Muriel Fagnoni a également été sensible à ce qu’elle appelle « l’esthétique de la coexistence », au cœur de la démarche du sculpteur. Elle y retrouve le dialogue entre les architectures coréenne et haussmannienne, mais aussi entre des notions apparemment opposées : la lumière et l’ombre, l’intérieur et l’extérieur, le vide et le plein.

Des contraires qui, dans les sculptures de Junseok Mo, finissent par se réconcilier.

Junseok Mo, Ce que nous ne pouvons pas séparer, 2018-2024, fil de cuivre, vitrail, 67 × 98 × 46 cm. © Junseok Mo

Junseok Mo, Ce que nous ne pouvons pas séparer, 2018-2024, fil de cuivre, vitrail, 67 × 98 × 46 cm. © Junseok Mo


Gonggan : l'espace qui nous relie

Pour comprendre le travail de Junseok Mo, il faut s’intéresser à la place qu’il accorde au vide.

Dans le catalogue de sa galerie, il est question du mot coréen gonggan, qui signifie « espace ». L’artiste en propose une interprétation particulière : l’espace vide ne peut exister qu’entre deux êtres ou deux éléments.

Ce vide n’est donc pas simplement un espace à remplir. Il devient un lieu de relation avec les autres, et l’habitat, notre premier espace de coexistence.

Lors de notre entretien, nous parlons également du ki, souvent associé au souffle ou à l'énergie vitale dans les traditions d’Asie. Il tient à apporter une précision importante : le ki n’est pas un concept qu’il intègre dans son travail. Cependant, il utilise cette notion comme une analogie pour expliquer les flux invisibles qui semblent traverser certaines de ses œuvres.

Il évoque ce que l’on ne voit pas autour d’une personne ou d’un objet, mais qui existe pourtant, comme un souffle ou une respiration.

Il établit également un rapprochement avec le yin et le yang dans la pensée orientale.

Ces deux principes, bien qu’opposés, se complètent mutuellement. Cette complémentarité correspond à sa réflexion sur l’altérité : comment des êtres différents peuvent-ils coexister sans perdre leurs différences ?

Les espaces vides ne sont pas des parties manquantes. Ils font partie de l’œuvre.

Une ligne peut relier, mais aussi diviser

Au cours de notre conversation, Junseok Mo revient plusieurs fois sur une question qui lui tient particulièrement à cœur : comment comprendre la différence et vivre ensemble ?

Il ne s’agit pas seulement de vivre côte à côte, mais de réfléchir à ce qui nous sépare et à ce qui peut nous rapprocher. Il m’explique que les lignes qu’il utilise dans ses sculptures ne possèdent pas nécessairement la même signification en France et en Corée.

Pour lui, en Corée, une ligne peut aussi évoquer la ligne de démarcation qui divise la péninsule.

Une observation qui donne une autre dimension à ces fils de cuivre. Ils peuvent dessiner les contours d’une maison, séparer deux espaces, mais aussi créer des passages entre eux. Il souhaite que son travail amène les visiteurs à réfléchir à des questions très actuelles, à la différence, aux frontières et à notre manière de vivre ensemble.

Lorsque je lui demande quelle œuvre représente le mieux cette interrogation, il me cite Souffle en soi, qui sera présentée à Asia Now.

Pour cette deuxième participation à Asia Now, Junseok Mo présente également sa nouvelle série Ni dedans ni dehors, qui poursuit sa réflexion sur les frontières entre l’intérieur et l’extérieur.

Pour lui, Asia Now est une référence de l’art contemporain asiatique, reconnue à l’international. Les galeries coréennes y sont de plus en plus nombreuses.

Un art qui n’est pas réservé aux spécialistes

Avant de terminer notre entretien, je tiens à lui expliquer pourquoi j’ai eu envie d’écrire cet article.

Je ne suis pas spécialiste de l’art contemporain. Beaucoup d’œuvres me laissent perplexe. Mais lorsque j’ai découvert les sculptures de Junseok Mo aux Missions Étrangères, j’ai été immédiatement attirée par son travail.

Il y a dans l’art une part de sensibilité qui ne se laisse pas toujours traduire par des mots.

Et c’est justement ce que je souhaitais partager avec les lecteurs de Korea.net.

Il n’est pas nécessaire de connaître l’histoire de l’art contemporain coréen pour être touché par une œuvre. On peut simplement s’arrêter, regarder, ressentir quelque chose, puis avoir envie d’en apprendre davantage sur celui qui l’a créée.

Ses sculptures parlent de maisons, de villes et d’espaces. Mais derrière ces architectures transparentes, il pose une question beaucoup plus large. Dans un monde où les frontières continuent de séparer les hommes, comment apprendre à vivre ensemble sans effacer ce qui nous rend différents ?

Une question que l’artiste pose avec quelques fils de cuivre, et qui mérite certainement que l’on s’y arrête.

Merci à Junseok Mo et à sa galeriste, Muriel Fagnoni, pour le temps qu'ils ont bien voulu me consacrer à la veille de l'ouverture d'Asia Now.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr