Par Andra-Michaela Pena
Tout festival de cinéma est une invitation à découvrir de nouvelles histoires. Certains nous amènent aussi à réfléchir aux liens qui nous unissent à celles et ceux qui les racontent. Du 20 au 25 octobre 2026, la 15e édition du festival du film coréen de Francfort explore cette dimension à travers le jeong, une notion coréenne qui évoque l’affection, l’attention portée aux autres et les liens qui se construisent au fil du temps. Au programme : 27 longs métrages et 11 courts métrages, des rencontres avec des cinéastes et une journée consacrée à la culture coréenne.
En amont du festival, j’ai réalisé un entretien par courriel avec Anna Charlotte Seel, membre de l’équipe de direction et coresponsable du service de presse, dans le cadre d’échanges menés du 14 au 19 octobre. Ses réponses éclairent l’engagement des bénévoles, la place accordée aux cinéastes émergents et le choix du thème de cette édition.
L’affiche de la 15e édition du festival du film coréen de Francfort, organisé du 20 au 25 octobre 2026 autour du thème du jeong, met à l’honneur les liens affectifs qui se tissent entre les personnes. © Festival du film coréen de Francfort
D’une initiative étudiante à un engagement collectif
L’histoire du festival commence en 2012, à l’initiative d’étudiants du département d’études coréennes de l’université Goethe de Francfort, explique Anna Charlotte Seel. Depuis, le projet a grandi et rassemble aujourd’hui près de 70 membres qui s’y consacrent tout au long de l’année. Leurs missions vont bien au-delà de la sélection des films : demandes de financement, communication, accueil des invités et préparation logistique font partie du travail accompli sur leur temps libre.
Anna Charlotte Seel a découvert le festival peu après son arrivée à Francfort pour étudier le théâtre, le cinéma et les médias. Un professeur avait encouragé les étudiants à s’intéresser aux festivals locaux. Apprendre que celui-ci reposait entièrement sur le bénévolat l’a immédiatement impressionnée ; un an plus tard, elle contactait l’équipe pour proposer son aide. « Ce qui a toujours fait la particularité du festival, c’est son équipe très jeune et engagée, qui l’organise sur son temps libre », confie-t-elle.
Les dernières éditions témoignent de cette évolution. En 2024, le thème Générations invitait à croiser les expériences et les regards, tandis que Frontières et liberté, en 2025, interrogeait les rapports entre ces deux notions. Le lancement de la première Korea Culture Day et la création du KFFF Newcomer Award en 2024 ont également élargi les activités du festival, en favorisant la découverte culturelle et en offrant davantage de visibilité aux nouveaux talents du cinéma.
Des bénévoles réunis aux côtés de l’acteur Teo Yoo lors de l’édition 2023 du festival du film coréen de Francfort. Cette photo de groupe témoigne des rencontres entre les invités et les équipes qui font vivre le festival. © Festival du film coréen de Francfort
Le jeong, à l’écran comme en coulisses
Pour cette 15e édition, l’équipe a choisi un mot coréen qui se prête à de multiples interprétations. « Il est difficile à définir, mais notre équipe l’associe aux liens affectifs qui se développent avec le temps, à l’affection, à la bienveillance et aux petits gestes », explique Anna Charlotte Seel. Le jeong peut ainsi se manifester dans les habitudes partagées et les attentions discrètes qui donnent progressivement de la profondeur à une relation. Il propose une manière d’aborder les films tout en invitant chacun à réfléchir à ses propres liens avec les autres.
Le thème a été retenu au début de l’année, alors que l’équipe ignorait encore ce que les mois suivants lui réserveraient. À l’approche du festival, Anna Charlotte Seel dit en avoir retrouvé l’esprit dans les échanges avec les partenaires et les artistes, mais aussi entre bénévoles. Elle cite également le film d’ouverture,
Once We Were Us, comme une œuvre dans laquelle cette notion s’exprime particulièrement clairement. Le jeong a ainsi accompagné aussi bien la programmation que le travail de préparation.
Cette préparation a toutefois connu un imprévu important. À la suite d’un incendie au CineStar Metropolis, la soirée d’ouverture et six autres projections ont été transférées au CinemaxX d’Offenbach. Les horaires restent inchangés, tandis que les séances annoncées à l’Eldorado, au Cinéma et au DFF sont maintenues dans leurs salles respectives. Ce changement est venu s’ajouter à un travail de longue haleine : selon Anna Charlotte Seel, l’organisation d’une nouvelle édition commence dès le lendemain de la clôture de la précédente.
Une scène de « Once We Were Us », présenté en ouverture du festival du film coréen de Francfort en octobre 2026. Le film invite à explorer les liens affectifs et les souvenirs partagés, en résonance avec le thème du jeong. © Showbox
Des œuvres marquantes aux nouvelles voix du cinéma coréen
La construction du programme passe par le visionnage de centaines de films. L’équipe de programmation suit les évolutions du cinéma coréen et s’intéresse aux sujets qui préoccupent les cinéastes contemporains, explique Anna Charlotte Seel. La sélection réunit ensuite des succès populaires, des films indépendants, des documentaires et des œuvres en lien avec le thème annuel. La rétrospective propose aussi de retrouver
The World of Us,
Dernier train pour Busan et
The Strangers, trois films sortis en 2016 qui célèbrent cette année leur dixième anniversaire.
Le soutien aux cinéastes émergents occupe une place croissante dans cette démarche. « L’une de nos grandes priorités est de soutenir les jeunes cinéastes et de leur offrir la possibilité de présenter leurs films à l’étranger », souligne Anna Charlotte Seel. Le KFFF Newcomer Award y contribue, tout comme l’introduction, cette année, de deux programmes consacrés au court métrage. Ce format étant souvent celui des premières réalisations, il permet au public de découvrir des regards et des univers encore peu connus.
Les invités illustrent la diversité de cette sélection. Han Chang-lok présentera sa comédie horrifique
Funky Freaky Freaks, la réalisatrice germano-coréenne Su-jin Song échangera autour de son documentaire
Doppelter Herzschlag, et Nam So-hyeon accompagnera
Those Who Leave Buy Flowers, intégré au programme de courts métrages consacré au jeong. Pour Anna Charlotte Seel, ces rencontres avec de jeunes cinéastes et la possibilité de faire découvrir leur travail à Francfort restent une source essentielle de motivation.
De gauche à droite : Su-jin Song, Han Chang-lok et Nam So-hyeon, invités à la 15e édition du festival du film coréen de Francfort, du 20 au 25 octobre 2026, pour présenter leurs œuvres et échanger avec le public. © Festival du film coréen de Francfort
La culture coréenne au-delà des salles obscures
Le 24 octobre, la troisième Korea Culture Day se tiendra à la jugend-kultur-kirche sankt peter, à Francfort. Spectacles, ateliers et rencontres prolongeront l’expérience du festival en donnant à découvrir différentes expressions de la culture coréenne. Du seonmudo à la danse traditionnelle de l’éventail, en passant par le haegeum et la danse K-pop, le programme permettra aussi bien d’assister à des démonstrations que de s’initier soi-même à de nouvelles pratiques.
Cette journée est née des activités qui accompagnaient autrefois les projections : travaux manuels, calligraphie ou quiz proposés entre deux films. Leur développement a progressivement donné naissance à un événement à part entière, organisé avec des associations coréennes et des restaurants de toute l’Allemagne. « Il est particulièrement gratifiant de voir que la Korea Culture Day attire aussi bien des familles et des étudiants que des visiteurs qui découvrent la culture coréenne pour la première fois », se réjouit Anna Charlotte Seel.
Le cinéma conserve toute sa place dans cette journée grâce aux tables rondes et aux entretiens en public avec les cinéastes invités. Ces échanges permettent d’en apprendre davantage sur leurs œuvres, leur parcours et leur expérience de l’industrie cinématographique. Ils offrent aussi aux visiteurs venus d’abord pour la musique, la danse ou une autre activité culturelle l’occasion de découvrir les personnes et les idées qui nourrissent la programmation du festival.
Des artistes en costumes traditionnels présentent un spectacle avec des tambours lors de la Korea Culture Day de 2025, organisée dans le cadre du festival du film coréen de Francfort. Cette journée invite le public à découvrir la culture coréenne à travers la musique, la danse et des activités participatives. © Festival du film coréen de Francfort
Les échanges qui donnent tout son sens au festival
À l’heure où les projections commencent, Anna Charlotte Seel se réjouit surtout de découvrir de nouveaux films et d’observer les réactions du public. Pour elle, l’intérêt d’un festival tient notamment à la possibilité de voir plusieurs œuvres à la suite, dont certaines sont rarement, voire jamais, montrées en salle. « Pouvoir ensuite assister à un échange avec le cinéaste, puis discuter du film avec d’autres spectateurs, c’est ce qui rend l’expérience d’un festival si particulière à mes yeux », explique-t-elle.
Cette place accordée à la conversation est aussi ce qui m’attire dans l’événement. Un film peut éveiller la curiosité pour un lieu, une relation ou une expérience qui nous est étrangère ; rencontrer la personne qui l’a réalisé ou en parler avec d’autres permet de prolonger cette découverte. Ce qui m’intéresse particulièrement dans cette édition, c’est de découvrir le cinéma coréen aux côtés de spectateurs qui apportent chacun leur vécu et leur sensibilité aux mêmes histoires.
Alors que je m’apprête à rejoindre le festival cette semaine, j’ai hâte de découvrir les films et de rencontrer celles et ceux qui rendent ces échanges possibles. Les réponses d’Anna Charlotte Seel m’ont déjà permis de mieux mesurer le travail et l’attention qui se cachent derrière le programme. Elles me donnent aussi envie de découvrir le jeong ailleurs qu’à l’écran : dans une discussion entre deux séances, une découverte partagée ou ces petits gestes grâce auxquels un lieu encore inconnu devient peu à peu familier.
Le réalisateur Sohn Hyun-lok, au micro, prend part à une rencontre lors de l’édition 2024 du festival du film coréen de Francfort. Invité avec son premier long métrage, « That Summer’s Lie », il participe aux échanges qui rapprochent les cinéastes du public. © Festival du film coréen de Francfort
Cet article a été traduit depuis l’anglais avec l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, puis relu par la rédaction de Korea.net.
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