Le président Lee Jae Myung et son homologue vietnamien To Lam, au palais présidentiel d’Hanoï, au Vietnam, le 22 avril 2026. © Cheong Wa Dae
Par Hong Hyun-ik
Ancien directeur de la Korean National Diplomatic Academy
Un contexte international difficile et la diplomatie pragmatique du gouvernement Lee Jae Myung
Le monde entier est secoué par les changements brutaux de la politique extérieure des États-Unis. La Corée, qui a toujours placé la coopération avec ce pays au cœur de sa diplomatie, est également confrontée à un environnement difficile. La priorité donnée aux intérêts américains a affaibli la confiance au sein de l'alliance coréano-américaine, et l'imposition unilatérale de droits de douane a porté un coup dur au commerce bilatéral.
Soucieux de préserver la stabilité de l'alliance coréano-américaine, le gouvernement de Lee Jae Myung a répondu de manière proactive aux demandes de réajustement formulées par les États-Unis et a cherché un terrain d'entente. Il a également établi une relation de confiance avec le Japon, jetant ainsi les bases d'une coopération. Les relations avec la Chine, qui avaient connu des difficultés sous l'administration précédente, ont été pleinement rétablies grâce à la visite à Pékin du président Lee Jae Myung en janvier. En conséquence, des bases de coopération en vue de la paix et de la prospérité mutuelle ont été établies avec les quatre grandes puissances entourant la péninsule coréenne, à l'exception de la Russie.
Cependant, la flambée des prix du pétrole et la perturbation des chaînes d'approvisionnement liées à la guerre en Iran ont plongé l'économie coréenne, fortement dépendante de l'extérieur, dans une crise grave. Pour surmonter cette situation, le gouvernement a encore élargi le champ d'action de sa diplomatie pragmatique.
Les visites officielles du président Lee Jae Myung en Inde et au Vietnam
Fin avril, lors de sa visite d’État en Inde, le président Lee Jae Myung a considérablement renforcé les relations bilatérales aux côtés du Premier ministre Narendra Modi. Quatrième puissance économique mondiale, pays le plus peuplé du monde, l'Inde dispose de capacités de pointe en matière d'intelligence artificielle et de logiciels. Forte d'une croissance économique de 7 % par an, elle devrait devenir la troisième économie mondiale d'ici 2050 et est considérée comme un pôle clé pour la diversification des chaînes de production et d'approvisionnement. Sur le plan diplomatique, l'Inde poursuit une coopération économique avec la Chine tout en étant en conflit avec elle sur des questions territoriales. Elle entretient des relations amicales avec les États-Unis tout en étant un allié stable de la Russie. Depuis la Seconde Guerre mondiale, elle s'est posée en leader des pays du Sud, dans la lignée du Mouvement des non-alignés. Par conséquent, renforcer sa relation avec l'Inde permettrait à la Corée de bénéficier non seulement d'avantages économiques, notamment en matière de production et de chaînes d'approvisionnement, mais aussi à rehausser son statut international et à forger des liens étroits avec les pays du Sud.
Lee Jae Myung et Narendra Modi se sont mis d’accord pour promouvoir le multilatéralisme et ont annoncé la reprise des négociations visant à renforcer l’Accord de partenariat économique global (CEPA), entré en vigueur en 2010. Ils espèrent également porter le volume de leurs échanges commerciaux, qui s’élève actuellement à 25 milliards de dollars, à 50 milliards de dollars d’ici 2030. Les deux pays ont également créé un comité bilatéral de coopération industrielle avec pour objectif de mettre en place un système d’approvisionnement stable en matières premières pétrochimiques, telles que le naphta, et d’élargir le champ de leur coopération aux secteurs de la construction navale et de l’océanographie. Ils se sont également mis d'accord pour étendre leur coopération, jusqu'ici centrée sur l'automobile et l'électroménager, aux domaines de la finance, de l'intelligence artificielle, ainsi que de la défense et de l'armement.
Le président Lee Jae Myung s'est ensuite rendu au Vietnam, pays avec lequel la Corée a développé, depuis l'établissement de relations diplomatiques en 1992, une relation semblable à une alliance économique. En août dernier, deux mois après son investiture, le président Lee Jae Myung avait accueilli To Lam, secrétaire général du Parti communiste vietnamien. Devenu président, To Lam a réservé les honneurs les plus élevés à son homologue coréen, qu'il a reçu en tant que premier invité d'État depuis son investiture en avril. Les deux pays sont respectivement le troisième partenaire commercial de l'un et de l'autre. La Corée est le premier investisseur au Vietnam, avec plus de 10 000 entreprises implantées dans le pays. Lors du forum d'affaires organisé à l'occasion de cette visite, les deux pays ont signé 73 protocoles d'accord et contrats. Ils ont convenu de porter le volume de leurs échanges commerciaux de 94,6 milliards de dollars actuellement à 150 milliards de dollars d'ici 2030. Les entreprises coréennes ont également remporté un franc succès lors des salons d’exportation, en concluant des contrats d’exportation d’une valeur record de 82 millions de dollars.
Les relations entre les deux pays vont désormais dépasser la simple expansion quantitative pour s’orienter vers une croissance qualitative. Le Vietnam est un pays producteur de pétrole, et la deuxième nation au monde en termes de réserves de terres rares après la Chine. Pour la Corée, le Vietnam représente bien plus qu’un simple partenaire commercial. C’est un partenaire économique idéal avec lequel elle peut construire un écosystème industriel, notamment dans les domaines de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement. Le Vietnam, qui connaît une croissance rapide de 7 % par an et vise à devenir un pays développé à revenu élevé d’ici 2045, et la Corée, qui dispose de technologies et de capitaux, peuvent établir une coopération mutuellement complémentaire et réciproque. La décision de la Corée de participer à la construction d’infrastructures à grande échelle, notamment dans les centrales nucléaires, les infrastructures électriques, les trains à grande vitesse, le développement de nouvelles villes et les transports, la sécurité de l’approvisionnement en eau, la gestion des ressources en eau et les centres de données d’IA, et d’apporter son soutien en matière de technologies numériques et scientifiques, en est un excellent exemple. Ainsi, grâce à ses visites en Inde et au Vietnam, le président Lee Jae Myung a réussi à établir les bases d’une coopération internationale permettant de surmonter l’instabilité économique et commerciale ainsi que les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Les défis à venir pour la diplomatie coréenne
La Corée a consolidé les fondements d’une diplomatie pragmatique et d’une puissance assumant ses responsabilités mondiales en organisant successivement des sommets non seulement avec les États-Unis, le Japon et la Chine, mais aussi avec les grandes puissances du Sud telles que l’Afrique du Sud, le Brésil, l’Inde et le Vietnam. Il reste désormais à normaliser les relations avec la Corée du Nord et la Russie, avec lesquelles des liens d’alliance se sont tissés à la suite de la guerre en Ukraine, et à récupérer le contrôle opérationnel en temps de guerre. La Russie poursuit sa guerre d’agression et la Corée du Nord continue de développer des armes de destruction massive tout en évitant tout contact. Cependant, la normalisation des relations avec ces pays est absolument nécessaire pour la sécurité nationale de la Corée et la stabilité de la vie de ses citoyens.
Il existe des solutions. Premièrement, les États-Unis sont ouverts au dialogue avec ces pays, et ceux-ci souhaitent eux aussi, au fond d’eux-mêmes, négocier avec les États-Unis. La Corée n’a donc pas à craindre de reprendre le dialogue avec ces pays. Deuxièmement, ces pays se montrent réticents au dialogue car ils estiment que la Corée manque d’autonomie en matière de politique extérieure et de commandement des opérations militaires. Celle-ci doit donc se concentrer sur le renforcement de sa capacité de défense et accélérer la récupération du commandement des opérations. Troisièmement, la Russie souhaite vivement normaliser ses relations avec la Corée et renforcer la coopération économique, tandis que la Corée du Nord sait bien que la coopération économique avec sa voisine du Sud est inévitable pour sa reprise et son développement économiques. Par conséquent, la Corée doit s’appuyer sur le renforcement de sa puissance nationale dans les domaines de l'économie, de la technologie, de la défense, de l'industrie de la défense et de la culture. Sans se laisser submerger par la logique de la défense ou de la sécurité, tout en reconnaissant leur statut diplomatique approprié, elle doit mener une coopération économique créative et proactive.
Chercheur au Sejong Institute depuis 1997, Hong Hyun-ik est spécialiste de la sécurité nationale coréenne, de la question nucléaire nord-coréenne et des relations intercoréennes. Il a également occupé des fonctions clés au sein du Comité de planification nationale. Il a été nommé secrétaire général à la Commission coréenne pour l’UNESCO en mars dernier.