La plage de Haeundae et le pont Gwangan vus depuis la tour Busan X the Sky. © Margareth Theresia / Korea.net
Par Huh Min, directeur du Korea Heritage Service
La 48e session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, consacrée aux biens porteurs de valeurs universelles que l’humanité doit protéger et préserver, s’ouvrira le 19 juillet à Busan. Cet événement revêt une portée historique : c’est la première fois que la Corée assume la présidence du Comité depuis son adhésion à la Convention du patrimoine mondial en 1988. Pour un pays passé du statut de bénéficiaire de l’aide internationale à celui d’acteur exerçant un véritable leadership culturel, cette session constituera un nouveau jalon dans sa politique patrimoniale et une occasion unique de faire rayonner l’héritage coréen à l’échelle mondiale.
Depuis son adhésion à la Convention en 1988, la Corée a fait inscrire 17 biens culturels et naturels au patrimoine mondial de l’UNESCO, dont la valeur universelle est aujourd’hui reconnue dans le monde entier. Les premières inscriptions, en 1995, concernaient le sanctuaire de Jongmyo, à Séoul, le temple Bulguksa et la grotte de Seokguram, à Gyeongju, ainsi que les Tripitaka Koreana conservés au temple Haeinsa, près d'Hapcheon. Chacun de ces sites témoigne de la richesse historique du pays. En 2007, l’île volcanique de Jeju et ses tunnels de lave sont devenus le premier site coréen inscrit au patrimoine naturel mondial. Les pétroglyphes du ruisseau Bangucheon, inscrits en 2025, constituent un précieux témoignage de la vie et de la pensée à la préhistoire. Du premier site naturel aux inscriptions les plus récentes, le patrimoine mondial coréen illustre la manière dont la nature et l'être humain, le passé et le présent, ont coexisté au fil des siècles.
La tenue de cette session à Busan revêt elle aussi une forte portée symbolique. Pendant la guerre de Corée, la ville fut la capitale provisoire du gouvernement et accueillit les réfugiés venus de tout le pays. Les traces de cette époque lui valent aujourd'hui de figurer sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO. Après avoir connu une reconstruction spectaculaire rendue possible grâce au soutien de la communauté internationale, Busan est désormais un lieu de coopération internationale où les spécialistes du patrimoine du monde entier se réunissent pour réfléchir à l'avenir. Son parcours, marqué par la résilience, le redressement et la prospérité, incarne pleinement les valeurs de paix et de coexistence défendues par l'UNESCO.
La première session du Comité du patrimoine mondial organisée en Corée devrait également constituer un tournant majeur pour renforcer le leadership international du pays. Assumer la présidence du Comité signifie pour la Corée qu’elle est désormais reconnue non seulement comme un pays au patrimoine riche, mais aussi comme un acteur de premier plan dans la préservation et la gestion du patrimoine mondial. Les attentes sont d'autant plus fortes que la réunion pourrait aboutir à l'inscription de la deuxième phase de l'extension de l’inscription des vasières coréennes, appelées en coréen
getbol. Si cette candidature est retenue, elle offrira une nouvelle occasion de faire reconnaître au monde entier la valeur exceptionnelle de ces écosystèmes, véritables réservoirs de biodiversité.
Au-delà de cette session, la Corée prépare également l'adoption de la Déclaration de Busan, qui entend proposer une vision d'avenir pour relever les défis auxquels est confronté le patrimoine mondial, menacé notamment par les effets du changement climatique et les destructions causées par les conflits armés. Pour répondre à ces enjeux, la Corée proposera d'ajouter un sixième objectif, la coopération, aux cinq objectifs stratégiques définis par l'UNESCO (crédibilité, conservation, développement des capacités, communication et communautés). La Déclaration abordera également, pour la première fois, les questions d'éthique et de responsabilité liées à la transition numérique, en s'interrogeant notamment sur les moyens de préserver l'authenticité du patrimoine à l'ère de l'intelligence artificielle. L’objectif est qu’elle ne soit pas le simple résultat d'un événement ponctuel, mais qu'elle devienne une référence durable dans le domaine du patrimoine mondial.
L'un des temps forts de cette session sera le Pavillon de la Corée (K-Heritage House), aménagé au centre des expositions BEXCO. Ouvert aux délégations étrangères mais aussi au grand public, il permettra de découvrir les patrimoines mondial, immatériel et documentaire de la Corée. En associant traditions et technologies de pointe, ce pavillon ambitionne de promouvoir l’héritage coréen, socle du rayonnement de la culture coréenne. Il offrira à la fois une vitrine internationale du patrimoine coréen et un espace de fierté pour nos citoyens.
Le patrimoine mondial n'est pas un simple héritage du passé : il constitue un bien commun que l'humanité a le devoir de transmettre aux générations futures. Le message de l’héritage coréen, porté depuis Busan, devrait trouver un écho dans le monde entier et contribuer à affirmer la Corée comme une véritable puissance culturelle. Le succès de cette 48e session permettra, espérons-le, à la Corée de s'imposer comme un acteur majeur contribuant à l'avenir de la Convention du patrimoine mondial.
Huh Min est directeur du Korea Heritage Service depuis juillet 2025.