Tribunes

30.09.2026

Le président Lee Jae Myung durant son discours devant la 81e Assemblée générale de l’ONU, à New York, le 22 septembre 2026. © Agence de presse Yonhap

Le président Lee Jae Myung durant son discours devant la 81e Assemblée générale de l’ONU, à New York, le 22 septembre 2026. © Agence de presse Yonhap





Par Hong Hyun-ik
Ancien directeur de la Korean National Diplomatic Academy

La communauté internationale traverse une période de profondes turbulences, marquée par le retour de l’unilatéralisme et la formation de blocs opposés. Dans un tel contexte, la République de Corée s’engage à promouvoir la solidarité internationale afin de jeter les bases d’une paix et d’une prospérité durables dans la péninsule coréenne et d’affirmer son rôle de puissance mondiale.

Du 21 au 27 septembre derniers, le président Lee Jae Myung a effectué une tournée diplomatique qui l’a conduit à New York, où il a participé à l’Assemblée générale des Nations Unies et s’est entretenu avec le président des États-Unis, puis au Mexique. À travers cette tournée, il a défendu une diplomatie pragmatique fondée sur plusieurs objectifs : instaurer la paix dans la péninsule coréenne, affirmer la contribution de la Corée à la résolution des grands défis internationaux, renforcer l’alliance entre la République de Corée et les États-Unis et approfondir la coopération bilatérale et multilatérale.

L’un des faits marquants de cette tournée est d’avoir réuni autour d’une même vision la paix, la technologie, la solidarité entre les peuples, le multilatéralisme, la culture et les échanges humains, dépassant ainsi les agendas diplomatiques traditionnellement centrés sur les questions de sécurité et d’économie.

Une initiative de paix pour la péninsule coréenne et un engagement renforcé en faveur du multilatéralisme

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le président Lee a fait de la fin du conflit qui perdure dans la péninsule coréenne et de la transition vers un régime de paix une priorité. Il a plaidé pour une coexistence pacifique inclusive, respectueuse des systèmes et des différences de chacun ; stable, fondée sur le dialogue et le rétablissement de la confiance ; et responsable, contribuant à la paix mondiale au-delà de la péninsule coréenne.

L’objectif est de contribuer à la paix mondiale en commençant par établir la paix dans la péninsule coréenne : respecter mutuellement les systèmes en place et reconnaître leurs différences, prévenir et gérer les crises et les conflits par des mécanismes institutionnels, puis progresser vers l’instauration d’une paix durable dans la péninsule.

Le président Lee a également présenté une feuille de route réaliste pour mettre fin à l’état de guerre et instaurer un régime de paix. Elle prévoit notamment la reprise rapide du dialogue entre la Corée du Nord et les États-Unis, ainsi que la création des conditions nécessaires à un dialogue entre les principales parties concernées : la République de Corée, la Corée du Nord, les États-Unis et la Chine.

Plus concrètement, cette approche se veut une ouverture au dialogue, fondée sur une démarche progressive visant à geler et à limiter les capacités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord, tout en poursuivant, à plus long terme, les objectifs de dénucléarisation et d’établissement d’un régime de paix dans la péninsule. Dans ce processus, la République de Corée entend jouer un rôle moteur en facilitant la reprise du dialogue entre la Corée du Nord et les États-Unis.

La Corée a par ailleurs réaffirmé sa volonté d’assumer ses responsabilités internationales en tant que puissance technologique. En défendant l’idée d’une « société mondiale fondée sur l’IA » au service de l’humanité et accessible à tous, en appelant à une transition écologique face aux défis communs et en promouvant la solidarité au sein des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales, Séoul a réaffirmé son ambition de devenir une puissance mondiale responsable.

Le président a aussi proposé que les « nations contributrices constructives », dotées des capacités et de la volonté de fournir des biens publics mondiaux, s’unissent pour compléter et renforcer le multilatéralisme centré sur l’ONU. Cela peut être compris comme une réponse stratégique aux pressions américaines en faveur d’un déploiement de troupes dans le détroit d’Ormuz, tout en permettant à la Corée de contribuer à la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales. Séoul entend ainsi montrer l’exemple en appelant la communauté internationale à unir ses efforts pour relever des défis communs, qu’il s’agisse du développement de l’IA, du changement climatique ou des crises sécuritaires.

Restaurer la confiance et renforcer la solidarité entre Séoul et Washington

La rencontre entre les présidents Lee et Trump a offert l’occasion de relancer des relations bilatérales qui s’étaient notamment enlisées en raison des retards dans les investissements américains. Il a également permis de jeter les bases d’une coopération stratégique tournée vers l’avenir, dépassant le seul cadre de l’alliance de sécurité pour s’étendre aux industries de haute technologie, aux chaînes d’approvisionnement, à l’énergie nucléaire, à la construction navale et aux capacités de défense.

S’appuyant sur les discussions de l’année précédente, les deux dirigeants sont convenus d’approfondir leur coopération sur plusieurs dossiers encore en suspens, notamment le combustible destiné aux sous-marins nucléaires, l’enrichissement et le retraitement de l’uranium, la coopération dans la construction navale et le transfert du contrôle opérationnel en temps de guerre. Le président Trump a également réaffirmé son engagement en faveur du dialogue avec la Corée du Nord.

Le sommet a ainsi contribué à stabiliser l’alliance, les deux dirigeants ayant réaffirmé leur confiance et leur solidarité, jusqu’à évoquer leur promesse de se retrouver autour d’une partie de golf. Fort de cette relation renforcée, Séoul peut désormais élargir sa coopération avec un éventail plus large de partenaires, notamment la Chine, le Japon, l’Union européenne et les pays du Sud.

Renforcer une coopération de fond avec le Mexique, un partenaire clé en Amérique latine

La visite d’État au Mexique, effectuée à l’invitation de la présidente Claudia Sheinbaum, a permis d’élargir la portée de la diplomatie coréenne en Amérique latine. Première visite d'État d'un président coréen dans ce pays depuis 2010, elle a donné lieu à un accord entre les deux dirigeants sur plusieurs principes communs, notamment le soutien au multilatéralisme, le règlement pacifique des conflits et le respect de la souveraineté.

Ce rapprochement peut être vu comme une volonté d’élargir les options économiques et diplomatiques de la Corée et de renforcer son autonomie stratégique, tout en maintenant ses relations avec l’administration Trump, dont l’approche est marquée par l’unilatéralisme. Les deux dirigeants ont eu des discussions approfondies sur les moyens de renforcer leur coopération dans de nombreux domaines, notamment l’intelligence artificielle, l’économie, le commerce, la défense, les chaînes d’approvisionnement, l’énergie, les technologies et la culture.

Dans un contexte de réorganisation des chaînes d’approvisionnement mondiales et d’incertitude économique croissante, les deux pays ont réaffirmé leur importance stratégique mutuelle et leur volonté d’unir leurs forces pour développer les investissements réciproques et construire des chaînes d’approvisionnement plus stables.

Ils se sont également accordés pour renforcer les liens entre leurs peuples en développant la coopération dans les technologies et les infrastructures énergétiques respectueuses de l’environnement, ainsi qu’en intensifiant les échanges humains et culturels, notamment autour de la culture coréenne.

Au total, 17 protocoles d'accord ont été signés, dont la feuille de route définissant la coopération bilatérale à l'horizon 2030, la création d’un comité mixte sur la coopération dans le domaine des ressources minérales et le développement de partenariats dans les secteurs de l’aérospatiale, de la défense, de l’intelligence artificielle, de la culture, de la finance et du tourisme.

La République de Corée : vers une puissance mondiale responsable

Cette tournée diplomatique a montré que la Corée entend assumer un rôle de premier plan au sein de la communauté internationale, en contribuant à la paix, à une prospérité partagée et à l’innovation.

La présentation d’une vision claire pour la paix dans la péninsule coréenne, l’affirmation des responsabilités internationales de la Corée dans des domaines tels que l’IA, le climat, les chaînes d’approvisionnement et la sécurité, le renforcement de la coopération sécuritaire avec les États-Unis, ainsi que l’élargissement d’une coopération concrète et multiforme avec le Mexique constituent autant de leviers pour consolider le statut de la République de Corée en tant que puissance mondiale responsable.

Avant toute chose, le gouvernement doit parvenir à des résultats concrets dans le cadre de la reprise des négociations sur les questions de sécurité avec les États-Unis. La République de Corée doit continuer à renforcer sa solidarité avec la communauté internationale et à contribuer activement à la résolution des défis communs auxquels le monde est confronté. Le moment est venu de poursuivre une diplomatie pragmatique, guidée par les intérêts nationaux, et de continuer résolument à avancer vers un avenir meilleur et vers une réunification pacifique.


Chercheur au Sejong Institute depuis 1997, Hong Hyun-ik est spécialiste de la sécurité nationale coréenne, de la question nucléaire nord-coréenne et des relations intercoréennes. Il a également occupé des fonctions clés au sein du Comité de planification nationale.