Durant toute la visite de son exposition « My Thoughts », à l’Inter-Korean Cultural Integration Center, situé à l’ouest de Séoul, le 25 novembre dernier, Sun Mu n’a pas dévoilé son visage. Parti de Corée du Nord en 1990 et installé au Sud en 2002, cet ancien artiste de propagande défend la conviction que l’art dépasse les frontières. Son nom d’artiste, Sun Mu, signifie d'ailleurs « sans frontières ». Fidèle à cette idée, son œuvre reflète son désir de réduire les barrières entre le Sud et le Nord, entre les idéologies et les systèmes.
« Parmi les paysages qui me sont familiers, il y a les azalées qui fleurissent au printemps. Lorsque je pense aux échanges, à la réconciliation et à la paix entre le Sud et le Nord, ce sont elles qui me viennent en tête », explique-t-il. « Tout comme l’hiver cède la place au printemps, mes œuvres expriment l’espoir que le froid disparaîtra et que la chaleur reviendra ».
Après une première exposition à Séoul en 2007, Sun Mu a présenté ses œuvres dans plusieurs grandes villes, notamment New York, Los Angeles, Pékin et Munich. Une exposition consacrée à la zone démilitarisée (DMZ) est également prévue à Paris l’année prochaine.
Avec « My Thoughts », l’artiste s’intéresse aux préjugés et aux stéréotypes profondément ancrés dans la société coréenne, tout en mettant en lumière la beauté et l’espoir qui subsistent après des décennies de division. Les thèmes de la paix, de la réunification, de la patrie et de la nostalgie sont au cœur de son travail.
Le désir de réunification apparaît notamment dans ses peintures d’azalées, fleur fortement symbolique de liberté et de résilience dans les deux Corées. D’autres œuvres évoquent la nostalgie ou l’hospitalité, ou représentent la beauté de l’île de Jeju, ses mandariniers et l’océan. Une autre de ses séries, composée de 92 petites peintures, dépeint les symboles de la division sur du papier coloré, exprimant à la fois la réalité de la séparation et l'espoir d'une réconciliation.
« Avant de parler de réunification, le Nord et le Sud doivent instaurer un dialogue constructif, à travers lequel chacun doit s’efforcer de comprendre le point de vue de l’autre. Au fil de ces échanges, nous réaliserons que nous ne sommes pas si différents. Et je crois qu’un jour, nous nous finirons par nous demander pourquoi nous avons dû vivre séparés. »
Inauguré par le ministère de l’Unification en 2020, l’Inter-Korean Cultural Integration Center offre une plateforme d’exposition aux artistes et transfuges nord-coréens. Plusieurs expositions y sont organisées chaque année dans l’espace dédié du premier étage.