Jeon Minchul, premier soliste du théâtre Mariinsky, danse lors d’une représentation de « La Belle au bois dormant ». © Natasha Razina / Théâtre Mariinsky
Par Aisylu Akhmetzianova et Mariia Solodkova
Jeon Minchul, 21 ans, a rejoint la troupe de ballet du théâtre Mariinsky en juin 2025. Après Kimin Kim, l'un des danseurs principaux, il est le deuxième Coréen à faire partie de la compagnie de ballet classique de ce prestigieux théâtre situé à Saint-Pétersbourg, en Russie, où Korea.net l’a rencontré le 25 novembre dernier.
Jeon Minchul interprète Albrecht dans « Giselle ». © Mikhail Vilchuk / Théâtre Mariinsky
Korea.net : Comment as-tu commencé le ballet ?
Jeon Minchul : La première fois que j’ai vu un ballet, c’était à la télévision, quand j’étais enfant. J’ai immédiatement dit à ma mère que c’est ce que je voulais faire. J’ai alors commencé par prendre des cours de danse dans mon quartier, puis ai commencé à faire du ballet vers l’âge de 13 ans. Mon père n’était pas d’accord, avant qu’il se rende compte de ma passion. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’y investir de plus en plus.
Quelle a été ta réaction quand tu as appris que tu étais engagé dans la troupe du théâtre Mariinsky ?
Je suis resté bouche bée, sans savoir comment réagir. Je ne parlais pas bien russe, je n’ai pu dire que « spasibo » (merci), ce que je regrette encore aujourd’hui (rires). Je rêve de rejoindre la troupe du Mariinsky depuis que je suis petit. J’aurais déjà été profondément reconnaissant d’intégrer la troupe en tant que simple danseur, alors j’ai été d’autant plus heureux qu’on m’offre directement l’opportunité de devenir soliste. C’est pour ça que je m'efforce d'être le plus sérieux et responsable aujourd'hui.
Quel a été le plus difficile dans ta carrière ?
J'ai commencé le ballet relativement tard. À cause de ça, je n’avais pas le même niveau que mes camarades du même âge. Lors d'un concours aux États-Unis, j'ai été très impressionné par les autres danseurs qui prenaient sincèrement plaisir à danser, indépendamment de leur niveau. Depuis, je me soucie moins du niveau et davantage du plaisir et n’ai plus jamais eu envie d’abandonner.
Quel est le moment le plus mémorable de ta carrière de danseur classique ?
La première fois que j'ai vu Kim Kimin et Viktoria Tereshkina danser dans
Le Lac des cygnes. J'ai été tellement ému que j’en ai pleuré ! Les voir danser sur la scène du Mariinsky m'a donné envie de faire la même chose.
Qu'est-ce qui compte le plus pour toi quand tu es sur scène ?
L'authenticité et le sérieux sont les choses les plus importantes avant de monter sur scène. Plus jeune, j’étais davantage obsédé par ce que donnerait ma prestation le jour du spectacle. Aujourd’hui, je réalise que ce qui compte le plus, c’est ce que j’ai appris et le chemin parcouru pendant les répétitions.
Le ballet est-il perçu de la même manière en Russie qu'en Corée ?
En Corée, six répertoires sont présentés chaque saison, à intervalles irréguliers. En Russie, en revanche, le répertoire est extrêmement vaste et varié, avec des représentations presque quotidiennes. Dans cet environnement, j’ai appris non seulement à exécuter les mouvements avec précision, mais aussi à développer l’endurance nécessaire pour porter une œuvre entière en tant que soliste et à m’exprimer pleinement à travers la danse.
Jeon Minchul dans « La Bayadère ». © Mikhail Vilchuk / Théâtre Mariinsky
Quelle a été la réaction du public lors de ta première représentation ?
J'étais vraiment très nerveux, alors que je ne l’ai jamais été avant de monter sur scène ! Mais heureusement, le public russe est très chaleureux. On m’a attendu à la fin du spectacle pour m’encourager, me dire que ma danse était magnifique et qu’elle avait été très appréciée.
Kim Kimin t’a-t-il donné quelques conseils ?
Bien sûr. Il m’a dit de ne pas me contenter d’apprendre mon rôle par cœur, mais de faire de chaque personnage quelque chose qui m’est propre. Il m’a aussi prévenu que certains rôles étaient plus faciles que d’autres, mais que c’est ce qui fera que ma danse aura plus de profondeur. C’était très inspirant !
Comment communiques-tu avec le reste de la troupe ?
Je suis en train d’apprendre le russe, mais c’est encore très difficile. Même si la majorité de mes confrères et consœurs parlent anglais, je compte bien me perfectionner dans cette langue.
Quel message ou quelle émotion souhaites-tu transmettre ?
Le ballet m’apporte toujours beaucoup de bonheur et de réconfort. Même après une journée difficile, regarder un ballet me redonne de l’énergie. J’aimerais que le public ressente la même chose et proposer des spectacles qui laissent une impression durable.
Quels sont tes objectifs pour l’avenir ?
Je rêve depuis longtemps de danser dans des œuvres comme
Roméo et Juliette. Mais mon objectif principal est avant tout de danser avec bonheur jusqu’au bout. Quelle que soit l’œuvre, facile ou exigeante, je veux trouver et apprécier le bonheur dans ce processus. J’aimerais ne jamais arrêter d’apprendre.
aisylu@korea.kr