Entretiens

30.10.2026

Yuji Hosaka, professeur de sciences politiques à l’université Sejong, lors de son interview avec Korea.net à Séoul, le 19 octobre 2026. © Park Dae-jin / Korea.net

Yuji Hosaka lors de son interview avec Korea.net à Séoul, le 19 octobre 2026. © Park Dae-jin / Korea.net



Par Yoon Sojung et Jeong Eui-seok

Le 25 octobre 1900, l’empereur Gojong promulguait un décret impérial affirmant la souveraineté de l’Empire coréen sur Ulleungdo et Dokdo. Depuis, la Journée de Dokdo vise à célébrer cet événement, chaque année à cette date.

Pour mieux comprendre l’histoire de Dokdo et les enjeux liés à sa souveraineté, Korea.net a rencontré Yuji Hosaka, professeur émérite à l’université de Corée. D’origine japonaise, il est également directeur honoraire d'un institut de recherche dédié à Dokdo au sein de l’université Sejong, le seul établissement de ce type en Corée.



Korea.net : Vous prévoyez bientôt de vous rendre à Dokdo. Combien de fois avez-vous visité l’île ?

Yuji Hosaka : Ce sera ma douzième visite. Je mène des recherches sur Dokdo depuis 1998. J'ai également organisé de nombreuses sessions et manifestations pédagogiques sur Dokdo à Ulleungdo, ce qui fait que je me suis rendu à Ulleungdo environ deux fois plus souvent qu'à Dokdo. Lorsque j'arrive à Dokdo, j'aime voir Dongdo et Seodo se faire face. Cela me fait prendre conscience que Dokdo n'est pas une île isolée.

Depuis quand le Japon revendique-t-il la souveraineté sur Dokdo ?

Les Japonais ont jadis considéré l’île comme rattachée à Ulleungdo, qu’ils reconnaissaient comme faisant partie du territoire de Joseon. Ils en ont donc déduit que Dokdo était également coréen.

La situation évolua pendant la guerre russo-japonaise de 1904, lorsque que le Japon installa une tour de guet à Dokdo et l'utilisa à des fins militaires. Lors de la bataille décisive qui se déroula au large de l’archipel, la flotte japonaise défit les forces russes, contribuant ainsi à la victoire du Japon dans cette guerre. Selon moi, cet intérêt stratégique explique en grande partie pourquoi Tokyo continue de revendiquer ces îles.

En 1940, Dokdo, qui relevait auparavant de la préfecture de Shimane, fut transféré à la Marine japonaise. Cette décision semble liée aux préparatifs de la guerre du Pacifique, déclenchée l’année suivante. En 1949, après la défaite du Japon, Tokyo tenta également de faire reconnaître Dokdo comme territoire japonais dans le cadre des négociations du traité de San Francisco, allant jusqu’à proposer aux États-Unis d’y installer des stations radar et météo.

Historiquement, le Japon a toujours considéré Dokdo comme un point stratégique lui permettant d'étendre son influence vers le continent asiatique, notamment la Chine, en passant par la péninsule coréenne.

Une carte du Japon réalisée par le géographe japonais Nagakubo Sekisui en 1779. Ulleungdo et Dokdo y apparaissent sans être colorées, contrairement au territoire japonais, et sont représentées à l’extérieur des limites de celui-ci, aux côtés de Joseon. © Park Dae-jin / Korea.net

Une carte du Japon réalisée par le géographe japonais Nagakubo Sekisui en 1779. Ulleungdo et Dokdo y apparaissent sans être colorées, contrairement au territoire japonais, et sont représentées à l’extérieur des limites de celui-ci, aux côtés de Joseon. © Park Dae-jin / Korea.net


Comment réagissez-vous aux revendications répétées du Japon sur Dokdo ?

Au début, je les trouvais absurdes et dénuées de fondement. Mais mes recherches m’ont amené à comprendre qu’elles étaient délibérées.

La situation internationale évolue constamment et les frontières territoriales ont parfois changé au cours de l’histoire. Le Japon semble donc penser qu’un bouleversement géopolitique pourrait un jour lui offrir une occasion de faire valoir ses revendications. En répétant que Dokdo lui appartient, il cherche notamment à en faire un levier diplomatique.

Le Japon est également engagé dans deux autres différends territoriaux : celui des îles Senkaku avec la Chine et celui des îles Kouriles avec la Russie. Dokdo est toutefois le cas le plus délicat pour Tokyo, puisque la Corée y exerce déjà son autorité administrative. Certains Japonais reconnaissent d’ailleurs que l’île appartient à la Corée. Mais une telle reconnaissance pourrait, selon moi, fragiliser les positions japonaises dans les deux autres différends. C’est pourquoi le Japon persiste dans ses revendications.

Quels sont, selon vous, les enjeux actuels de la recherche sur Dokdo ?

Le Japon continue de diffuser des affirmations que je considère comme erronées et consacre des moyens importants à ses recherches sur Dokdo. Dans le même temps, aucune école japonaise n'enseigne à ses élèves que l’île appartient à la Corée. Tokyo sélectionne certains faits et les déforme de manière à rendre ses arguments plus crédibles.

La Corée doit donc renforcer ses propres recherches historiques afin de répondre à ces interprétations. Il est également essentiel de sensibiliser le public à l’histoire de Dokdo et de mieux l’enseigner dans les établissements scolaires.

Yuji Hosaka présente une carte publiée par l'état-major général de l'armée japonaise en 1877, lors de son entretien avec Korea.net à Séoul, le 19 octobre 2026. Dokdo ne figure pas sur l'endroit où elle devrait être. © Park Dae-jin / Korea.net

Yuji Hosaka présente une carte publiée par l'état-major général de l'armée japonaise en 1877, lors de son entretien avec Korea.net à Séoul, le 19 octobre 2026. Dokdo ne figure pas sur l'endroit où elle devrait être. © Park Dae-jin / Korea.net


Quel a été le moment le plus marquant de votre carrière de chercheur sur Dokdo ?

J’ai beaucoup voyagé au Japon pour rechercher des cartes anciennes. Chaque fois que je découvrais un document dans une bibliothèque ou une librairie d’occasion, j’éprouvais une grande satisfaction. J’étais particulièrement heureux de trouver des cartes officielles japonaises qui ne représentaient pas Dokdo comme un territoire japonais, ou qui le situaient clairement du côté coréen.

Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs de Korea.net ?

La question de Dokdo revêt une grande importance pour les Coréens. Je possède de nombreuses cartes anciennes, des documents et des objets historiques qui, selon mes recherches, attestent de l’appartenance de l’île à la Corée. Je serai heureux de présenter ma collection aux personnes intéressées et de leur en expliquer l’histoire. J’espère que les gens du monde entier s’intéresseront à Dokdo et apprendront à l’apprécier autant qu’ils apprécient la Corée.


arete@korea.kr