Les Coréens sont de plus en plus nombreux à être propriétaires d’animaux de compagnie. Une évolution des habitudes qui, accompagnée d’une sensibilisation croissante au bien-être animal, a contribué à modifier le regard porté sur la faune. Cette série d’articles observe l’évolution du statut juridique accordé aux animaux en Corée et présente quelques initiatives locales en matière de protection animale.
Un sanctuaire pour animaux désigne un refuge sans programme d’adoption, où les animaux sont accueillis et vivent jusqu’à leur mort. La priorité y est accordée au bien-être animal, et toute exploitation commerciale ainsi que toute reproduction y sont bannies.
La création de ce type d’établissement s’est développée depuis la fondation, aux États-Unis en 1986, de l’association Farm Sanctuary. Vingt ans plus tard, en 2007, la Fédération mondiale des sanctuaires pour animaux (GFAS) a été créée afin d’harmoniser les normes internationales en la matière. Elle recense aujourd’hui plus de 200 sanctuaires dans le monde. Certains pays, comme l’Espagne et l’Autriche, reconnaissent quant à eux les sanctuaires pour animaux de ferme comme une catégorie juridique distincte.
En Corée, le développement de ces structures en est encore à ses débuts. Des sanctuaires privés accueillant des bovins, des porcs et des ours ont commencé à apparaître. Parallèlement, le gouvernement a pris des mesures en prévision de l’entrée en vigueur, cette année, de la révision de la loi sur la protection et la gestion de la faune sauvage (Wildlife Protection and Management Act), qui interdit désormais totalement la détention d’ours en captivité et la collecte de leur bile.
Le ministère du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement a initié la création d’un sanctuaire pour ours à Gurye, dans la province du Jeollanam-do. D’une capacité de 49 ours et ouvert le 30 septembre dernier, il en héberge actuellement 21. Un autre établissement, d’une capacité de 70 animaux, est en construction à Seocheon, dans le Chungcheongnam-do, et devrait être achevé d’ici fin 2027.
Auparavant, la protection des ours reposait principalement sur des initiatives privées. L'association Project Moon Bear, notamment, a sauvé plusieurs de ces mammifères en les rachetant à des élevages avant même l’entrée en vigueur de la loi. En 2021, elle acquiert un élevage à Hwacheon et agrandit ses enclos afin d’améliorer les conditions de vie des animaux. Treize ours noirs d’Asie (ou ours-lune), qui avaient passé toute leur vie en cage, vivent désormais dans des espaces adaptés.
En août 2021, une autre association de défense des animaux, Animal Liberation Wave, a sauvé cinq taureaux de race Holstein destinés à l’abattage dans une étable clandestine à Incheon. En octobre dernier, elle a ouvert le New Moon Sanctuary à Inje, dans la province du Gangwon, afin de les accueillir. Une famille de militants y réside actuellement pour s’en occuper.
Le premier sanctuaire pour animaux de Corée est le Dawn Sanctuary, ouvert en avril 2020, où vivent des porcs rescapés d’élevages industriels et de laboratoires. L’association Korea Animal Rights Advocates (KARA) a également créé un mini-sanctuaire agricole dans la province du Gyeonggi en 2022 pour prendre en charge des porcs, des chèvres et des poulets issus d’élevages et d’abattoirs. Celui-ci a depuis été transféré dans un ranch naturel à Eumseong, dans le Chungcheongbuk-do, où ses activités se poursuivent.
La question de l’institutionnalisation de ces sanctuaires est en train d’être débattue. En novembre dernier, un forum a été organisé à l’université Yonsei, à Séoul. Les discussions ont porté sur la reconnaissance juridique des sanctuaires, la mise en place d’un système de certification, les normes applicables aux sites ainsi que les dispositifs de soutien fiscal. Les débats se poursuivent à l’Assemblée nationale dans le cadre de projets de loi visant à introduire la notion de sanctuaire dans la législation existante.