De jeunes saumons nagent dans des bassins d’incubation (en haut) et intermédiaire de la société Eco Aquafarm, la plus grande ferme d’élevage de saumons de Corée, à Busan. © Eco Aquafarm
Par Charles Audouin
La Corée dépend entièrement des importations pour sa consommation de saumon : plus de 44 000 tonnes ont été importées l’année dernière. Cette dépendance pourrait toutefois prendre fin grâce au développement d’une production locale, dont les premiers produits devraient arriver dans les rayons des supermarchés d’ici à la fin de l’année.
Dans la banlieue nord de Busan, la société Eco Aquafarm, filiale du groupe GS E&C, exploite depuis fin 2024 la plus grande ferme coréenne d’élevage intensif de saumon atlantique. Elle a été créée dans le cadre d’un projet du ministère des Affaires maritimes et de la Pêche visant à établir des clusters d’aquaculture intelligente dans plusieurs régions du pays.
Cette ferme est la première en Corée à utiliser un système d’aquaculture en circuit fermé, appelé RAS (Recirculating Aquaculture System), qui permet de recycler l’eau des bassins au lieu de la renouveler en permanence. Le taux de recyclage de l’eau peut ainsi atteindre 99 %.
« C’est comme un purificateur d’eau », explique Dong Sang-jun, chef de projet chez Eco Aquafarm, lors d’une visite de la ferme le 13 août. « L’eau passe d’abord par un filtre à tambour qui élimine les matières solides et les débris, puis par un biofiltre qui élimine les substances toxiques comme l’ammoniac. Les micro-organismes et les bactéries pathogènes sont ensuite éliminés grâce à des traitements aux ultraviolets et à l’ozone. Enfin, le dioxyde de carbone est retiré et de l’oxygène est ajouté avant que l’eau ne soit renvoyée dans les bassins », poursuit-il.
Des œufs de saumon en attente d’être incubés, en mars 2025. © Eco Aquafarm
Environ 40 000 œufs de saumon importés d’Islande sont incubés dans une eau maintenue entre 4 et 8 °C et dans l’obscurité, afin de reproduire les conditions de l’hiver norvégien. Après environ trois mois, les alevins sont transférés dans un bassin où ils reçoivent leur première alimentation. Lorsqu’ils atteignent 30 g, ils rejoignent un bassin d’eau de mer pour s’acclimater à leur nouvel environnement. À environ 450 g, ils sont transférés dans un bassin d’élevage intermédiaire, également rempli d’eau de mer, où ils atteignent environ 2 kg en six mois. Ils rejoignent ensuite un dernier bassin, où ils poursuivent leur croissance jusqu’à atteindre un poids d’environ 5 kg avant d’être commercialisés. Le processus d'élevage dure environ deux ans.
Le bâtiment de la ferme à saumons Eco Aquafarm, à Busan. © Eco Aquafarm
En Corée, les grands groupes comme GS E&C ne sont en principe pas autorisés à investir dans le secteur de la pêche. Des modifications législatives adoptées en 2019 ont toutefois permis à ces conglomérats de se lancer dans l’aquaculture de certaines espèces, dont le saumon et le thon, difficiles à élever pour les exploitations familiales en raison des lourds investissements nécessaires en installations et en technologies. « Nous avons choisi le saumon parce qu’il connaît une croissance rapide, qu’il est rentable et qu’il est également très consommé en Corée comme dans le monde entier », explique Min Hojune, biologiste chez Eco Aquafarm.
Alors que certaines fermes d’aquaculture terrestres en Europe élèvent les jeunes saumons à terre avant de les transférer en mer, Eco Aquafarm gère l’intégralité du cycle d’élevage sur terre. « Nous considérons cette activité non pas comme une simple entreprise commerciale, mais comme une industrie tournée vers l’avenir », explique Dong Sang-jun. « L’élevage en cages submersibles présente plusieurs limites, notamment en matière de pollution et de maladies. La capacité des pays à développer rapidement les technologies d’aquaculture terrestre constituera donc un enjeu important », poursuit-il.
Un employé d’Eco Aquafarm prépare des morceaux de saumons élevés dans la ferme avant leur toute première dégustation, en mai 2026. © Eco Aquafarm
Pour Eco Aquafarm, le principal avantage du saumon produit en Corée réside dans sa fraîcheur. Contrairement au saumon importé, qui nécessite un certain temps avant d’arriver sur les étals, le poisson élevé localement peut être transformé et distribué rapidement après sa sortie des bassins. « Le saumon importé met un temps considérable à parvenir jusqu’au consommateur. Celui que nous produisons ici peut être rapidement transformé et distribué après sa récolte, ce qui permet de garantir sa fraîcheur », explique Dong Sang-jun.
La production locale ne garantit toutefois pas encore de prix compétitif par rapport à l’importation. « L’aquaculture terrestre nécessite d’importants investissements, ce qui explique que les premiers produits soient relativement chers », note le responsable. « Nous nous concentrons actuellement sur les technologies d’élevage et les infrastructures, mais il sera également important de trouver des moyens de réduire les coûts à mesure que nous augmenterons notre production », ajoute-t-il.
Eco Aquafarm a déjà lancé des coffrets cadeaux à l’occasion des fêtes de Chuseok, composés de saumon issu de sa première récolte. L’entreprise prévoit de produire et commercialiser environ 500 tonnes de saumon par an.
Le projet de cluster d’aquaculture intelligente lancé par le ministère des Affaires maritimes et de la Pêche à Busan devrait par ailleurs s’étendre à d’autres régions du pays. À Pohang, une installation d’élevage de saumon atlantique d’une capacité de 1 000 tonnes est en préparation. Plus au nord, à Yangyang, la société Dongwon Industries prépare également une installation d’aquaculture terrestre d’une capacité de 10 000 tonnes.
caudouin@korea.kr