Par Andra-Michaela Pena
Cet été, la côte de la mer Noire s’est transformée en scène pour l’un des projets interculturels les plus ambitieux reliant l’Europe et l’Asie. Du 17 au 24 août, Constanta, principale ville portuaire de Roumanie, et Bucarest, la capitale, ont accueilli La Petite Corée de la Mer Noire, une semaine de découvertes plaçant la culture coréenne au cœur d’un dialogue avec la Roumanie et la France.
L’initiative a réuni artistes, enseignants, traducteurs et interprètes des trois pays afin de présenter la richesse du patrimoine coréen à travers la littérature, le cinéma, la calligraphie, la musique traditionnelle, la gastronomie et les arts visuels contemporains. Le programme, intégré au projet KoreAcademiArt 2025 et au HUB Korea International, a permis aux Roumains d’expérimenter la Corée « de près », tout en renforçant les échanges francophones et asiatiques.
Une fascination croissante pour la culture coréenne
Atelier de calligraphie coréenne animé par l’artiste Jeounghee Kim. © Musée d’Art de Constanta
Depuis plus de vingt ans, la Roumanie vit au rythme de la Hallyu (vague coréenne). La K-pop, les dramas, le cinéma et les webtoons ont d’abord conquis la jeunesse, mais cet engouement s’est progressivement élargi à la littérature, à la philosophie et aux arts. La Petite Corée de la Mer Noire a su capter cette dynamique, offrant non seulement des spectacles mais aussi des rencontres authentiques avec la créativité et les valeurs coréennes.
Ateliers de calligraphie animés par l’artiste Jeounghee Kim, création de masques, conférences sur le théâtre pansori et prestations du Chœur Minho ont mis en lumière les traditions vivantes de la Corée. La poésie classique Sijo, dont les origines remontent au VIIᵉ siècle, a occupé une place centrale, à travers des ateliers, des récitals et le lancement de l’Anthologie du Sijo à la Mer Noire, publiée par les éditions Eikon.
Les voix du projet
Un programme qui unit générations et disciplines à travers la culture coréenne. © Musée d’Art de Constanta, Tatiana Mironov
Le programme a été initié par Tatiana Mironov, chanteuse d’opéra roumaine installée en France, aux côtés de Kang Chang-Il, historien et réalisateur de cinéma coréen basé également en France. Ils ont été rejoints par Pierre Bisiou, traducteur de littérature coréenne en français, et Aurélia Bizouard, artiste visuelle franco-canadienne. Avec des spécialistes roumains, ils ont su bâtir une véritable plateforme de dialogue entre Orient et Occident.
Le musée d’Art de Constanta et le musée Ion Jalea ont accueilli expositions, ateliers et spectacles, tandis que le Centre culturel Jean Constantin et la Bibliothèque départementale de Constanta ont abrité conférences, projections et masterclasses. Invité d’honneur, Kim Un-Su, l’un des romanciers coréens les plus renommés, a participé aux événements de Bucarest et de Constanta, où il a présenté la traduction roumaine de
Les Planificateurs (The Plotters), échangeant directement avec ses lecteurs.
Un modèle d’éducation interculturelle
Ateliers de masques traditionnels et activités artistiques inspirées de la culture coréenne. © Musée d’Art de Constanta, Tatiana Mironov
Plus qu’un festival, le projet s’est affirmé comme une académie éducative. En associant traditions ancestrales et créations contemporaines, il a encouragé la durabilité, la créativité et l’ouverture culturelle. Pour la Roumanie – pays où plus de 40 % de la population est francophone – le programme a aussi renforcé l’usage du français comme langue passerelle, tout en mettant en valeur la présence croissante de la Corée en Europe.
Les écoles locales ont également été impliquées : les élèves du lycée technologique Tomis de Constanta ont présenté leurs créations en design graphique vectoriel, démontrant comment les thèmes coréens peuvent inspirer les nouvelles générations. Ces initiatives reflètent l’objectif plus large du projet : stimuler la créativité, l’intercompréhension et la citoyenneté culturelle.
La semaine s’est conclue par une cérémonie vibrante au Musée Ion Jalea, rythmée par un récital de sijo, un défilé de masques coréens, plusieurs expositions et même une performance de danse K-pop. L’événement a transmis un message simple mais puissant : l’art est un langage universel qui unit les peuples par-delà les frontières.
Et après ?
« La Petite Corée de la Mer Noire » réunissant artistes, chercheurs et invités spéciaux autour d’un dialogue interculturel. © Tatiana Mironov
Intégré au réseau SIJO & KoreAcademiArt 2025 reliant Paris, Constanta et Busan, La Petite Corée de la Mer Noire devrait inspirer de nouvelles collaborations et échanges éducatifs. À une époque où les sociétés cherchent sens et résilience, de tels projets offrent bien plus qu’un divertissement culturel : ils ouvrent des voies de dialogue, de créativité et de paix.
Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.
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