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21.07.2026

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L’affiche officielle de l’exposition collective présentée au Jeonbuk Museum of Art, à Wanju, dans la province du Jeollabuk-do, du 1er mai au 11 octobre 2026. © Jeonbuk Museum of Art

L’affiche officielle de l’exposition collective présentée au Jeonbuk Museum of Art, à Wanju, dans la province du Jeollabuk-do, du 1er mai au 11 octobre 2026. © Jeonbuk Museum of Art



Par Jasmin Mikolay

Jusqu’au 11 octobre, une exposition du Jeonbuk Museum of Art invite le public à se confronter à des émotions et à des facettes de soi souvent refoulées ou perçues comme « monstrueuses » : la colère, la vulnérabilité, la peur ou encore l’incertitude. Parmi les artistes participant à cette exposition, intitulée « Étranges créatures qui me ressemblent », figure Seyun Choi, dont le travail associe les couleurs et les motifs traditionnels coréens à des procédés de création contemporains.

En octobre 2024, lors d’un séjour à Séoul, j’ai découvert les personnages hauts en couleur de l’artiste. Leurs ornements éclatants, qui évoquaient les peintures dancheong des temples et palais coréens, montraient comment des éléments issus de l’esthétique traditionnelle pouvaient être réinterprétés à travers un langage visuel singulier et résolument contemporain. Désireuse d’en apprendre davantage sur sa démarche et sur les idées qui façonnent son univers, je me suis entretenue avec Seyun Choi par courriel, du 12 au 29 mai 2026. L’artiste revient sur son parcours, ses sources d’inspiration et les concepts qui se cachent derrière ses créations.

Ces photographies officielles présentent des personnages issus des séries « Tradijunk » et « Gleam Gleam », dans lesquelles Seyun Choi associe l’esthétique et les ornements traditionnels coréens à des formes de création contemporaines. Photographies réalisées dans son studio à Busan le 27 février 2025. © Seyun Choi

Ces photographies officielles présentent des personnages issus des séries « Tradijunk » et « Gleam Gleam », dans lesquelles Seyun Choi associe l’esthétique et les ornements traditionnels coréens à des formes de création contemporaines. Photographies réalisées dans son studio à Busan le 27 février 2025. © Seyun Choi


Jasmin Mikolay : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous raconter comment votre parcours artistique a commencé ?

Seyun Choi : À travers mes personnages artistiques, je raconte l’histoire des objets anciens. Dès mon enfance, j’étais attirée par les choses vieillies et usées. Un moment décisif fut ma rencontre fortuite avec une peinture bouddhique suspendue, éclairée par la lumière du soleil couchant. Cette image a fait naître en moi une émotion difficile à décrire et éveillé ma fascination pour l’art traditionnel coréen. J’ai ensuite étudié l’art bouddhique à l’université Dongguk. Au cours de ma formation, j’ai compris que je ne souhaitais pas seulement apprendre les techniques traditionnelles, mais aussi m’appuyer sur elles pour développer mes propres créations.

Pourquoi avez-vous choisi d’associer les couleurs et les motifs traditionnels coréens à des méthodes de création contemporaines ?

Les messages se transmettent souvent avec plus de force lorsque des éléments opposés se rencontrent. La tradition représente l’ancien, tandis que mes personnages relèvent d’un médium contemporain. C’est précisément la tension entre ces deux univers qui fait naître une émotion particulière. Plutôt que de reproduire l’esthétique traditionnelle coréenne à l’identique, je souhaite lui donner une forme nouvelle. La rencontre entre les motifs traditionnels et les formes contemporaines ouvre de nouvelles possibilités pour raconter l’histoire des objets anciens.

Comment vos personnages emblématiques et leur identité visuelle ont-ils vu le jour ?

L’identité visuelle de mon travail repose principalement sur les têtes cubiques et la grande diversité des motifs. À l’origine, il y avait l’idée d’une boîte mystérieuse renfermant quelque chose. Lorsqu’une boîte est oubliée, on ne sait plus ce qu’elle contient. Comme le cœur m’a toujours semblé impossible à définir clairement, j’ai choisi de le représenter sous la forme d’une boîte mystérieuse. J’aimerais explorer, avec le public, ce qui peut se cacher à l’intérieur. Cette idée a peut-être été influencée par la célèbre scène du mouton dans la boîte dans Le Petit Prince. Ce qui se trouve à l’intérieur apparaît à la surface sous la forme de motifs variés. Le cœur change sans cesse, à la manière d’un kaléidoscope.

Seyun Choi associe des têtes en bois peintes à la main et des corps fabriqués par impression 3D aux motifs et aux couleurs caractéristiques du dancheong, que l’on retrouve dans les temples et palais coréens. La photographie de gauche a été prise dans son atelier le 31 juillet 2025. Celle de droite présente une installation murale de ses œuvres lors de l’exposition au Solgeo Art Museum de Gyeongju, le 6 novembre 2025. © Seyun Choi

Seyun Choi associe des têtes en bois peintes à la main et des corps fabriqués par impression 3D aux motifs et aux couleurs caractéristiques du dancheong, que l’on retrouve dans les temples et palais coréens. La photographie de gauche a été prise dans son atelier le 31 juillet 2025. Celle de droite présente une installation murale de ses œuvres lors de l’exposition au Solgeo Art Museum de Gyeongju, le 6 novembre 2025. © Seyun Choi


Pourriez-vous nous expliquer plus en détail les concepts qui sous-tendent vos différentes séries ?

Mon travail s’articule principalement autour de deux séries : « Tradijunk » et « Gleam Gleam ». Le nom « Tradijunk » associe les mots « tradition » et « junk art ». Bien que la culture traditionnelle suscite aujourd’hui un regain d’intérêt, elle reste souvent en marge et risque de sombrer dans l’oubli. J’y ai vu un parallèle avec le junk art. Une question s’est alors imposée : à quoi ressembleraient ces objets anciens s’ils avaient un cœur ? Que ressentiraient-ils face à l’oubli ? À travers cette série, je raconte leurs histoires depuis une perspective contemporaine. Alors que « Tradijunk » explore les émotions de ces objets à travers mon propre regard, « Gleam Gleam » se tourne vers le monde intérieur. Le nom est né de l’idée que le cœur pourrait être une chose petite et lumineuse. Les souvenirs et les émotions y laissent des traces, même si le cœur demeure difficile à saisir. À partir de la question « Qu’est-ce que le cœur ? », j’ai développé l’idée d’élargir mon univers intérieur et de personnifier ses différentes facettes. Cette approche a également été inspirée par la pratique bouddhique de la pleine conscience appelée sati. Tout commence par la prise de conscience de ses propres émotions.

Comment une idée devient-elle une œuvre achevée ?

Le processus commence par une esquisse, suivie de la conception des motifs, de la modélisation 3D, de l’impression 3D, de la découpe laser et, enfin, de la mise en couleur. Pour les têtes, j’utilise des techniques de découpe laser. La peinture finale est cependant réalisée selon des méthodes traditionnelles et s’inspire de modèles historiques. Je mène actuellement des recherches sur différentes techniques artisanales, car je souhaite envisager et développer l’ensemble du processus de création comme une véritable pratique d’artisanat d’art.

De la première esquisse à la surface peinte à la main, Seyun Choi associe les technologies de fabrication numérique aux techniques artisanales traditionnelles coréennes. Les photographies ont été réalisées dans son atelier à Busan entre le 11 mai et le 14 août 2025. © Seyun Choi

De la première esquisse à la surface peinte à la main, Seyun Choi associe les technologies de fabrication numérique aux techniques artisanales traditionnelles coréennes. Les photographies ont été réalisées dans son atelier à Busan entre le 11 mai et le 14 août 2025. © Seyun Choi


Quel rôle les couleurs, les détails et les matériaux jouent-ils dans vos créations ?

Mes œuvres s’inspirent principalement des palettes chromatiques du dancheong et des peintures bouddhiques sur rouleaux. Je pars de couleurs traditionnelles telles que l’orange, le rouge, le bleu, le jaune et le vert, auxquelles s’ajoutent des nuances chaudes de beige et de pêche. Je les associe ensuite à ma propre sensibilité chromatique. Dans la peinture traditionnelle, le terme bit désigne les différentes nuances et gradations d’une couleur. Ces transitions apportent profondeur et vitalité aux motifs. Beaucoup de personnes associent avant tout le dancheong au rouge et au vert. Pourtant, cette tradition possède une palette d’une richesse et d’une élégance remarquables. C’est cette diversité que je souhaite mettre en lumière. J’utilise le bois pour les têtes et la résine pour les corps. La texture des surfaces est particulièrement importante à mes yeux. Pour moi, leur légère rugosité dégage une chaleur humaine et rend perceptible le travail de la main. Je m’intéresse également aux techniques traditionnelles de laque ainsi qu’à la technique dite de la laque sèche.

Vos œuvres intègrent de nombreuses couleurs et de nombreux détails typiquement coréens. Pourquoi avoir choisi ces éléments ?

Les langages visuels occidentaux occupent aujourd’hui une place dominante dans l’art coréen contemporain. C’est pourquoi mon travail est souvent perçu comme inhabituel. Lorsque l’on me demande pourquoi j’ai choisi cette voie, ma réponse reste généralement la même : avant même d’appartenir à l’art bouddhique, ces éléments font partie de notre patrimoine culturel. En tant qu’artiste coréen, il me semble naturel d’exprimer notre propre culture. Pourtant, il ne s’agit pas véritablement d’un choix conscient. J’ai plutôt le sentiment d’avoir été attiré par elle.

À gauche : l’art toy « Tradijunk » de Seyun Choi lors de l’exposition « Dream Comes True » au Corner Square à Séoul. À droite : les peintures traditionnelles ornant le plafond de la porte Gwanghwamun. Les motifs coréens présents dans l’œuvre de Choi ont rappelé ces peintures à l’autrice. Les deux photographies ont été prises à Séoul le 19 octobre 2024. © Jasmin Mikolay

À gauche : l’art toy « Tradijunk » de Seyun Choi lors de l’exposition « Dream Comes True » au Corner Square à Séoul. À droite : les peintures traditionnelles ornant le plafond de la porte Gwanghwamun. Les motifs coréens présents dans l’œuvre de Choi ont rappelé ces peintures à l’autrice. Les deux photographies ont été prises à Séoul le 19 octobre 2024. © Jasmin Mikolay


Où puisez-vous votre inspiration ?

Une grande partie de mon inspiration vient de l’art bouddhique. Je visite également régulièrement des expositions de design et d’art contemporain. Lorsque l’on s’intéresse exclusivement aux œuvres traditionnelles, on risque de limiter sa propre perspective. C’est pourquoi je recherche délibérément des créations qui se situent à l’opposé de ce que je fais. Ces impressions m’aident à élargir les frontières de la tradition et à trouver de nouvelles impulsions créatives.

Combien de temps faut-il pour réaliser une figurine ?

La création d’une seule figurine demande beaucoup de temps et de travail manuel. La modélisation 3D est suivie de l’impression, du travail de finition et de la peinture du corps. La fabrication et la peinture de la tête en bois selon des techniques traditionnelles demandent encore trois jours. Au total, la réalisation d’une œuvre nécessite au minimum huit jours et peut en prendre jusqu’à dix.

Les personnages hauts en couleur de Seyun Choi ont notamment été présentés dans une exposition à la Cerner Gallery, à Séoul (à gauche), du 12 au 31 décembre 2025, et dans une autre au Corner Square, à Séoul (à droite), du 9 au 23 octobre 2024. La photographie de droite a été prise le 19 octobre 2024 et celle de gauche le 13 décembre 2025. © Seyun Choi, Jasmin Mikolay

Les personnages hauts en couleur de Seyun Choi ont notamment été présentés dans une exposition à la Cerner Gallery, à Séoul (à gauche), du 12 au 31 décembre 2025, et dans une autre au Corner Square, à Séoul (à droite), du 9 au 23 octobre 2024. La photographie de droite a été prise le 19 octobre 2024 et celle de gauche le 13 décembre 2025. © Seyun Choi, Jasmin Mikolay


Quelles expériences ou réussites vous ont particulièrement marqué ?

Les expositions organisées à la Corner Gallery de Samcheong-dong et au Musée d’art Solgeo de Gyeongju ont été importantes pour moi. L’exposition du Seolgeo Art Museum de Gyeongju, qui réunissait quatre artistes pendant le sommet de l’APEC 2025 à Gyeongju m’a ainsi donné l’occasion de rencontrer un public particulièrement international. L’exposition à la Corner Gallery a également représenté une étape importante dans mon évolution. Je garde notamment en mémoire les réactions des visiteurs étrangers, qui ont accueilli ma réinterprétation de la tradition coréenne avec beaucoup de curiosité et d’enthousiasme.

Quels sont vos projets et vos ambitions pour l’avenir ?

Dans le dialecte de la province du Gyeongsang, il existe un mot : hagojibi. Il désigne une personne qui souhaite sans cesse faire et apprendre de nouvelles choses. Ce terme me correspond très bien. Plutôt que de me reposer sur une méthode de travail particulière, je souhaite continuer à explorer de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux. Mon objectif est de poursuivre constamment mon évolution en tant qu’artiste. Même lorsque nous ne parlons pas la même langue, j’espère que mes œuvres parviendront à transmettre mes pensées et mes émotions. Je me réjouis de rencontrer des personnes du monde entier à travers des créations toujours plus diverses.


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