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18.05.2026

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La compagnie Baru présente « Résonances », le 22 mai 2026, au musée Guimet. © Compagnie Baru et musée Guimet

La compagnie Baru présente « Résonances », le 22 mai 2026, au musée Guimet. © Compagnie Baru et musée Guimet



Par Nathalie Fisz

Le musée Guimet vit une K-année exceptionnelle avec des expositions et des spectacles de premier plan qui ont reçu les éloges du public. Du 24 au 26 avril derniers, un week-end organisé par le K-Vox Festival a été consacré au pansori que j’ai eu le plaisir de présenter dans un article.

Le 22 mai, le musée nous propose de découvrir l’âme coréenne avec le second événement du K-Vox Festival, le spectacle « Résonances », de la compagnie Baru.

La Corée est une nation connectée et très au fait de toutes ses avancées technologiques, mais sa dimension spirituelle fait également partie de son ADN.

Chaque année entre avril et mai, la Corée fête l'anniversaire de Bouddha. D'autres citoyens puisent leurs croyances dans le chamanisme. Le musée Guimet nous invite à découvrir les croyances fondatrices du pays.

Un moine, une chamane, des fleurs de lotus. Avec « Résonances », la compagnie Baru nous fait vivre une expérience rare et sensible où se rencontrent rituels bouddhistes et chamaniques, alliant chants, danse et gestes symboliques.

Han Yumi, directrice du K-Vox Festival, m’a permis de réaliser une interview de Park Keeryang danseuse et chorégraphe au Centre national de Gugak de Jindo. Elle avait déjà eu l’occasion de se produire en France. Elle a accepté de répondre à mes questions avec bienveillance et m’a parlé de réconfort.

Découvrons sans tarder ce second événement du 14e K-Vox Festival au musée Guimet, avec le soutien du centre culturel coréen de Paris.

Moine, chamane, musicien et création en papier de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet

Moine, chamane, musicien et création en papier de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet


Bouddhisme et chamanisme, vecteurs de spiritualité en Corée

En mai, la Corée célèbre la naissance de Bouddha, le huitième jour du 4e mois du calendrier lunaire, ce qui correspond cette année au 24 mai, selon le calendrier solaire. À cette occasion, le pays célèbre une tradition vieille de 1 200 ans, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. De nombreux fidèles se rendent aux temples bouddhistes et des festivals de lanternes (Yeondeunghoe) ont lieu avec un grand défilé à Séoul. Devant le temple Jogyesa, des programmes de découverte sont proposés avec par exemple, la fabrication de fleurs en papier.

Le chamanisme reste également une référence spirituelle populaire en Corée, à l’image du film Exhuma, dont le réalisateur, Jang Jae-hyun, a découvert un nombre important de jeunes chamans pendant le tournage.

En Corée, quand le chaman est un homme, on parle de baksu. Les femmes sont nommées les mudangs, intermédiaires entre le monde des esprits et le monde des humains. Le gut est l’autre pilier du chamanisme coréen. C’est un rituel mené par les chamanes pour prendre contact avec l’autre monde en présentant de l’alcool et des offrandes de nourriture, des fleurs de papier, des bougies. Lorsque Han Yumi était ma professeure au centre culturel coréen, elle avait invité ses élèves à un spectacle intitulé « Gut, l’âme coréenne ». Nous avons fait une immersion dans ces croyances chamaniques et nous avons découvert des chants et des danses.

Le spectacle « Résonances » de la troupe Baru

La compagnie Baru propose, pour la première fois hors de Corée, une immersion sensible dans les croyances fondatrices du pays. Le spectacle tisse des séquences présentant plusieurs rituels : le Yeongsanjae, le Jindo ssitgimgut et le Donghaean Byeolsingut.

Ces trois cérémonies comptent parmi les rituels spirituels traditionnels les plus emblématiques de la Corée. Le premier, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2009, est un rituel bouddhiste visant à guider les âmes des défunts vers le nirvana. Les deux autres sont des rituels chamaniques : le Jindo ssitgimgut tire ses origines de l’île de Jindo, au sud-ouest de la Corée. Il a pour but de purifier l’âme des morts et d’apaiser leurs rancunes. Le Donghaean byeolsingut est quant à lui pratiqué dans les villages de pêcheurs de la côte sud-est de la Corée. Il invoque la protection divine et l’abondance des prises à travers chants, danses et percussions. La musique y occupe une place centrale avec un ensemble de percussions composé généralement d’un tambour (janggu) d’un grand gong (jing) et de cymbales (bara).

« La troupe Baru présente des tableaux où se mêlent mémoire, spiritualité et humanité, avec la volonté d’envelopper les souffrances du monde d’une chaleureuse énergie collective », explique le musée. « Chants ancestraux et création de fleurs en papier découpé élaborées en direct, danse, se conjuguent pour donner à entendre leur résonance dans le monde actuel », ajoute-t-il.

Park Keeryang, danseuse et chorégraphe de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet

Park Keeryang, danseuse et chorégraphe de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet


Nathalie Fisz : Depuis quand pratiquez-vous la danse chamanique et pourquoi avoir choisi cette voie ?

Park Keeryang : Je travaille sur la manière dont la culture traditionnelle coréenne peut être mise en scène à travers des formes contemporaines de communication dans les arts du spectacle. Ma famille perpétue depuis environ 270 ans, sur 23 générations, le Jindo Ssitgimgut, rituel de purification de l’île de Jindo. J’ai grandi dans un environnement où il était naturel d’apprendre et d’étudier les danses chamaniques, de me familiariser avec les cultures qui y sont liées, et de concevoir des créations scéniques à partir de cet univers.

Quand avez-vous créé la compagnie Baru et qui sont ses membres ?

Le groupe Baru est un collectif né de la rencontre entre le moine Subeom (Kwon Rihwan), titulaire de la transmission du Yeongsanjae, rituel bouddhique inscrit à l’UNESCO, Jung Younrak, détenteur de la transmission du Donghaean Byeolsingut (patrimoine culturel immatériel national) et artiste spécialisé dans la fabrication des fleurs en papier, Hong Hyo-jin, détentrice également du Donghaean Byeolsingut, ainsi que moi-même, qui mène des recherches sur le Jindo Ssitgimgut, rituel de purification de l’île de Jindo. Le nom du groupe, Baru, vient du terme désignant le bol bouddhique et les rituels monastiques qui y sont associés lors du repas. Cela renvoie au récipient qu’utilisait le Bouddha et qu’utilisent toujours les pratiquants dans leur discipline spirituelle.

En 2015, nous nous sommes réunis en partageant la volonté de créer un art capable de contenir toute la chaleur du monde, avec l’idée de contribuer, même modestement, à rendre la société plus chaleureuse. Le spectacle de fondation officiel n’a été présenté que dix ans plus tard, en janvier 2025.

Êtes-vous déjà venue pour présenter votre art en France ? Quelle a été la réaction du public ?

J’ai étudié à l’Université nationale des arts de Corée (Korea National University of Arts), au département de danse, puis j’ai travaillé à Lyon durant cette période étudiante. Plus tard, lorsque j’étais membre de l’Institut National de Danse de Corée, je suis venue à Paris et j’y ai exercé en tant que danseuse de la compagnie.

J’ai participé à la création du spectacle « Carmen(s) » de José Montalvo, et j’ai effectué une tournée à travers la France, ainsi qu’en Italie et au Luxembourg. Au-delà des chorégraphies collaboratives avec des artistes de différents pays, j’ai présenté une interprétation de Carmen marquée par ma propre sensibilité et par les couleurs singulières de la danse traditionnelle coréenne. J’ai également présenté à Paris quatre performances solo, toutes centrées sur le thème du « Chumssitgim, danse de purification ». Il s’agissait de mises en scène intégrant la philosophie du Jindo Ssitgimgut, transposée à travers la danse.

En partageant du riz avec le public et en créant un espace où chacun pouvait danser avec tous, j’ai cherché à montrer que le chamanisme coréen est un art profondément chaleureux, porteur de partage et de réconfort. De nombreux spectateurs ont déclaré avoir été profondément touchés, certains allant jusqu’aux larmes, et avoir ressenti un véritable apaisement. J'aimerais poursuivre ce travail à l’avenir.

Les chamanes, les fleurs de lotus et l'autel de riz de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet

Les chamanes, les fleurs de lotus et l'autel de riz de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet


Que pensez-vous de la passion des Occidentaux pour la culture coréenne ?

Quelle que soit la forme que cela puisse prendre, je l’envisage avec une profonde gratitude. En tant que praticienne des arts traditionnels coréens, je ressens une forte responsabilité quant à leur préservation et à leur transmission. En fin de compte, j’ai eu le sentiment que, si l’être humain dispose d’une opportunité de solidarité au-delà des races, des continents et des environnements, alors l’espoir d’une telle solidarité peut exister partout.

Comment s’est passée l’invitation au musée Guimet ?

La directrice du Festival K-vox, et professeure à l’université Shinhan, Han Yumi, avait assisté à mes spectacles et avait bien perçu la couleur artistique que je cherchais à développer. C’est elle qui m’a proposé cette collaboration, que nous avons décidé de concrétiser ensemble. À l’origine, j’avais prévu de présenter une performance solo intitulée « Chumssitgim, danse de purification » au musée Guimet en mars 2020. En raison de la pandémie de Covid-19 qui a frappé le monde entier, le projet a été indéfiniment reporté, puis finalement annulé. Cela a été l’occasion de renouer avec ce grand musée.

Que souhaitez-vous montrer au public français à travers votre spectacle au musée Guimet ?

Les membres de l’équipe Baru sont des praticiens spécialisés dans les rituels traditionnels coréens. En étudiant et en approfondissant les questions liées à la vie et à la mort, nous cherchons à les transformer en créations scéniques abouties. Ce que nous souhaitons finalement montrer, c’est la volonté de préserver la vie face à la mort, ainsi que le respect profond pour tout ce qui a existé. C’est pourquoi nous souhaitons parler d’une chaleur commune vers laquelle l’humanité peut avancer collectivement, où ce qui fait peur ne serait plus source de peur, et ce qui est sombre ne serait plus uniquement de l’obscurité. À travers ce spectacle, nous espérons que ceux qui ont perdu un être cher, ceux qui sont épuisés par les difficultés de la vie, et ceux qui souffrent dans leur cœur puissent tous trouver du réconfort. C’est dans cet esprit que nous avons préparé cette performance.

Le chamanisme est-il toujours présent dans la vie quotidienne en Corée ? Quel est le rapport avec le bouddhisme ?

Nous cherchons toujours dans nos vies à être protégés de ce que nous considérons comme « impur » ou néfaste. Ce désir en lui-même constitue déjà l’essence du chamanisme. Lorsque nous espérons ardemment que nos prières atteignent quelque part dans le ciel, en Corée, nous faisons appel à celles et ceux qui relient le ciel et les êtres humains : les mudang, les chamanes.

Le bouddhisme est une religion profondément inclusive. Présent en Corée depuis plus de 2 000 ans, il a, au fil de cette longue histoire, choisi la voie de la coexistence plutôt que celle de la domination vis-à-vis des croyances autochtones coréennes. Ayant vécu ensemble en Corée pendant des siècles, le bouddhisme et le chamanisme y partagent aujourd’hui de nombreuses similitudes, tant dans leurs rituels que dans leurs visions du monde. On retrouve ainsi, dans les cérémonies chamaniques comme dans les rites bouddhiques, des éléments issus des deux traditions. Le bouddhisme en Corée continuera certainement à vivre en relation et en solidarité avec le chamanisme coréen.

Comment imaginez-vous l’avenir de Baru ?

La prochaine étape de Baru aura lieu le 27 juin au Centre national de Gugak du Namdo (Namdo National Gugak Center), avec une performance ayant le même thème et le même contenu que celle présentée au musée Guimet. Et à la fin de l’année, Baru prévoit d’organiser une performance sous forme de talk-concert intitulée « Chaque histoire », où chacun pourra partager son récit.

Les recettes de Baru sont systématiquement reversées sous forme de dons. À l’avenir, nous continuerons à créer des spectacles autour des traditions, tout en collaborant avec des artistes issus de divers genres.

Les créations en papier laissent deviner les danses des chamanes de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet

Les créations en papier laissent deviner les danses des chamanes de la compagnie Baru. © Compagnie Baru et musée Guimet


Quelques mots encore

Nous qui vivons des périodes de tension, aspirons sans doute à davantage de sérénité. Avec « Résonances » de la compagnie Baru, le musée Guimet nous propose de découvrir un autre aspect de la culture coréenne qui est une nouvelle source d’inspiration. Un moine, une chamane, des fleurs de lotus, c'est ce dont nous avons besoin.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr