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20.10.2026

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À gauche, Mia Lee Dervout, fondatrice et présidente de l'association Echos de la Corée. À droite, affiche du 18e concert pour la paix. © Echos de la Corée

À gauche, Mia Lee Dervout, fondatrice et présidente de l'association Echos de la Corée. À droite, affiche du 18e concert pour la paix. © Echos de la Corée



Par Nathalie Fisz

Ces derniers jours, la France est traversée par de vives tensions, dont certaines ont connu une issue particulièrement tragique. Dans un tel contexte, l’art et la culture ont-ils encore un rôle à jouer ?

« Bien sûr que oui », nous répond Mia Lee Dervout, fondatrice et présidente de l’association Echos de la Corée. Avec toute sa force de conviction, et une équipe dévouée à sa cause, elle peaufine actuellement les derniers détails d’un concert qui aura à coup sûr, un retentissement très particulier.

Il s’agit du 18e concert pour la paix, qui se déroulera le vendredi 23 octobre dans un lieu emblématique de la capitale qui lui servira d’écrin, la maison de l’UNESCO.

J’ai déjà eu la chance d’assister à des concerts pour la paix dans le passé et de découvrir la Lux-Bit Art Company, invitée cette année encore, accompagnée de magnifiques artistes tels que le ténor popera Lim Hyung-joo qui lui aussi a déjà participé à des concerts pour la paix.

C’est en 2003, qu’est née l’Association Echos de la Corée, pour assurer la promotion des échanges culturels entre la France et la Corée. De la diva Sumi Jo au pianiste légendaire Kun-Woo Paik, plusieurs artistes de renom ont participé aux concerts pour la paix ces dernières années. L'édition 2026 revêt une portée particulière car elle accompagne la commémoration du 140e anniversaire du traité diplomatique franco-coréen signé en 1886. Cet événement est placé sous le haut patronage de l’Ambassade de la République de Corée en France, du comité de la Flamme sous l’Arc de Triomphe et de la fédération nationale André Maginot.

Un parcours dédié à la promotion des échanges culturels entre la France et la Corée

Comment trouver les mots justes pour présenter le parcours de Mia Lee Dervout, artisan et figure de l’amitié franco-coréenne et du partage des cultures entre ces deux nations ? « Je me sens comme investie d’une mission », me disait-elle, il y a quelques jours.

Une conviction et une foi quasi inébranlables pour celle qui a exercé déjà plusieurs fonctions. Mia Lee Dervout a été présidente de l’association des femmes coréennes en France (AFCF-Kowin) avant de transmettre son flambeau à Chung Gohsran. Elle a souvent mis en valeur des femmes à l’occasion de rencontres France/Corée; lesquelles rencontres ont souvent précédées les symphonies amicales organisées à la mairie de Saint-Mandé. Ces symphonies ont permis de renforcer des liens au sein de la communauté franco-coréenne. Elles ont souvent été dédiées à Racines coréennes et à la cause des coréens adoptés, comme je l'expliquais également dans cet article.

Mia Lee Dervout assure également la promotion d’artistes coréens en France. Elle se consacre encore à d’autres activités, et il n’est pas étonnant que l’ancien président de la République française Valéry Giscard d'Estaing lui ait remis l'insigne de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres en 2013.

Une succession d’artistes prestigieux

La liste des artistes coréens invités aux concerts est impressionnante.

En juin 2022, Échos de la Corée avait invité la diva Sumi Jo au théâtre des Champs-Élysées pour le concert Diva pour la paix. En décembre 2022, avait lieu le concert intitulé Lumière de la Paix pour la commémoration du 70e anniversaire du début de la guerre de Corée, avec pour invités Kun-Woo Paik, et des brillants pianistes coréens de la jeune génération. Théâtre des Champs-Elysées, théâtre de la Madeleine, Hôtel des Invalides, église de la Madeleine, maison de l'Unesco sont autant de lieux prestigieux pour ces événements.

En 2013, Echos de la Corée avait présenté son concert Amour et Paix, à l'église de la Madeleine et déjà accueilli le ténor popera Lim Hyung Joo. Accompagné de l’Orchestre de Chambre SunHan, il avait interprété des grands airs d’opéra et des chants coréens.

En 2023, j’avais eu la chance d’assister au 15e concert pour la paix à la maison de l’Unesco. Il avait déjà une connotation particulière pour Mia Lee-Dervout puisqu’il marquait le 20e anniversaire d’Échos de la Corée. J’avais rencontré à cette occasion la Lux-Bit Art Company, comme je l’explique dans cet article.

La Lux-Bit Art Company fondée en 2013 réunit des danseurs voyants et malvoyants de toutes générations, des jeunes adultes aux artistes de plus de 60 ans. A la fin de leur prestation, Mia Lee Dervout avait demandé au public avec beaucoup d’émotions : « avez-vous vu la différence ».

Le 18e concert pour la paix

Le 18e concert pour la paix, Ensemble vers la Lumière, se tiendra le vendredi 23 octobre 2026, à la Maison de l'UNESCO à Paris dans le 7e arrondissement. Le public pourra apprécier le ténor popera Lim Hyung-joo, les performances de la Lux-Bit Art Company accompagnée par Open’ Injazz, un groupe et orchestre de jazz formé au sein de l'Institut National des Jeunes Aveugles.

Cette soirée sera dédiée au courage, à l’espoir et à la paix. sous le haut patronage de l’ambassade de la République de Corée en France, du Comité de la Flamme sous l’Arc de Triomphe et de la fédération nationale André Maginot (FNAM).

Nathalie Fisz : Depuis quand préparez-vous le programme de cette édition ?

Mia Lee Dervout : La préparation d’une nouvelle édition demande généralement entre un et deux ans. Dès que le lieu et le programme d’un concert sont arrêtés, nous commençons à réfléchir à l’édition suivante et à en préparer les grandes lignes. Cette anticipation est indispensable, notamment lorsque nous souhaitons inviter des artistes de haut niveau vivant en Corée. Il faut concilier leurs agendas avec les nôtres, et organiser leur venue à Paris, dans les meilleures conditions. Derrière chaque édition, il y a donc un long travail de réflexion, de planification et de coordination, bien en amont du concert lui-même.

Le choix des artistes est-il une décision collégiale ou individuelle ?

Il m’arrive de contacter directement certains artistes, mais nous réfléchissons aussi collectivement aux personnes et aux formations qui pourraient correspondre à notre projet. Nous recevons également des recommandations et propositions de collaboration. Pour chaque édition, notre choix est avant tout guidé par le thème que nous souhaitons mettre en lumière, et par le message que nous voulons transmettre. Nous recherchons des artistes dont le parcours, la sensibilité et l’expression artistique peuvent entrer en résonance avec l’esprit du concert. Au-delà de leur talent, c’est cette cohérence entre l’artiste, le projet et les valeurs que nous défendons qui compte à nos yeux.

Depuis quand, comment et où avez-vous rencontré la compagnie Luxbit et le ténor Lim Hyung-joo ?

Dès 2010, j’ai commencé à inviter à Paris des artistes coréens en situation de handicap, afin de leur offrir une véritable scène pour présenter leur travail. Ces rencontres ont contribué à faire connaître leurs talents et, pour certains d’entre eux, à leur ouvrir de nouvelles perspectives dans leur parcours artistique. Vers 2021, la compagnie Luxbit Art Company m’a contactée pour me proposer de participer à notre concert. Après deux années de préparation, nous avons pu l’accueillir sur la scène de l’Unesco en 2023. Leur prestation a profondément touché le public. Quant au ténor popera Lim Hyung-joo, je l’ai rencontré pour la première fois alors qu’il n’avait que 16 ans. Le concert de cette année marque donc sa troisième invitation à Paris. Il s’était déjà produit en solo à la cathédrale Saint-Louis-des-Invalides en 2011, puis à l’église de la Madeleine en 2013. Treize ans après cette troisième prestation, je suis particulièrement heureuse de le retrouver sur la scène de l’UNESCO.

Comment avez-vous pris contact avec l’Institut des jeunes aveugles ?

Notre premier contact remonte à 2022, alors que je préparais la venue de la Lux-Bit Art Company à Paris. Je souhaitais établir un lien avec cette institution, qui occupe une place historique dans l’accompagnement des personnes aveugles, et explorer la possibilité d’un échange artistique entre la compagnie coréenne et les élèves de l’Institut. Mon idée était de proposer une masterclass ou un projet chorégraphique commun. Malheureusement, les conditions nécessaires à la réalisation de ce projet n’étaient pas réunies à l’époque, et nous n’avons pas pu le concrétiser. Cette année, nous avons repris contact et une nouvelle possibilité s’est présentée, cette fois dans le cadre du programme réunissant le ténor Lim Hyung-joo et les artistes de la Lux-Bit Art Company. Je suis particulièrement heureuse que cette première collaboration artistique puisse enfin voir le jour à l’occasion de notre concert.

Volets de l'affiche officielle du 18ème concert pour la paix, organisé par Échos de la Corée avec la Lux-Bit Art Company et le ténor Lim Hyung-joo. © Echos de la Corée

Volets de l'affiche officielle du 18e concert pour la paix, organisé par Echos de la Corée avec la Lux-Bit Art Company et le ténor Lim Hyung-joo. © Echos de la Corée


Quels sont les profils des artistes de la Lux-Bit Art Companyet du ténor Lim Hyung-joo ?

Parmi les dix danseurs qui participeront au spectacle cette année, quatre sont en situation de handicap visuel, avec des âges allant de l’enfance à la soixantaine. Les six autres danseurs, voyants, formeront avec eux des binômes sur scène, dans une démarche de partage, de complicité et de création artistique commune. Lim Hyung-joo n’a encore jamais partagé la scène avec des musiciens en situation de handicap visuel, et notamment avec un orchestre de jazz composé de musiciens aveugles. Cette rencontre constitue donc une première, ce qui la rend d’autant plus intéressante sur le plan artistique et humain.

Comment se sont déroulées les répétitions ?

Nous ne disposons de l’UNESCO que pour la journée du 23. Nous devons organiser le travail avec beaucoup de rigueur. Les artistes effectuent donc l’essentiel de leurs répétitions en Corée, afin d’arriver à Paris avec un programme aussi abouti que possible. La veille du concert, ils peuvent découvrir les lieux et se familiariser avec l’espace scénique. Le jour même, nous consacrerons la matinée et une partie de l’après-midi aux répétitions sur place, afin d’ajuster les différents éléments et de coordonner les interventions de chacun. Lim Hyung-joo arrive à Paris en amont du concert pour participer à une conférence de presse et effectuer ses propres répétitions. C’est une organisation exigeante, qui nous permet de réunir des artistes venus d’horizons différents et de leur offrir les meilleures conditions possibles, malgré les contraintes matérielles et financières.

Pouvez-vous nous parler du choix des autres artistes ?

Après vingt-cinq ans consacrés à la musique, aux arts et à la conception de projets culturels, j’ai appris à faire confiance à ce que j’appelle mon instinct, cette petite voix intérieure qui me fait sentir qu’un artiste, une rencontre ou une proposition a sa place dans un projet. À l’origine, nos concerts étaient principalement consacrés à la musique classique. Mais j’ai toujours pensé qu’il était intéressant d’ouvrir notre scène à d’autres formes d’expression artistique. Cette année, nous avons ainsi imaginé un programme qui réunit la danse, le jazz et le popera. Trois univers différents, mais qui peuvent dialoguer et se compléter pour créer une expérience artistique singulière.

Quelles sont les différentes facettes de la lumière dans ce concert ?

La lumière revient si souvent comme un thème central de nos concerts. Je n’aime pas l’obscurité, mais la lumière dont je parle ne se limite pas à celle que l’on voit. Elle représente aussi cette force intérieure capable d'apaiser nos peurs les plus profondes, de réconforter nos blessures et de nous aider à surmonter les épreuves de la vie. Je crois profondément que, même lorsque le monde semble plongé dans l’obscurité, le froid et la peur, une toute petite lumière peut suffire à nous redonner du courage. Elle devient alors un signe d’espérance, une source de réconfort et une force capable de transformer notre regard sur le monde. Aujourd’hui, alors que tout semble s’accélérer et que tant de régions du monde sont frappées par les guerres, les famines et les catastrophes naturelles, je ressens plus que jamais le besoin de faire briller cette lumière. C’est dans cet esprit que je prépare ce concert : allumer, à travers l’art et la musique, une petite lumière d’espoir dans un monde qui en a profondément besoin.

Si je devais expliquer en quelques mots ce qui m’anime depuis vingt-cinq ans, je dirais que j’ai toujours voulu contribuer, à ma mesure, à faire briller une petite lumière à travers les échanges culturels et artistiques entre la Corée et la France.

C’est précisément la raison pour laquelle j’ai fondé l’association Echos de la Corée. Depuis dix-huit éditions, nous organisons ce concert pour la paix avec le même souhait de promouvoir l’amitié franco-coréenne et faire vivre un message de paix à travers la musique et les arts. Si grâce à la musique et à l’art, nous pouvons toucher ne serait-ce qu’un seul cœur et donner à une seule personne l’envie de devenir un artisan de paix, alors je crois que tous nos efforts en valent la peine.

Final du 15e concert pour la Paix organisé par Echos de la Corée. Mia Lee déjà en présence de la Lux-Bit Art Company et de ténors coréens. © Nathalie FIsz

Final du 15e concert pour la Paix organisé par Echos de la Corée. Mia Lee déjà en présence de la Lux-Bit Art Company et de ténors coréens. © Nathalie FIsz


Quelques mots encore

C’est ainsi que je m’apprête à assister à cet événement qui promet d’être un moment exceptionnel, événement auquel j’ai convié des personnes qui comptent pour moi. Alors que Paris est meurtri, ce matin, j’ai échangé quelques mots avec Mia Lee Dervout et nous nous sommes posé la question de savoir si ce concert serait maintenu. Oui, si l’avenir nous le permet, nous irons tous ensemble vers la lumière.


Présents partout à travers le monde, les journalistes honoraires de Korea.net ont pour mission de faire connaître et partager leur passion de la Corée et de la culture coréenne au plus grand nombre.

caudouin@korea.kr