En décembre dernier, le ministère de l'Intérieur et de la Sécurité a présenté plusieurs innovations de l'administration publique coréenne aux missions diplomatiques d’une centaine de pays. Korea.net met dans cette série d’articles cinq d’entre elles qui concernent des domaines aussi variés que la gestion des catastrophes, l'agriculture intelligente ou la restauration des forêts.
Un groupe de randonneurs à Jirisan, dans le sud de la Corée. © Office national des forêts
Par Margareth Theresia
La Corée est aujourd’hui bien connue pour ses paysages montagneux et largement boisés. Même en ville, les collines couvertes d’arbres côtoient les gratte-ciel, offrant un cadre apprécié des amateurs de nature et de randonnée. Ce paysage est toutefois le résultat de politiques ambitieuses de reboisement menées depuis la seconde moitié du XXe siècle.
Le territoire coréen a en effet subi d’importantes dégradations au cours du XXe siècle, notamment en raison de l’exploitation intensive des ressources forestières durant la période de colonisation japonaise, puis des destructions liées à la guerre de Corée. En 1953, près de la moitié des zones montagneuses étaient dépourvues d’arbres. Le stock de bois en forêt était alors estimé à 36 millions de mètres cubes, soit son niveau le plus bas depuis les premières mesures réalisées en 1927. À titre de comparaison, les forêts de France métropolitaine représentent aujourd’hui environ 2,9 milliards de mètres cubes de bois, selon l’IGN.
Les alentours de la gare de Munsan, près de Paju, au nord-ouest de Séoul, sans aucune végétation, dans les années 1960. © Office national des forêts
À partir des années 1970, le gouvernement coréen a lancé d’importants programmes de reboisement. Parallèlement, la croissance économique a entraîné une diminution de l’usage du bois comme combustible domestique au profit des énergies fossiles, contribuant à réduire la pression sur les forêts. La combinaison des campagnes de plantation à grande échelle et des politiques de protection a permis une restauration rapide des écosystèmes forestiers. Entre 1953 et 2020, le stock de bois des forêts coréennes a ainsi été multiplié par 29.
La participation des populations locales, notamment à travers des organisations forestières, a également joué un rôle déterminant. En un demi-siècle, le nombre d’arbres a été multiplié par 15. Le volume de ressources forestières est passé de 10 mètres cubes par hectare en 1972 à 165 mètres cubes en 2020.
Aujourd’hui, les forêts couvrent environ 63 % du territoire coréen, soit bien au-dessus de la moyenne mondiale estimée à 31 %, ce qui place le pays parmi les plus boisés de l’OCDE.
Photos illustrant le reboisement du port de Yeongilman à Pohang, dans le Gyeongsang du Nord, de 1973 à 1977. © Office national des forêts
Ces efforts ont été documentés dans des archives, inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO en avril 2025. Ce fonds comprend près de 10 000 documents (registres de plantation, des archives de pépinières, des photographies aériennes, documents liés à la prévention des feux de forêts, etc.), qui retracent à la fois le processus de restauration des forêts, mais aussi l’ensemble des politiques de gestion qui ont été menées au cours des dernières décennies.
Ces archives illustrent également l’importance de la coopération entre les pouvoirs publics et les acteurs locaux dans la réussite de ces politiques, et constituent désormais une ressource utile pour la coopération internationale, notamment dans les projets d’aide publique au développement (APD). Elles offrent enfin des enseignements précieux pour répondre aux défis environnementaux mondiaux, tels que le changement climatique, la désertification et la restauration des écosystèmes.
margareth@korea.kr