Par la journaliste honoraire de Korea.net Eléonore Bassop de France
Avant de rentrer à Séoul, j’ai fait un détour par Damyang, dans la province du Jeolla du Sud. L’intérêt pour moi de retourner dans cette petite ville de province que j’aime beaucoup, c’était de retrouver Juknokwon, ma forêt de bambou préférée et d’aller me désaltérer dans un petit café du village provençal, Meta Provence, une curiosité à découvrir. Après cette excursion éclair, me voilà dans un bus qui me ramène à Séoul.
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Seodaemun Independence Park
Galvanisée par mes recherches récentes sur le passé de la Corée avec mes visites des musées de Jeonju et de Gwangju, à mon retour à Séoul, je décidais de me rendre au Seodaemun Independence Park.
Cet important site historique et culturel commémore les patriotes et les militants coréens qui ont pris part aux luttes pour la souveraineté de leur pays pendant la période coloniale japonaise (1910-1945). Le parc abrite des statues de patriotes, des monuments, une bibliothèque et le musée de la prison de Seodaemun.
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La prison de Seodaemun a été construite par l'empire nippon en 1908, elle fut l'un des symboles de l'oppression japonaise et de nombreux militants nationalistes y furent incarcérés, torturés et exécutés. Aujourd'hui, l'ancienne prison a été transformée en musée, « Prison History Hall », le musée de la Prison de Seodaemun, consacrée à cette période tragique de l'histoire de la Corée.
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Le parcours débute par le hall d’exposition, puis au premier étage, un grand écran retrace les étapes de la construction de la prison et ses évolutions. Au deuxième étage, des salles d’exposition traitent de la résistance nationale et des conditions de vie des prisonniers, l’émotion affleure lorsque dans la salle tapissée des photographies des victimes, notre regard s’attache à celles et ceux qui ont subi ici les pires outrages. Au sous-sol, on découvre avec effroi le réalisme des reconstitutions des scènes de torture. À l’extérieur, après avoir repris son souffle, un passage par le monument aux martyrs s’impose tout comme la visite des cellules pour femmes situées dans un bâtiment annexe, on peut y entendre le témoignage audio d’une survivante racontant sa vie dans ces geôles abominables.
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À la fin de l’occupation japonaise en 1945, la prison sert de lieu de détention notamment pour les militants prodémocratie. Elle fermera en 1987 pour se transformer en musée en 1998.
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Le Seodaemun Independence Park est chargé d’histoire, mais il est devenu un parc convivial, très fréquenté par les résidents qui viennent y faire de la marche, jouer au jeu de Go, se rafraîchir à la buvette ou papoter entre amis.
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La jeunesse coréenne à l’écoute de l’Afrique
Mon passage à Séoul m’aura permis de participer à nouveau aux activités de l’organisation Africa Insight, présidée par Steven Heo, qui œuvre à mieux faire connaitre l’Afrique à ses concitoyens.
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Le 20 mai dernier, Africa Insight avec le ministère des Affaires étrangères organisait une après-midi d’échanges, de musique et de danse sur le thème de l’Afrique à l’attention des jeunes de Séoul, le Global Youth Book Concert. Cet événement avait été programmé dans le cadre de la commémoration de la Journée mondiale de la diversité culturelle qui se tient chaque 21 mai.
À cette occasion, les organisateurs avaient invité Kim Chakanecha, journaliste à la BBC, auteure d’
Africana : un guide de l’Afrique pour les enfants vivant comme citoyens du monde, qui retrace l’histoire de l’Afrique dans un ouvrage magnifiquement illustré par le dessinateur nigérian Mayowa Alabi.
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Plus d’une centaine d’enfants et de jeunes accompagnés de leurs parents s’étaient rendus au centre municipal de la jeunesse de Seongdong à Séoul pour assister aux festivités. Entre l’exposé pédagogique de Park Ji-sun, auteure du livre
Children’s Global Citizens School, la musique et les danses africaines de la compagnie Tagg, et la séance de dédicace du livre de Kim Chakanecha, les enfants très enthousiastes ont manifesté leur intérêt par de nombreuses questions posées en anglais à la journaliste britannique, l’ensemble conduit sous la houlette de Jiye Yang, secrétaire générale d’Africa Insight, et de Moise Maronko.
Mais qui est Kim Chakanecha ?
L’invitée du Global Youth Book Concert est une journaliste britannique, originaire du Zimbabwe. Elle a officié à CNN International et à la Deutsh Welle avant de rejoindre la rédaction de la BBC en 2013. Elle y est productrice et animatrice du magazine Focus sur l’Afrique pour lequel elle interviewe des personnalités influentes qui font l’actualité. Elle est également l’initiatrice du très suivi podcast Comb.
Africana, un guide de l’Afrique pour les enfants vivant comme citoyens du monde, est son premier ouvrage, paru en 2022. Ce livre présente la diversité des territoires et des habitants de ce continent aux 54 pays, met en lumière des personnalités célèbres d’hier et d’aujourd’hui, évoque les civilisations qui y ont vu le jour, l’Égypte antique, les Royaumes du Dahomey ou de Koush, et révèle la variété de la faune et la luxuriance de la flore africaine.
Consciente que l’altérité est un enjeu majeur d’une éducation à la citoyenneté globale des jeunes, Kim Chakanecha regrette qu’il y ait si peu de livres sur l’Afrique conçus pour un jeune public, car selon elle « Dans un monde qui se rapproche, les enfants doivent comprendre l’Afrique et en avoir une autre image que celle véhiculée ici et là ». C’est pourquoi avec
Africana, elle a voulu présenter un visage moderne, créatif et divers du continent noir.
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Yeondeunghoe, la fête des lanternes
En parcourant la Corée du Sud, j’ai pu voir se profiler les préparatifs des célébrations de la naissance de Bouddha, chaque ville affichant les couleurs des lanternes suspendues dans les temples et dans les lieux publics. À Séoul, le festival des lanternes a été le point culminant de ces célébrations qui se sont déroulées du 19 mai au 21 mai aux abords du temple Jogyesa et un peu partout dans la ville.
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Qu’est-ce que le Yeondeunghoe ?
Inscrit en 2020 au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, le Yeondeunghoe, ou fête des lanternes, est célébré dans toute la République de Corée. Cette célébration œcuménique, devenue une fête typique du printemps, était à l’origine un rite religieux commémorant la naissance de Bouddha, au huitième jour du quatrième mois lunaire.
Pour 2023, les résidents de Séoul ont participé à des activités éducatives et récréatives préparées pour Yeondeunghoe. Sous des tentes blanches dressées pour le festival, étaient proposés des cours de yoga, des conseils sur le bouddhisme, des prospectus sur l’EcoBuddha, l’écologie bouddhiste, des informations sur les œuvres caritatives de l’ordre Jogye, ordre bouddhiste coréen, mais aussi des pétitions du Korea Peace Appeal demandant la réunification des deux Corées.
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Le samedi et le dimanche, la circulation des véhicules avait cédé la place aux défilés des lanternes. Toute la soirée jusqu’à tard dans la nuit, des lanternes de toutes les tailles, de toutes les formes et de toutes les couleurs ont battu le pavé aux sons des cymbales, des tambours, des chants et des danses, portées à bout de bras ou poussées sur des chariots, escortées par les membres de confréries, d’associations ou par de simples badauds qui tous avaient revêtu des habits festifs et colorés.
Dans la foule compacte, nombreux étaient les spectateurs qui portaient des lanternes qu’ils avaient fabriquées pour exprimer des souhaits pour eux-mêmes, pour leur famille mais aussi pour leur pays.
Yeondeunghoe, c'est ce moment de liesse populaire qui fait tomber les barrières sociales et oublier les difficultés du quotidien.
Enfin…
Ce séjour en Corée du Sud aura été bien différent du premier qui n’était que touristique tandis que celui-ci aura été marqué par des rencontres.
Je pense à la jeune propriétaire de la Hanok où je me suis posée lors de mon passage à Jeonju. À cette eonni d’Hawaï de passage à Séoul qui s’est prise d’amitié pour moi et m’a présenté à sa jeune sœur et à son neveu policier qui rêve de devenir styliste. Il y eut aussi mes longues discussions, avec l’auteur d’un ouvrage sur l’importance du Feng Shui dans la culture coréenne et propriétaire d’un petit restaurant à Insadong où j’ai pris mes habitudes. Et bien sûr, les Africains de Séoul et l’équipe d’Africa Insight qui m’ont accueilli à bras ouverts lors du Global Youth Book Concert.
Il ne me reste plus qu’à programmer un Voyage en Corée #3 pour poursuivre mon exploration de ce pays aux richesses culturelles et culinaires innombrables.
* Cet article a été rédigé par une journaliste honoraire de Korea.net. Présents partout à travers le monde, nos journalistes honoraires partagent leur passion de la Corée du Sud à travers Korea.net.
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